Le président français, Emmanuel Macron, lors de la visite d'un EHPAD à Paris, le 6 mars 2020. Photo AFP / POOL / Ludovic Marin
L'accord russo-turc conclu jeudi soir à Moscou sur un cessez-le-feu dans le nord-ouest de la Syrie reste fragile et comporte un certain nombre "d'angles morts", a estimé vendredi la présidence française.
"Les Turcs et les Russes se sont entendus sur une base qui produit aujourd'hui un cessez-le-feu dont la qualité n'est pas très établie", a-t-elle dit, relevant "une baisse d'intensité militaire mais un certain nombre d'actions qui continuent d'avoir lieu sur le terrain". "Et il y a dans cet accord des angles morts, des questions difficiles à gérer, notamment autour du repli sur les autoroutes M4 et M5 (des axes stratégiques, ndlr), un accompagnement politique et humanitaire (...) dont les modalités ne sont pas claires", a-t-elle ajouté.
Le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan ont annoncé jeudi soir un cessez-le-feu, intervenu à 22h00, après une escalade de la violence dans la région d'Idleb. Ils ont convenu d'organiser à partir du 15 mars des patrouilles communes sur une large portion de l'autoroute M4, un axe crucial pour le régime traversant la région d'Idleb. Ce sera la première fois que Russes et Turcs patrouillent ensemble dans cette zone.
Moscou et Ankara ont aussi prévu de mettre en place un "couloir de sécurité" de six kilomètres de profondeur de part et d'autre de cette autoroute, soit une zone tampon de 12 kilomètres de large au total. Les paramètres définissant cette zone seront définis sous sept jours, selon le texte.
"L'agenda russe reste très clair, c'est-à-dire reprendre le contrôle de l'ensemble de la Syrie au profit du régime de Bachar el-Assad", a poursuivi la présidence française. "Les Turcs ont un choix à faire entre leur partenariat difficile avec les Russes et le soutien qu'ils peuvent demander aux Alliés et aux Européens", a-t-elle souligné.
Paris a réfuté toute impuissance des Européens face à Moscou et Ankara dans la crise syrienne, pointant les moyens financiers dont ils disposent pour les réfugiés et la reconstruction future du pays et la présence de la coalition internationale contre le groupe Etat islamique (EI) dans le nord-est syrien.
"Aussi longtemps que Vladimir Poutine peut bombarder par tel ou tel moyen, que Recep Tayyip Erdogan joue plusieurs cartes à la fois, que les Iraniens peuvent déployer des milices sur le terrain (..), ils gardent l'avantage de l'initiative militaire mais pour autant, ils ne produisent pas de formule stable en Syrie", a insisté l'Elysée. "Ni les Russes, ni les Iraniens, ni les Turcs ne peuvent obtenir une stabilisation de la Syrie à leurs propres conditions", analyse la présidence. "Sur la question humanitaire ce n'est ni de Russie ni de Turquie ni d'Iran que viendront les moyens".
Les présidents français Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel ont proposé fin février une rencontre avec leurs homologue russe et turc sur la crise syrienne. Le Kremlin n'a pour l'heure pas donné suite à cette offre de dialogue.

