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Monde - Focus

Des étudiants russes dénoncent une mobilisation forcée face à l’épidémie

Un hôpital temporaire pour lutter conte le coronavirus à Moscou le 11 mai 2020. Evgenia Novozhenina/Reuters

« Ceux qui n’iront pas n’auront pas leur attestation et risquent l’exclusion. » Svetlana, élève en 6e année de médecine à Moscou, l’assure, la mobilisation des étudiants face au nouveau coronavirus se fait sous la menace. Confronté à l’envolée des infections – près de 200 000 cas identifiés samedi – le système de santé russe, miné par le manque de cadres, des années de coupes budgétaires et de réformes décriées, est sous pression. Cela malgré le déploiement de presque 100 000 lits supplémentaires à travers le pays. Le 27 avril, les ministères de la Santé et de l’Éducation ont donc émis un décret ordonnant aux étudiants de 4e, 5e et 6e années de médecine d’effectuer à partir du 1er mai « une formation pratique » dans les hôpitaux traitant les malades du Covid-19. Seuls « des contre-indications médicales » sont dérogatoires.

Pénuries

Dans plusieurs témoignages recueillis, à l’instar de celui de Svetlana, des élèves affirment être menacés d’exclusion en cas de refus, mais préfèrent garder l’anonymat de peur de représailles. Par ailleurs, ils s’inquiètent du manque d’équipement de protection individuelle dans les hôpitaux. Les autorités ont reconnu des pénuries, mais minimisé leur ampleur.

Alexandra, en 4e année à l’université Setchenov, relève ainsi que si « les médecins manquent de moyens de protection, je doute fort qu’il en aura assez pour nous ». Elle note aussi qu’elle ne sera pas relogée, or « je ne veux pas risquer d’infecter mes parents qui habitent avec moi ». Sans protection ni expérience, « nous n’apporterons aucune aide et nous allons répandre l’infection ».

Elena, en deuxième année à Setchenov et donc pas concernée par la mobilisation, affirme également que des camarades ont été menacés : « Si vous n’acceptez pas, vous n’aurez ni diplôme ni spécialisation », leur a-t-on dit, selon elle. Dans un appel anonyme publié sur les réseaux sociaux, des étudiants de l’université Pirogov ont ainsi appelé leur recteur Sergueï Loukianov à instituer le principe du « volontariat ». Ni cette université ni le département de la Santé de la mairie de Moscou n’ont donné suite aux demandes de commentaires de l’AFP.

La vice-rectrice de l’université Setchenov, Tatiana Litvinova, affirme pour sa part que travailler en milieu Covid-19 n’avait rien d’obligatoire et qu’aucun récalcitrant ne serait sanctionné. « Si un étudiant ne veut pas le faire, il peut suivre sa formation dans un autre établissement. Personne ne le force », dit la responsable, dont un millier d’élèves sont concernés, contredisant le texte du décret. Elle promet en outre que ceux au contact des patients à Moscou seront rémunérés à hauteur de 100 000 roubles (1 240 euros environ) et disposeront de « moyens de protection individuelle ».

Ivan Konovalov, de l’Alliance des médecins, syndicat proche de l’opposant numéro 1 au Kremlin Alexeï Navalny, explique que si les autorités mobilisent les étudiants, c’est du fait d’un manque de personnel devenu chronique. « Les réformes des dernières années dans le secteur de la santé ont entraîné un départ massif des médecins », rappelle-t-il. Même des institutions proches du Kremlin, comme la Cour des comptes, ont admis que « l’optimisation » du secteur, euphémisme du pouvoir pour définir les réformes des dix dernières années, ont laissé la médecine démunie face à l’épidémie.

« Pas l’expérience »

Or la situation s’aggrave, beaucoup de professionnels contaminés quittant les rangs alors que depuis une semaine plus de 10 000 cas de contaminations sont recensés quotidiennement. Les autorités ne publient aucune statistique à ce sujet. Selon un décompte officieux mené par des médecins, des centaines d’entre eux ont été infectés et au moins 100 sont morts.

Pour M. Konovalov, mobiliser les étudiants ne réglera pas le problème : « Même ceux en dernière année n’ont pas l’expérience pour travailler dans ces conditions. » Dans ce contexte, des élèves ont lancé une pétition en ligne demandant l’annulation du décret les mobilisant. Un autre groupe a organisé une action de protestation sur Instagram contre le « travail forcé ». Des initiatives pas toujours bien accueillies. « Pourquoi avez-vous choisi ce métier ? Pour sauver des vies (...) ! Si une guerre commence, vous irez aussi vous cacher dans les jupes de votre mère ? » s’insurge sur VKontakte, le Facebook russe, Marina Gontcharova, écrivant sur une page consacrée aux protestations estudiantines.

Victoria LOGUINOVA-YAKOVLEVA

avec Marina KORENEVA/AFP

« Ceux qui n’iront pas n’auront pas leur attestation et risquent l’exclusion. » Svetlana, élève en 6e année de médecine à Moscou, l’assure, la mobilisation des étudiants face au nouveau coronavirus se fait sous la menace. Confronté à l’envolée des infections – près de 200 000 cas identifiés samedi – le système de santé russe, miné par le manque de cadres, des années de coupes budgétaires et de réformes décriées, est sous pression. Cela malgré le déploiement de presque 100 000 lits supplémentaires à travers le pays. Le 27 avril, les ministères de la Santé et de l’Éducation ont donc émis un décret ordonnant aux étudiants de 4e, 5e et 6e années de médecine d’effectuer à partir du 1er mai « une formation pratique » dans les hôpitaux traitant les malades du...
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