Le pianiste chinois Lang Lang lors d’une interview à Pékin. Photo AFP/Greg Baker
Il a enfin passé son Bach à 38 ans... Après trois décennies d’efforts, Lang Lang, pop star planétaire du piano, a lancé sa version des Variations Goldberg, une « merveilleuse composition » pour « remédier » à la folie de l’ère du Covid-19. Au clavier dès l’âge de 3 ans, le plus célèbre des musiciens chinois raconte, lors d’un entretien à l’AFP, sa vie de concertiste – privé de scène pour cause d’épidémie – et promet que ses enfants feront ce qu’ils voudront... tant qu’ils apprennent le piano.
Pour s’attaquer au monument que sont les Variations, l’une des pièces les plus difficiles du répertoire de par sa grande variété de style, Lang Lang a puisé dans son passé d’enfant prodige. « J’ai joué tellement de Bach quand j’étais petit », se souvient-il, accoudé à un Steinway dans un grand hôtel de Pékin.
Les 30 Variations, Lang Lang les jouait « déjà à l’âge de 10 ans » et les connaissait entièrement par cœur sept ans plus tard. « Les mémoriser n’a pas été tellement difficile, parce que j’ai commencé tôt », résume-t-il.
Pris de peur
De là à oser les enregistrer... « Ça m’a pris 27 ans pour être prêt », lance-t-il dans un grand éclat de rire. « Je n’ai jamais travaillé aussi longtemps sur une œuvre. » Car la technique est une chose, faire sienne la musique en est une autre. « J’ai attendu pendant des années de mieux connaître la pièce. Quand je commençais à l’enregistrer, j’étais pris de peur et j’enregistrais autre chose », raconte-t-il sous son épaisse chevelure savamment négligée.
« Si je ne ressens pas qu’une œuvre devient une partie de moi, si je ne la comprends pas à fond, je ne me sens pas à l’aise pour l’enregistrer. »
L’album, distribué par Deutsche Grammophon, est en deux parties. Une version studio et une version concert, enregistrée en mars à l’église Saint-Thomas de Leipzig, fief de Jean-Sébastien Bach où le compositeur allemand est enterré. Durée record du concert (joué sans partition, bien sûr) : 95 minutes.
Pouvoir de guérison
Le pianiste, né à Shenyang (Nord-Est) en 1982, s’est fait un nom avec les grands compositeurs romantiques. Mais, pour lui, Bach (1685-1750) convient à notre époque, bouleversée par l’épidémie de coronavirus.
« La musique est un bon remède en ces temps particuliers. Bach, si on le compare aux autres grands compositeurs, a un pouvoir de guérison encore plus grand », estime-t-il.
Costume ocre et baskets assorties, le virtuose est resté un bourreau du travail pendant l’épidémie, qu’il a passée à Shanghai. « J’ai réétudié certaines des grandes pièces romantiques que je n’avais plus jouées depuis un certain temps : Rachmaninov, Tchaïkovski... Je ne me suis pas refroidi les mains. »
À propos de ses mains, Lang Lang n’avouera pas pour combien elles sont assurées. « C’est ridicule, très cher », admet-il.
« Ce qui m’a manqué le plus, c’est la scène », confie l’artiste, qui avait pour habitude de donner au moins 90 concerts par an aux quatre coins de la planète et a dû annuler plus de 70 dates. « J’attends le vaccin, je me fais piquer et je pars en voyage », trépigne-t-il d’impatience.

