La séance des commissions conjointes, mercredi au Parlement. Photo ANI
Pour la toute première réunion conjointe, mercredi, des commissions parlementaires après le cataclysme du 4 août, le président de la Chambre Nabih Berry a choisi de mettre à l’ordre du jour un sujet particulièrement délicat et conflictuel : celui de l’examen d’une nouvelle loi électorale et de la mise en place d’un Sénat où seraient représentées toutes les familles spirituelles, comme le stipule l’accord de Taëf.
L’appel du chef du législatif à l’adoption d’une nouvelle législation électorale n’est pas nouveau. En 2019 déjà, il prônait une mouture prévoyant la proportionnelle appliquée au Liban en tant que circonscription unique, mais rejetée par plusieurs partis politiques. Un an plus tard, M. Berry s’en tient à sa proposition et continue de se heurter au veto de plusieurs formations politiques, notamment dans les rangs chrétiens.
Il n’est pas étonnant de voir les parties chrétiennes s’opposer à toute modification de la loi électorale actuellement en vigueur. Ce texte, adopté le 16 juin 2017 à l’issue d’une laborieuse gestation, prévoit l’application de la proportionnelle à quinze circonscriptions avec un vote préférentiel au niveau du caza. Lors des dernières législatives (mai 2018), il avait permis aux chrétiens d’élire une grande majorité de leurs représentants à l’hémicycle, un objectif pour lequel ils œuvraient depuis des décennies.
Quant à la proposition de loi appuyée par le président de la Chambre et son groupe parlementaire, elle implique la formation de listes composées de 128 candidats (le Parlement étant formé de 128 sièges). Elle abolit donc le facteur régional déterminant dans le choix des électeurs. En présence de partis exclusivement communautaires, cette mouture favorise en revanche les formations majoritaires aux dépens des autres et réduit l’importance du choix des candidats lors de la formation des listes, menaçant ainsi de diluer les voix chrétiennes au profit des grands partis musulmans.
Au vu du contexte dans lequel il intervient, le débat autour d’une nouvelle formule électorale ainsi que de la création d’un Sénat n’est pas sans susciter des craintes chrétiennes quant à une éventuelle modification du système politique en vigueur. Des craintes qu’Alain Aoun, député de Baabda (Courant patriotique libre), a exprimées à l’issue de la séance conjointe des commissions. « Toute proposition prévoyant l’instauration d’un Sénat, telle que proposée actuellement, n’est rien moins qu’un changement radical du système politique. Et cela n’est pas fortuit », a-t-il lancé en soulignant qu’il existe aujourd’hui d’autres priorités dans le pays, en proie à la pire crise économique et financière de son histoire.
À l’origine de ces appréhensions, des appels répétés lancés par des dignitaires chiites pour un changement du système politique, « qui ne fonctionne plus », pour reprendre les termes du mufti jaafari Ahmad Kabalan. Certes, le patriarche maronite Béchara Raï avait fait écho à cette volonté de changement, mais en posant des conditions. « Nous ne sommes pas prêts à discuter d’un changement du système politique avant que toutes les composantes n’abandonnent leurs agendas, ne retournent dans le giron de l’État et n’acceptent la neutralité du Liban », avait-il déclaré dans son homélie dominicale le 19 septembre dernier, en allusion notamment au Hezbollah et à ses armes. Ses conditions ont été ignorées par le président de la Chambre, qui s’était empressé de lancer le débat autour de la mise en place d’un Sénat et de la promulgation d’une nouvelle loi électorale en dépit de la polémique que ces deux questions suscitent dans les circonstances actuelles. Une polémique qui risque fort d’entraîner un conflit politique.Sur son compte Twitter, le leader des Forces libanaises a ainsi écrit hier : « À tous ceux qui font de la surenchère, si nous n’étions pas présents à la Chambre hier (mercredi), le complot de la loi électorale serait passé », s’attirant une réponse rapide de Nabih Berry, dont le bureau de presse a publié sans tarder un bref communiqué assurant que « toutes les anciennes lois électorales peuvent être considérées comme des complots contre l’avenir du Liban, ce qui n’est pas le cas de la proposition de loi sous étude ». Le texte invite M. Geagea à percevoir les choses « dans l’esprit d’un triomphe du Liban, et non de la victoire d’un camp sur un camp adverse ».
Priorité au gouvernement
Ne voulant pas se noyer dans ce genre d’échanges relevant de la politique politicienne, Georges Adwan, député FL du Chouf, qui avait pris part à la séance de mercredi, explique à L’Orient-Le Jour que le parti s’oppose à la discussion d’une nouvelle mouture électorale, dans la mesure où la priorité devrait être accordée à la formation d’un gouvernement qui réponde aux aspirations des gens et serait à même de résoudre les problèmes chroniques relevant de leur quotidien. « Il n’est pas normal de mettre sur le tapis un sujet qui creuserait davantage le fossé entre Libanais, à l’heure où nous n’arrivons pas à former une équipe ministérielle parce que le camp adverse refuse le principe de la rotation (des postes ministériels) prévue par la Constitution », ajoute le député du Chouf. Et de rappeler qu’en vertu du principe de la stabilité législative, une loi électorale ne devrait pas être modifiée après sa mise en application pour une seule fois (lors du scrutin du 6 mai 2018). « Toutes les anciennes législations électorales étaient injustes à l’encontre des chrétiens. Il n’y a pas de raisons valables pour changer aujourd’hui celle sur la base de laquelle les dernières législatives avaient été organisées », souligne encore M. Adwan.
Ce même souci se fait sentir chez le CPL. « Pourquoi ouvrir maintenant le débat autour de la loi électorale ? En quoi la législation actuelle dérange-t-elle les autres protagonistes? » s’interroge Alain Aoun dans une déclaration à notre journal. Affirmant ignorer les motifs de la relance de ce débat, il rappelle qu’ « il n’est pas facile aujourd’hui d’abolir le confessionnalisme politique ». « Nous ne sommes probablement pas préparés à un tel changement radical », dit-il.
Ce point de vue, le courant du Futur ne le partage pas. Interrogé par L’OLJ, Sami Fatfat, député haririen de Denniyé, souligne que son parti est favorable aussi bien à la création d’un Sénat, comme le prévoit Taëf, qu’à l’adoption d’une nouvelle loi électorale. « Il n’est pas vrai que l’heure n’est pas à une telle discussion », lance le parlementaire, appelant « au moins à la modification du texte actuellement en vigueur ». « Nous nous opposons cependant à toute mouture qui porterait atteinte aux équilibres politique et confessionnel, et qui donnerait au Hezbollah une mainmise sur le pays », ajoute toutefois le député, dans ce qui sonne comme une critique implicite à la proposition Berry.




Basta de vivre sous la même menace/refrain de Berri qui dure depuis l'occupation syrienne! Le pays ne tourne pas rond. Trop de confessions et de divergences. Faut-il couper d'une façon ou d'une autre?
18 h 21, le 09 octobre 2020