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Culture - Disparition

Sean Connery, l’acteur aux multiples vies

Le premier interprète de l’agent 007 est mort à l’âge de 90 ans, laissant derrière lui une carrière immense. Et un James Bond au profil éternel.

Sean Connery, l’acteur aux multiples vies

Le légendaire acteur Sean Connery dans une photo d’archives datant du 22 octobre 1982, lors du tournage du film « Never Say Never Again » à Nice. Photo AFP

Une stature élégante, une voix grave, très grave, un regard ténébreux, de l’humour et un flegme anglais ajoutés à de l’élégance française. C’est ainsi que, du haut de son 1 m 88, Sean Connery s’était présenté pour la première fois au public en lançant cette phrase devenue célèbre : « Bond, my name is James Bond » (« Bond, mon nom est James Bond »), donnant ainsi le coup d’envoi à une franchise qui allait perdurer pour des décennies et des générations entières. Il s’est endormi à jamais dans son sommeil dans les Bahamas où il avait acheté une maison avec sa femme Micheline Roquebrune qu’il avait épousée en secondes noces en 1975. Il n’aurait cependant pas apprécié qu’on se souvienne de lui seulement pour ces rôles d’agent 007, qui lui ont conféré pourtant une célébrité mondiale et qui lui allaient comme un gant. Mais c’était un fait certain, il était le meilleur des Bond. Même Roger Moore, son ami et l’un de ses successeurs dans le rôle d’agent du MI6, l’avait confirmé un jour : « C’était le meilleur James Bond. » Sept films au compteur sur ce personnage inventé par Ian Flemming : Dr No (James Bond 007 contre Dr No, 1962), From Russia with Love (Bons baisers de Russie, 1963), Goldfinger (1964), Thunderball (Opération Tonnerre, 1965), You Only Live Twice (On ne vit que deux fois, 1967), Diamonds Are Forever (Les diamants sont éternels, 1971) et le non officiel Never Say Never Again (Jamais plus jamais, 1983).

Après cette série, il a effectué un arrêt avant de reprendre à nouveau le cinéma avec d’autres personnages et d’autres rôles. Le comédien a dû passer quelque temps à pouvoir se débarrasser de cet avatar qui lui collait à la peau. Car Sean Connery était plus qu’un espion au service de Sa Majesté qui lançait son couvre-chef sur le porte-chapeau près de Miss Moneypenny (éternellement amoureuse de lui), commandait un martini « shaken not stirred », roulait des yeux ou faisait tomber les femmes dans son filet comme des mouches. Bien avant, le petit, né dans la banlieue pauvre d’Édimbourg d’une maman femme de ménage et d’un père ouvrier, avait déjà eu plusieurs vies. Il avait quitté l’école pour s’engager à 16 ans dans la marine. Plus tard, il enchaînera les petits boulots : maître-nageur, maçon, routier... Il avait même fait du culturisme, terminant troisième au concours de Mister Univers 1950, avant d’embrasser la carrière d’acteur.

Le second volet de sa carrière

Après la saga Bond, Hitchcock lui offre donc un rôle dans Marnie donnant la réplique à Tippi Hedren et lui ouvrant la voie vers d’autres aventures. Durant les décennies qui suivirent, le public découvrait l’autre Sean Connery, à grosses moustaches, aux cheveux grisonnants et avec une calvitie assumée. Il fut même élu à l’âge de 66 ans l’homme le plus sexy de l’année par le magazine People. Il s’est notamment illustré dans The Man Who Would Be King, le film palpitant de John Huston en 1975, auprès de son ami Michael Caine ; The Name of the Rose (Le nom de la rose) de Jean-Jacques Annaud où il interprète le rôle principal du moine Guillaume de Baskerville, et The Intouchables de Brian De Palma en 1987. Ce dernier film, où il volait la vedette à Elliott Ness incarné par le jeune Kevin Costner, lui valut plusieurs distinctions, dont l’Oscar du meilleur second rôle masculin et un Bafta du meilleur acteur. Sa carrière fut ponctuée d’une riche filmographie assez diversifiée. Ainsi, son duo avec Harrison Ford dans Indiana Jones and the Last Crusade, dirigé par Steven Spielberg qui a eu l’idée de réunir ces deux acteurs, sera un triomphe.

Enfin, son ultime film sorti en 2003 sera The League of Extraordinary Gentlemen. Malgré son combat acharné pour l’indépendance de l’Écosse, il fut anobli en 2000 par la reine Elizabeth II. Il portait cependant le kilt pour rappeler ses origines écossaises. Bien qu’il ait pris sa retraite en 2003, s’installant aux Bahamas avec son épouse Michèle Roquebrune, Sean Connery restait immensément populaire. En apprenant l’annonce de sa mort, Gilles Jacob confia que ce grand comédien avait eu « une belle vie ». Ne dirait-on pas plutôt de belles et d’innombrables vies ?

