Le duo rap américain Run The Jewels. Photo DR
Sa voix ensorcèle le morceau Pulling The Pin : la légende soul Mavis Staples est une des prestigieuses têtes d’affiche au casting du dernier album choc et engagé du duo rap américain Run The Jewels (RTJ). Dans ce titre, le hip-hop charpenté à l’ancienne de RTJ dynamite les dérives morales des cercles du pouvoir au fil des temps. Leur 4e opus, RTJ4 » (chez BMG), regorge de collaborations savoureuses (Pharrell Williams en tête) à l’instar de Pulling The Pin (Dégoupiller la grenade), qui convoque également Josh Homme – guitare et voix des volcaniques Queens Of The Stone Age.
Comment Mavis Staples s’est-elle retrouvée dans cette aventure ? « Je travaillais sur un disque il y a quelques années et parmi les auteurs contactés, il y avait Killer Mike (moitié de RTJ avec El-P), raconte la diva soul. Le morceau n’a pas été retenu. Mais je suis entrée dans les radars de RTJ. Ces types sont géniaux et je suis très honorée de faire partie de cet album. On s’est beaucoup amusés en studio et je suis vraiment contente du résultat », dit celle qui entonne le refrain orageux : « Il y a une grenade dans mon cœur/Et la goupille est dans leur paume. »
Période d’épreuves
L’occasion de l’interroger sur ce qui vient du cœur dans ses chansons. « Mon père, Pops Staples, me disait toujours que ce qui vient du cœur, atteint le cœur. Alors j’ai toujours essayé de chanter en ce que je crois », dépeint Mavis Staples, lancée comme choriste à l’âge de 8 ans dans le groupe familial les Staples Singers. « Et heureusement, ma voix et mon message touchent les gens – que ce soit un message de changement, d’amour, ou qui tente de se sentir un petit peu mieux dans une période d’épreuves. Et si c’est le cas, si ça aide à un changement positif, alors j’accomplis ce que Pops m’a enseigné durant toutes ces années », conclut l’octogénaire.
Solidarité n’est pas un vain mot pour Mavis Staples et Run The Jewels. La chanteuse a écrit un titre, All in it together, en faveur des personnes âgées isolées à Chicago – sa ville natale – confrontées au péril du Covid-19. Et RTJ a lâché son album, deux jours avant sa sortie officielle, en téléchargement gratuit sur toutes les plates-formes numériques, avec ce message de soutien sur Instagram à ceux qui défilent dans les rues après la mort de George Floyd : « Merde, pourquoi attendre ? Le monde est infesté de conneries, alors voici quelque chose de brut à écouter pendant que vous vous occupez de tout. » Un lien sur le site officiel du groupe permet de faire un don à des associations – assistance juridique aux militants des droits civiques, structures antiracistes, aide aux défavorisés, etc.
La légende soul Mavis Staples. Photo DR
Revendicatif et abrasif
Killer Mike a pris la parole publiquement à Atlanta, « fatigué de voir des hommes noirs mourir », étouffant des larmes. Et de plaider pour que « le système qui met en place un racisme systémique (soit) réduit en cendres », tout en appelant au calme les manifestants.
RTJ aurait dû être sur scène début septembre avec un autre groupe contestataire, Rage Against The Machine, à Rock en Seine, annulé dans son format habituel en raison de la crise sanitaire. « Le lien entre les deux groupes est évident, avec ce côté engagé, en colère, revendicatif, abrasif », dissèque Arnaud Meersseman, à la tête de AEG Presents France, qui a dans son portefeuille le festival et espère faire revenir les deux formations en 2021. « Les artistes internationaux sont souvent entre deux avions, mais les RTJ sont plutôt sympas. J’ai été blessé dans les attaques du Bataclan, ils avaient demandé de mes nouvelles, eu des mots gentils pour moi », se souvient-il en conclusion.
Philippe GRÉLARD/AFP

