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This is America

Le matériel promotionnel des campagnes électorales au musée

Les pin’s, les badges, les tee-shirts et mille autres pacotilles qui ont fait les éloges des candidats à la Maison-Blanche pendant des semaines ont pris une direction inattendue une fois leur tâche achevée. Non pas dans la poubelle, mais dans d’illustres musées...

Le matériel promotionnel des campagnes électorales au musée

Les Reagan pantouflards ? L’image drôle d’un couple qui se veut ordinaire. Photo George W. Bush Presidential Library

Qu’est-ce que les élections présidentielles laissent derrière elles, outre les lois et les résultats officiels, les déclarations et les contre-déclarations, les bonnes et les mauvaises surprises? Tout un butin promotionnel généré par les candidats et leurs partisans durant leurs campagnes respectives. La plupart de ce matériel (pin’s, tee-shirts, figurines et moult brics-à-brac), est généralement jeté à la poubelle (de l’histoire) une fois les élections achevées. Néanmoins, pour les historiens, il représente une illustration de la manière de penser politiquement dans le pays. Amy Polley Hamilton, curatrice d’une exposition intitulée Path to the Presidency (La voie vers la présidence), organisée par la George W. Bush Presidential Library and Museum à Dallas (Texas), explique à ce sujet : « Nous avons beaucoup à apprendre sur notre pays à travers ces élections éphémères. Il s’agit ici d’éléments produits dans des matières peu coûteuses destinés à circuler. Avant l’avènement de la radio et de la télévision, le public devait se faire une opinion sur les candidats à partir de biographies imprimées et de discours. Puis on a été plus loin pour davantage influencer les potentiels électeurs en jouant sur le visuel, notamment en créant des objets à porter sur soi (chemises, cravates, badges, etc.) qui véhiculent d’une manière directe le message des candidats en lice. »

Le président Jimmy Carter en porcelaine, fier de ses cacahuètes. Photo George W. Bush Presidential Library

Les visiteurs initiés à jouer les présidents

Parallèlement, l’histoire de ces artefacts conte aussi le progrès des technologies savamment utilisées comme propagande. Ainsi, l’exposition Path to the Presidency est interactive, amenant notamment les visiteurs à prétendre qu’ils sont des présidentiables en leur faisant tester l’art de serrer la main avec conviction, de poser pour un poster de campagne, prononcer un discours devant un téléprompteur et s’asseoir sur un fauteuil dans une réplique du célèbre bureau Ovale de la Maison-Blanche. D’autres stars de l’exposition qui font dans la petite dimension (pin’s, figurines, etc.) et à l’allure anodine sont tout autant considérées comme des témoins de l’histoire car elles sont un reflet de l’esprit des campagnes présidentielles des États-Unis. Et, selon Mme Hamilton, il semble miraculeux que ce bric-à-brac éphémère existe encore alors qu’il n’a plus aucune utilité, surtout après une élection perdue. Toutefois, la collection de ces menus témoignages que possède la bibliothèque-musée de l’ancien président George W. Bush montre que la nature des campagnes électorales d’autrefois ont encore une résonance et que plus les choses changent, plus, en fait, elles restent les mêmes. « Chaque fois, souligne la curatrice, on se dit que c’est la pire et la plus pernicieuse des campagnes électorales, mais en réalité, cela a commencé avec la toute première. Les suivantes ont eu chacune leurs lacunes. Il est aussi quelques rémanences qui servent de repères de ce qui était important pour les Américains. » Dans ce contexte, arrêt sur quatre fascinants artefacts hauts en symboles.

Un peigne rouge pour « débarrasser sa tête de Nixon ». Photo George W. Bush Presidential Library

Une poupée, un peigne, des cacahuètes et un lit

En 1896, en plein racisme et nativisme rampant, dans une bataille qui opposait farouchement le candidat républicain, William McKinley, à son adversaire démocrate, William Brayen, les deux se disputaient le vote des Noirs. McKinley est même allé jusqu’à apposer sa silhouette au dos d’une poupée représentant une femme noire ! Élection également agressive et vicieuse en 1960, mettant aux prises le démocrate J.F. Kennedy et le républicain Richard Nixon dont les ennemis politiques de ce dernier auraient notamment dérobé son statut financier. Le camp Kennedy en était arrivé à distribuer des peignes rouges portant l’inscription suivante : « Débarrassez votre tête de Nixon. » Avant son arrivée à la Maison-Blanche, le président Jimmy Carter gérait une plantation de cacahuètes en Géorgie, et ses détracteurs s’étaient amusés à l’appeler Le péquenaud et à le représenter continuellement avec des cacahuètes. Il avait utilisé ce sobriquet à son avantage, jouant de ses racines paysannes durant sa campagne électorale pour montrer qu’il savait être terre à terre. Avec un peu plus d’humour encore, quel moyen plus confortable d’exprimer son soutien au candidat Ronald Reagan que de se glisser dans des pantoufles en forme de lit qu’il partage avec son épouse Nancy ? Un gadget pour confirmer à ses électeurs qu’il était un peu monsieur Tout-le-Monde, un citoyen presque ordinaire. Enfin, à l’instar des autres présidents, George W. Bush, une fois son mandat achevé, a établi une bibliothèque en son nom qui a vocation de centre culturel. C’est là une coutume en cours depuis le mandat du président Herbert Hoover (1929–1933). Ce genre de bibliothèque, toujours élevée dans le fief du président, et qui réunit ses papiers et ses travaux privés et politiques, est sciemment conçu comme un centre culturel offrant des programmes (expositions, conférences, concerts) conçus à l’intention du grand public. Et toujours inspirés du legs de celui dont il porte le nom.


Qu’est-ce que les élections présidentielles laissent derrière elles, outre les lois et les résultats officiels, les déclarations et les contre-déclarations, les bonnes et les mauvaises surprises? Tout un butin promotionnel généré par les candidats et leurs partisans durant leurs campagnes respectives. La plupart de ce matériel (pin’s, tee-shirts, figurines et moult...

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