Plafonner les salaires des footballeurs ? Cette mesure de régulation aurait pu séduire l’Europe du foot après une crise sanitaire qui a laissé les clubs exsangues, mais ses opposants restent majoritaires.
Privés de recettes pendant l’arrêt des compétitions, les clubs ont traîné comme un boulet une masse salariale très lourde, dévoilant la fragilité d’un système exposé aux secousses externes. « Certains secteurs ont plusieurs mois de trésorerie d’avance et/ou des fonds propres qui leur permettent d’encaisser temporairement une crise telle qu’on la vit », mais pas le football, résume Christophe Lepetit, économiste au Centre de droit et d’économie du sport (CDES). Face à ce constat, le monde du foot se divise en deux catégories: ceux qui militent pour une meilleure régulation et ceux qui s’en remettent à la loi du marché.
Fritz Keller se range parmi les premiers. « Nous devons parler de plafonds salariaux », a tonné le président de la Fédération allemande (DFB), mi-mai, appelant l’UEFA à limiter des salaires qui sont « en partie dignes d’une autre planète ». En France, le gendarme financier de l’élite a aussi souhaité « construire un football plus fort, donc économiquement sain ». « Cela veut dire engager une réflexion sur un plafonnement de la masse salariale et/ou sur le nombre de joueurs sous contrat », a précisé Jean-Marc Mickeler, président du gendarme financier.
« Nous réfléchissons à une sorte de taxe sur la fortune, si c’est possible », a prudemment glissé le président de l’UEFA, Alexander Ceferin, en mai. La confédération européenne « étudie actuellement diverses options » dont cette « taxe » et « mènera des consultations avec les différentes parties prenantes dans les mois à venir », complète un porte-parole. « L’UEFA se retrouve prise entre le marteau et l’enclume », entre partisans et opposants à la régulation, et ce « jeu d’équilibriste » la conduit actuellement au statu quo, analyse Christophe Lepetit, pour qui l’instance peut redouter une fronde des puissants en cas de réforme jugée trop stricte.
Pour instaurer un plafond salarial, l’UEFA devrait en tout cas le rendre conforme au droit de l’UE et applicable par le Royaume-Uni, où se trouvent plusieurs des clubs les plus riches d’Europe. Et convaincre les sceptiques. L’imposer, c’est aller « contre la démocratie, contre le capitalisme. On ne va pas faire une ligue professionnelle, disons capitalistique, et en même temps limiter les salaires. Ça ne serait pas très sérieux », lâche Waldemar Kita, le propriétaire du FC Nantes. En Espagne, le président de la Ligue, Javier Tebas, coupe également court au débat. « C’est quelque qui chose qui n’est pas faisable, quelque chose que même l’AFE (principal syndicat de footballeurs espagnols) ne pense pas négocier pour aller à l’encontre des droits de ses propres travailleurs », a-t-il récemment affirmé.
De fait, si réforme il y a, elle devra rassembler l’ensemble des familles du foot, de la FIFA à l’UEFA en passant par le syndicat mondial des joueurs (Fifpro) et les puissants clubs d’Europe, réunis au sein de l’ECA.
Source : AFP

