Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian. Photo AFP / Bertrand GUAY
La France a mis en garde vendredi l'Azerbaïdjan, soutenu par la Turquie, et l'Arménie contre une "internationalisation du conflit" autour de l'enclave du Nagorny Karabakh et contre le risque d'une "escalade hors de contrôle". "J'ai alerté mes interlocuteurs sur la menace que représenterait une internationalisation du conflit", a déclaré le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian à l'issue d'entretiens téléphoniques avec ses homologues arménien et azerbaïdjanais.
L'Arménie accuse la Turquie d'être impliquée militairement dans le conflit au côté de l'Azerbaïdjan en lui fournissant des équipements, des conseillers militaires et en dépêchant des mercenaires syriens proturcs sur le théâtre d'opérations, ce que dément Ankara. Le président français Emmanuel Macron affirme pour sa part que 300 combattants "jihadistes" ont quitté la Syrie pour rejoindre l'Azerbaïdjan en passant par la Turquie, une "ligne rouge" selon lui.
La Russie a fait état d'informations similaires, sans accuser cependant directement Ankara, avec qui elle a une relation compliquée mais pragmatique. Le chef de la diplomatie française a réaffirmé auprès de ses interlocuteurs "la nécessité urgente de parvenir à une cessation des hostilités, sans délai et sans précondition". "Leur prolongation ne ferait qu'accroître le nombre de victimes, notamment civiles, les coûts matériels et humains supportés par les deux parties ainsi que la menace d'une escalade hors de contrôle entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan", a souligné Jean-Yves Le Drian.
La France, en tant que coprésidente, avec les Etats-Unis et la Russie, du groupe de Minsk chargé d'une médiation dans ce conflit, est déterminée à "jouer tout son rôle, de manière impartiale, pour aboutir à la cessation des hostilités et à la reprise sans délai de négociations substantielles et sans préconditions" entre les belligérants, a-t-il ajouté. Le Nagorny Karabakh, en majorité peuplé d'Arméniens, a fait sécession de l'Azerbaïdjan, entraînant une guerre au début des années 1990 qui avait fait 30.000 morts. Le front était quasi-gelé depuis, malgré des heurts réguliers, notamment en 2016.
Dimanche, les combats les plus meurtriers depuis des années ont repris, les deux camps s'accusant d'avoir provoqué les hostilités. Depuis, l'Azerbaïdjan a juré de poursuivre ses opérations jusqu'à la reconquête du territoire ou au "retrait total" des Arméniens. Erevan et les autorités du Karabakh ont dit être tout aussi déterminés au combat.