Sean Connery en quelques films

Première incarnation de James Bond à l’écran, le producteur et acteur Sean Connery a prêté sa plastique de rêve, ses moustaches dans tous leurs états et son accent écossais à des dizaines de personnages qui lui valurent un Oscar, un Golden Globe et plusieurs Bafta.

- James Bond, six fois – En 1962, naît le mythe James Bond avec Dr No (James Bond 007 contre Dr No). Pour incarner son personnage, le romancier Ian Flemming avait plutôt pensé à Cary Grant. Face à la divine Ursula Andress, il juge d’abord Sean Connery « trop fruste ». Mais il va changer d’avis rapidement. Avec From Russia with Love (Bons baisers de Russie) de Terence Young (1963) et Goldfinger de Guy Hamilton (1964), Sean connery assoit définitivement le mythe 007, l’agent secret britannique qui mélange avec élégance machisme, envie d’en découdre et bonnes manières. Suivront Thunderball (Opération Tonnerre, 1965) de Terence Young, You Only Live Twice (On ne vit que deux fois, 1967) de Lewis Gilbert, Diamonds Are Forever (Les diamants sont éternels, 1971) de Guy Hamilton et enfin le non officiel Never Say Never Again (Jamais plus jamais, 1983) d’Irvin Kershner où James Bond vieilli est envoyé en cure par son supérieur.

- Marnie (Pas de printemps pour Marnie), 1964 – Dans l’un des films les plus cruels d’Alfred Hitchcock, Sean Connery – qui échappe ainsi à son personnage de 007 – incarne un riche éditeur qui tombe amoureux d’une jeune secrétaire cleptomane et frigide (Tippie Hedren). Le maître du suspense semble fasciné par Sean Connery et sa virilité presque caricaturale, sa manière obsessionnelle de protéger celle qui deviendra sa femme et la découverte de toutes ses psychoses qui l’effraient et l’excitent.

- The Man Who Would Be King (L’homme qui voulut être roi), 1975 – Dans les années 1880, deux anciens officiers britanniques rencontrent Rudyard Kipling et lui proposent de prendre le Kafiristan, un pays mythique où aucun Blanc n’est entré depuis Alexandre le Grand. John Huston livre un film d’aventure palpitant avec un Sean Connery passionné et mystique et un Michael Caine pragmatique.

- The Name of the Rose (Le nom de la rose), 1986 – Sean Connery, alors en période de disgrâce, était loin d’être le premier choix de Jean-Jacques Annaud pour incarner le rôle principal du moine Guillaume de Baskerville. Mais le réalisateur français raconte avoir eu « la chair de poule » lorsque l’Écossais a commencé à lire le script et il l’engage contre l’avis de son agent qui le taxe de « vieux ringard ». Umberto Eco, l’auteur italien du Nom de la rose, avait les mêmes appréhensions. « Ce que tu as réussis le mieux, c’est ce que je craignais le plus. Sean Connery est formidable », dira-t-il à Jean-Jacques Annaud. Le rôle a valu un Bafta du meilleur acteur à l’Écossais.

- The Untouchables (Les Incorruptibles), 1987 – Le chef-d’œuvre de Brian De Palma sur la pègre à l’époque de la prohibition vaudra un Oscar et un Golden Globe à Sean Connery (meilleur acteur dans un second rôle) et le titre du « pire accent au cinéma de tous les temps ». Sean Connery, en vieux flic qui connaît bien le monde des truands, vole la vedette au jeune Kevin Costner face au grand Robert De Niro en Al Capone inattaquable.

- Indiana Jones and the Last Crusade (Indiana Jones et la dernière croisade), 1989 – En 1989, Steven Spielberg a l’idée de réunir Harrison Ford et Sean Connery dans un formidable duo d’acteurs qui fera un triomphe. Sean Connery incarne avec malice et élégance un médiéviste farfelu mystérieusement disparu que son fils, l’aventurier Indiana Jones, va tenter de retrouver. En 2008, alors que Sean Connery était à la retraite depuis cinq ans, il refusa de rejouer son rôle dans le quatrième volet de la série, Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, le jugeant trop anecdotique.

Source : AFP

Une stature élégante, une voix grave, très grave, un regard ténébreux, de l’humour et un flegme anglais ajoutés à de l’élégance française. C’est ainsi que, du haut de son 1 m 88, Sean Connery s’était présenté pour la première fois au public en lançant cette phrase devenue célèbre : « Bond, my name is James Bond » (« Bond, mon nom est James Bond »), donnant ainsi le coup d’envoi à une franchise qui allait perdurer pour des décennies et des générations entières. Il s’est endormi à jamais dans son sommeil dans les Bahamas où il avait acheté une maison avec sa femme Micheline Roquebrune qu’il avait épousée en secondes noces en 1975. Il n’aurait cependant pas apprécié qu’on se souvienne de lui seulement pour ces rôles d’agent 007, qui lui ont conféré pourtant une...
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