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Ville de mirages

Ville de mirages

© Hassan Ammar / AP

En quelques petites minutes, la vitrine bohème-branchée de Beyrouth s’est désintégrée, laissant la place à des plaies de béton béantes arrosées d’une pluie de bris de verre, réminiscence lancinante des paysages de guerre d’autrefois à Achrafieh…

Les colis alimentaires basiques dans les sinistres boîtes en carton « pour sinistrés » des ONG humanitaires ont remplacé à Mar Mikhael, notre boulevard Saint’Mich à nous, les plats bio que servaient les petits cafés tendance aux jeunes vegans, et le linge des pauvres gens, indécemment exposé sur la place publique, a pris la place des modèles futuristes de designers que les fashionistas s’arrachaient. Même les galeries d’avant-garde proposant des œuvres « alternatives » et des expos d’art conceptuel pour initiés se sont volatilisées, l’art étant désormais dans la rue, sur le mode hyperréaliste.

Les hipsters aux boucles folles, les barmen en bermudas et boucle d’oreille et les jeunes filles aux mèches carotte et aux ongles bleus ont étrangement disparu. Il n’y a plus dans la rue que des ménagères hagardes, échevelées, comme à peine sorties du lit, qui crient leur colère, les maudissent « tous », poing levé au ciel, comme dans un mauvais reportage sur le Liban en noir et blanc de la télé française des années 80. De leurs bouches amères et prématurément vieillies, sortent de terribles imprécations et des serments de vengeance, proférés dans un langage troupier plus fait, dans cette partie du monde, pour les hommes que pour les femmes et dont elles s’étonnent elles-mêmes. C’est comme si on avait brutalement ouvert les tripes de la ville, comme on défonce une porte, violant son intimité, dénudant de pauvres corps blêmes, vieillis et avachis, jusque-là masqués par des oripeaux de pacotille.

Cette Beyrouth là n’était-elle qu’un mirage ? Le songe d’un voyageur du désert tombé par hasard sur une oasis de fraîcheur, de gaieté et de joie de vivre rapidement évanouie ?

Pourtant que la montagne est belle…

Là haut, le Mont-Liban veille.


En quelques petites minutes, la vitrine bohème-branchée de Beyrouth s’est désintégrée, laissant la place à des plaies de béton béantes arrosées d’une pluie de bris de verre, réminiscence lancinante des paysages de guerre d’autrefois à Achrafieh…

Les colis alimentaires basiques dans les sinistres boîtes en carton « pour sinistrés » des ONG humanitaires ont remplacé...

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