Dressé il y a 18 ans sur un rond-point central, le grand palmier de Varsovie est une installation de l’artiste polonaise Joanna Rajkowska. Wojtek Radwanski/AFP
On est bien loin des tropiques à Varsovie, et pourtant, un grand palmier qui domine joyeusement le cœur de la capitale polonaise s’est hissé au rang de ses icônes, une installation artistique chérie de ses habitants. « C’est comme une créature extraterrestre venue d’un monde inconnu. Comme un objet tombé du ciel », estime Sebastian Cichocki, conservateur au Musée d’art moderne de Varsovie, gardien de la plante artificielle.
Dressé il y a 18 ans sur un rond-point central, le grand palmier élance vers le ciel son tronc d’acier recouvert d’écorce de dattier véritable, couronné de palmes de métal et de plastique qui ont remplacé ses feuilles naturelles d’origine. Le palmier est une œuvre « qui génère de l’énergie sociale. Un objet sur lequel vous pouvez projeter vos propres fantasmes, vos désirs, vos angoisses », dit Sebastian Cichocki. Partisan de nombreuses causes, l’arbre a déjà enfilé une grande coiffe d’infirmière en solidarité avec les infirmières protestataires, est devenu l’île de Lesbos pour les militants LGBT en bikini et s’est même fait arracher les feuilles par des anarchistes. Les agents de police postés à ce rond-point central sont surnommés « Miami Vice », une référence à la populaire série télévisée américaine qui se déroule sous des soleils nettement plus chauds que ceux de Varsovie.
Le projet est né d’un voyage en Israël, où l’artiste polonaise Joanna Rajkowska a connu « la tension et la peur » de l’époque de la deuxième intifada palestinienne. « Quand je suis rentrée, j’ai eu un sentiment écrasant que les juifs devraient simplement être ici, vivre dans la prospérité et le bonheur, et que cette terre-ci devrait vraiment être leur maison », a-t-elle déclaré. Avant la Seconde Guerre mondiale, la Pologne comptait la plus grande communauté juive d’Europe, dont 90 % des membres ont péri dans l’Holocauste et dont la plupart des survivants sont partis vivre ailleurs. « Le palmier est le fruit de ce vide. Un regret vraiment profond que nous ayons perdu quelque chose », indique Mme Rajkowska. En plantant le faux arbre au milieu d’une des artères principales de la capitale polonaise, avenue de Jérusalem, elle a voulu attirer l’attention spécifiquement sur la communauté juive locale du XVIIIe siècle, à qui cette rue doit son nom.
Les feuilles mortes
Le projet du palmier, nommé Salutations de l’avenue de Jérusalem, a pu servir d’expérience sociale pour voir comment les Polonais réagissent à un tel élément étranger. Face à un spécimen exotique installé à la place traditionnelle du sapin de Noël, de nombreux habitants ont grogné, pensant que quelqu’un avait perdu la raison ou « s’était fait frapper par un palmier », selon une expression populaire polonaise. « Il y a eu un vrai dégoût, ils ont été choqués. Surtout les chauffeurs de taxi. Ils haïssaient le palmier », constate l’artiste.
L’arbre a toujours ses ennemis, un passant le qualifie de « déchet inutile », mais une grande partie des citadins ont fini par l’aimer. « J’ai été surprise au début, mais maintenant, je ne peux plus imaginer ce rond-point sans les palmes. C’est gai, relaxant », déclare une retraitée, Malgorzata Blaszczyk. « Cela me fait penser aux vacances. Que ce serait bien finalement, surtout maintenant, de voler quelque part à la recherche des paysages semblables », ajoute-t-elle.
L’agent publicitaire Bartosz Macichowski se souvient de la canicule où les palmes du palmier ont été remplacées par de vraies feuilles fanées pour attirer l’attention sur le changement climatique. « C’est bien qu’en modifiant son apparence, le palmier puisse nous montrer si les choses vont dans la bonne direction. Comme un baromètre social », déclare cet homme de 44 ans.
L’une des feuilles mortes est exposée désormais dans une vitrine donnant sur le palmier, aux côtés d’un grand nid d’oiseau découvert un jour dans sa couronne et d’une lettre proenvironnementale « signée » par l’arbre. « Avez-vous pensé seulement à la façon dont vos descendants vont fonctionner dans, disons, quelques centaines d’années ? Quel air, quelle eau, quelle température auront-ils à leur disposition ? » y lit-on. « Retroussez vos manches et mettez-vous au travail, sinon vous allez perdre la chance de survivre », dit l’arbre du haut de sa maturité.
Anna Maria JAKUBEK/AFP
Dressé il y a 18 ans sur un rond-point central, le grand palmier élance vers le ciel son tronc d’acier recouvert d’écorce de dattier véritable, couronné de palmes de métal et de plastique qui ont remplacé ses feuilles naturelles d’origine. Le palmier est une œuvre « qui génère de l’énergie sociale. Un objet sur lequel vous pouvez projeter vos propres fantasmes, vos...

