Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, le 27 juin 2017 à Berlin. Photo d'archives John Macdougall/AFP
Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a appelé jeudi le président élu américain Joe Biden à lever les sanctions contre son pays, tout en excluant de renégocier l'accord sur le nucléaire de 2015.
Dans une interview en ligne dans le cadre de la conférence Mediterranean Dialogues organisée par l'Italie, le ministre iranien a affirmé que la décision du président Donald Trump en 2018 de retirer les Etats-Unis de cet accord était une "violation grave" de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU le validant.
"Les Etats-Unis ont commis une violation grave de cette résolution parce que l'administration Trump est un régime voyou", a-t-il dénoncé. "Maintenant, si le président élu veut continuer à être un régime voyou, alors il peut continuer à demander des négociations". "Les Etats-Unis doivent cesser de violer le droit international. Cela ne requiert aucune négociation", a-t-il ajouté. "Nous ne renégocierons pas un accord que nous avons déjà négocié".
Donald Trump avait claqué la porte en 2018 de l'accord conclu par les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni avec l'Iran pour l'empêcher de se doter de l'arme nucléaire, le jugeant insuffisant pour endiguer les comportements "déstabilisateurs" de la République islamique.
Dans la foulée, le président républicain a rétabli puis durci les sanctions américaines levées en 2015, au grand dam des alliés européens de Washington qui tentent de sauver l'accord. En réponse, Téhéran a commencé à s'affranchir de certaines restrictions imposées à ses activités nucléaires.
Pendant la campagne pour la présidentielle du 3 novembre, M. Biden avait affirmé que si les autorités iraniennes revenaient à "un respect strict" des limites imposées à leur programme nucléaire par le texte international de 2015, les Etats-Unis reviendraient à leur tour dans l'accord, comme "point de départ" pour des négociations "de suivi".
Elu président, il a persisté et signé. "Cela sera difficile, mais oui", a-t-il dit à un éditorialiste du New York Times qui lui demandait si c'était toujours sa position. "La meilleure manière d'atteindre une certaine stabilité dans la région" est de s'occuper "du programme nucléaire" de Téhéran, a-t-il estimé dans cet entretien publié mercredi, mettant en garde contre une course à la bombe atomique au Moyen-Orient.
L'administration Trump a prévenu qu'elle multiplierait les sanctions contre l'Iran jusqu'à l'investiture du prochain président le 20 janvier, pour durcir encore sa campagne de "pression maximale". Et plusieurs ténors républicains ont mis en garde Joe Biden contre la tentation de renouer le dialogue avec Téhéran et lever les sanctions trop rapidement et en échange de trop peu.
Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a saisi jeudi l'occasion du 84e anniversaire du ressortissant américain Bagher Namazi, "empêché de quitter l'Iran depuis son arrestation injuste il y a quatre ans", pour un nouvel avertissement au futur gouvernement démocrate. "Son fils, Siamak, et Morad Tahbaz, également citoyens américains, souffrent toujours dans la prison d'Evin", à Téhéran, a-t-il souligné sur Twitter. "Il ne doit y avoir aucun accord avec l'Iran tant que ces hommes n'auront pas été libérés", a-t-il insisté.

