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This is America

L’éloquent langage vestimentaire des présidentielles

L’habit fait le moine, en Amérique et ailleurs... Pour preuve les tenues choisies par les politiciens et leur épouse pour diffuser des messages précis et une image construite sur mesure.

L’éloquent langage vestimentaire des présidentielles

Jill Biden et sa robe verte, portée lors de son allocution pour la convention démocrate, en août 2020. Democratic National Convention/AFP

Si dans un discours prononcé lors de sa campagne pour la vice-présidence américaine en 1952, Richard Nixon avait évoqué le « respectable manteau républicain » de son épouse Pat, c’était pour mettre en relief l’esprit de sobriété et d’intégrité d’un serviteur de l’État. Il avait déjà réalisé le rôle de la communication et, dans ce cadre, l’importance du message que peut transmettre un vêtement. Les vêtements, pensait-il, ont la capacité de refléter ce que veulent être ceux qui les portent et ce que l’on attend d’eux. « Pour les politiciens en quête d’un poste, l’habit est un moyen de projeter une image d’authenticité et de consistance conforme à un idéal donné. Ce qui pousserait la base électorale de ces politiciens à leur accorder leur pleine confiance, dans l’espoir qu’ils tiendront leurs promesses une fois élus », note Jo-Ellen Pozner, professeure adjointe en management à l’université de Santa Clara, dans une étude à ce sujet.L’idée du vêtement comme moyen de communication est désormais bien établie au pays de l’Oncle Sam. L’exemple le plus récent est l’enthousiasme de la presse et des réseaux sociaux pour la robe vert sapin de Jill Biden, l’épouse du candidat démocrate à la présidence Joe Biden.

Joe et Jill Biden version glamour. Photo tirée du compte Instagram drbiden44

Jill Biden « Down to earth  »

En prévision de son éventuel titre de First Lady, qui aux États-Unis implique un grand engagement social, Mme Biden est apparue en stricte robe manteau vert sapin signée par le designer américain Brandon Maxwell, pour prononcer, comme le veut la coutume, son allocution à la Convention nationale des démocrates, en août dernier. Dans cette tenue à col châle, dotée de manches jusqu’aux coudes, avec une longueur mi-mollet et une couleur sobre, certains avaient vu le message suivant : I am down to earth, ou encore, j’ai les pieds sur terre. Une allure qui contraste avec le style habituel de Jill Biden, plutôt chic séduisant, avec, souvent, un ourlet couvrant subtilement les genoux. Jill Biden avait déjà été remarquée pour son bon goût, en matière vestimentaire, quand elle épouse Biden alors vice-président de Barack Obama. À présent, dans l’espoir d’investir peut-être la Maison-Blanche aux côtés de son mari, Jill Biden a choisi de mettre en relief son implication totale dans le domaine de l’enseignement. Amanda Sanders, styliste des célébrités interprète ce look, qu’elle semble apprécier, « comme la robe chemisier qu’une professeure revêtirait pour le premier jour d’école », annonçant ainsi le sérieux de son travail. Et « fait inattendu, ajoute Mme Sanders, certains sont en train de recréer ce Jill look qui fait un buzz sur les réseaux sociaux ». L’on a pu, de fait, lire des tweets de ce g enre : « Je ne veux pas paraître superficielle, mais je trouve cette robe verte fabuleuse ! » ou encore « cette robe verte portée par Jill Biden m’obsède ! ». Ceci malgré le cadre a priori peu glamour d’où Jill Biden avait choisi de s’exprimer : une salle de classe d’une école de l’État du Delaware (fief de son époux), où elle donnait des cours. Il a aussi été rappelé, sur les réseaux sociaux, l’éblouissante robe en satin rouge aux épaules dénudées, signée Reem Acra, que Jill Biden avait portée lors du bal d’investiture du président Obama en 2013.

Kamala Harris en couverture de « Elle US », en novembre 2020.

Kamala Harris et son vocabulaire en perles

Depuis l’ère des Kennedy, les chefs d’État, leurs familles et leurs administrations respectives ont inclus à leur manière, dans les discours adressés à leur électorat, le langage de leur style vestimentaire. Hormis la robe verte de Mme Biden, tous les regards se sont également tournés vers la vice-présidente choisie par Joe Biden, Kamala Harris, et son vocabulaire perlé. Impossible de ne pas remarquer les colliers en perles dont la candidate à la vice-présidence se pare à chaque événement important de la campagne présidentielle. Ils ont pour elle une grande signification qui remonte à l’époque où elle faisait partie de la Alpha Kappa Alpha Sorority (AKA) de la Howard University, surnommée Black Harvard en raison de sa belle réputation et du fait qu’elle est surtout fréquentée par des Afro-Américains. Fondée le 15 janvier 1908, cette société universitaire avait choisi les perles pour emblème, parce que, selon Glenda Glover, présidente de Alpha Kappa Alpha International et présidente de l’université du Tennessee, « les perles représentent la sagesse et le raffinement, deux des qualités inculquées aux futures femmes leaders ». Kamala Harris tient à cette identité, elle qui est née d’un père afro-américain et d’une mère indienne. Quant à son époux, Douglas Emhoff, il est américain de descendance juive. Par ailleurs, les rangs de perles ont toujours été considérées par la plupart des First Ladies de la Maison-Blanche comme une valeur sûre qui conforte leur image, depuis Martha Washington, épouse du premier président du pays, George Washington, à Michelle Obama en passant par Eleanor Roosevelt, Mamie Eisenhower, Jackie Kennedy, Nancy Reagan et Barbara Bush. Seule l’actuelle hôtesse de la Maison-Blanche, Melania Trump, se démarque du côté de sa garde-robe, luxueuse et parfois contestée. « Mais généralement, précise Joe-Ellen Pozner, chaque candidat(e) à une fonction publique cherche à présenter une image qui soit consistante et en harmonie avec son électorat, sa campagne et son histoire personnelle. Le vêtement peut ainsi devenir une identité bien élaborée qui se déclare sans avoir à prononcer un seul mot. »


Si dans un discours prononcé lors de sa campagne pour la vice-présidence américaine en 1952, Richard Nixon avait évoqué le « respectable manteau républicain » de son épouse Pat, c’était pour mettre en relief l’esprit de sobriété et d’intégrité d’un serviteur de l’État. Il avait déjà réalisé le rôle de la communication et, dans ce cadre, l’importance...

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