Des Pakistanais chiites manifestant à Karachi contre l'assassinat de dix mineurs d'ethnie hazara et de confession chiite, le 6 janvier 2021. Photo AFP / Rizwan TABASSUM
Des centaines de personnes continuaient à protester mercredi près de Quetta, dans l'ouest du Pakistan, pour le quatrième jour d'affilée, contre l'assassinat de 10 mineurs d'ethnie hazara et de confession chiite, refusant d'enterrer les morts malgré les injonctions des autorités. Ces membres de la communauté hazara sont rassemblés depuis dimanche dans la banlieue de Quetta, capitale du Baloutchistan, où ils bloquent une route, réclamant justice et une meilleure protection après cette attaque revendiquée par l'organisation État islamique (EI). Des manifestations ont également eu lieu dans la mégalopole portuaire de Karachi (sud).
Les 10 mineurs ont été tués dimanche dans une zone montagneuse reculée du Baloutchistan, la province la plus pauvre du Pakistan, sujette à des violences ethniques, sectaires et séparatistes. Au moins quatre d'entre eux ont été décapités, selon des sources sécuritaires. La population a depuis refusé d'enterrer les corps. Cette attitude symbolise toute l'angoisse des Hazaras, alors que le rite musulman prévoit normalement que l'enterrement ait lieu le plus tôt possible, en général sous 24 heures.
"Il s'agit d'un nettoyage ethnique systématique des Hazaras au Baloutchistan, et nos forces de sécurité se comportent comme des incapables, ne faisant rien", s'est indigné Zainab Ahman, un activiste présent parmi la foule en deuil.
Deux ministres sont arrivés mercredi à Quetta pour tenter de convaincre la population de procéder aux enterrements. Le Premier ministre, Imran Khan, a assuré sur Twitter que son gouvernement prenait des mesures pour empêcher de nouvelles attaques, mais sans préciser lesquelles. "S'il vous plaît, enterrez vos êtres chers pour que leurs âmes puissent reposer en paix", a-t-il plaidé.
L'organisation État islamique, d'obédience sunnite, a revendiqué l'attaque, selon le centre américain de surveillance des sites djihadistes SITE.
Une très large partie des chiites au Baloutchistan sont hazaras. Le Pakistan, principalement sunnite, compte la deuxième communauté chiite au monde après l'Iran, mais elle ne représente que 10 à 15% de ses 207 millions d'habitants.
Aisément repérables à leurs traits asiatiques marqués, qui font d'eux des cibles faciles pour des extrémistes sunnites les considérant comme des hérétiques, les Hazaras ont subi des dizaines d'attaques depuis 2001 au Pakistan comme en Afghanistan voisin. Les autorités pakistanaises nient depuis longtemps la présence de l'EI sur leur sol. Mais le groupe a revendiqué plusieurs attaques par le passé, comme l'attentat-suicide en avril 2019 contre un marché de Quetta qui avait fait 20 morts. L'EI est affilié au mouvement local Lashkar-e-Jhangvi, qui a aussi des liens avec les talibans pakistanais.


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