Graeme Allwright, le 25 février 1978, lors d’une séance d’enregistrement dans un studio parisien. Photo AFP
Le chanteur français d’origine néo-zélandaise Graeme Allwright est décédé dimanche à 93 ans. « Il est décédé cette nuit, dans la maison de retraite où il résidait depuis une année », en Seine-et-Marne, a déclaré sa fille Jeanne. « C’était un chanteur engagé pour la justice sociale, un chanteur un peu hippie en marge du show business qui a refusé des télés. Il a chanté jusqu’au bout, il a adoré être sur scène », a également expliqué l’un de ses fils, Christophe.
Chanteur humaniste au parcours atypique donc, Graeme Allwright a ainsi fait découvrir les protest singers américains aux Français, en adaptant notamment Pete Seeger, Woody Guthrie ou encore Leonard Cohen dans la langue de Molière. « L’impact positif d’une chanson peut être extraordinaire. Il me donne de l’espoir, et la foi pour tenir face aux injustices, aux guerres, aux famines, à l’indifférence qui s’installe », confiait-il en 2014 au journal La Croix.
Né à Wellington, en Nouvelle-Zélande, le 7 novembre 1926, Graeme Allwright a découvert le jazz, les crooners et le folk en écoutant les programmes radios de la base militaire américaine installée dans la capitale néo-zélandaise. À 22 ans, il obtient une bourse pour suivre des cours de théâtre à Londres, dans l’école fondée par Michel Saint-Denis – voix de Les Français parlent au Français et neveu de l’homme de théâtre Jacques Copeau. Le jeune homme est recruté par le prestigieux Royal Shakespeare Theatre. Mais, amoureux de la fille de Jacques Copeau, Catherine Dasté, il décline l’offre, et le couple part s’installer en France, près de Beaune. Graeme Allwright exerce une multitude de métiers : ouvrier agricole, apiculteur, machiniste et décorateur pour le théâtre, professeur d’anglais, maçon, plâtrier, vitrier…
Le Néo-Zélandais, qui ne connaissait pas un mot de français, apprend peu à peu la langue de Molière et les subtilités de son argot, qu’il utilisera abondamment dans ses adaptations. À mesure que son français s’améliore, il renoue avec la scène, jouant notamment dans la troupe de Jean-Louis Barrault. Ce n’est qu’à 40 ans qu’il se lance dans la chanson. « L’idée a peut-être germé dans mon esprit lorsque j’ai interprété quelques chansons de Brassens et Ferré, au cours d’une tournée avec une pièce de Brecht trop courte. Après un travail de moniteur dans un hôpital psychiatrique, j’ai pris ma guitare et je suis parti chanter des folksongs américaines et irlandaises au cabaret de la Contrescarpe (au cœur du Quartier latin à Paris), sept soirs sur sept pour des clopinettes », avait-il raconté.
La chanteuse Colette Magny remarque sa voix, teintée d’une pointe d’accent, et le présente à Marcel Mouloudji, qui lui conseille d’écrire une trentaine d’adaptations et produit son premier 45 tours, Le trimardeur (1965). Son répertoire contestataire, antimilitariste et profondément humaniste, puisé chez les protest singers, résonne avec les aspirations de la jeunesse française de l’époque qui y puise les hymnes de mai 68. Les salles de ses concerts sont pleines et Graeme Allwright se pose alors en principal concurrent d’Hugues Aufray, autre importateur du folk en France. Mais le succès l’effraie. Se sentant dépassé, il prend ses distances mais continue d’enregistrer. Depuis 2005, les concerts du chanteur aux pieds nus, qui continuait de sillonner l’Hexagone malgré son âge avancé, commençaient par un rituel immuable : une vibrante Marseillaise qu’il avait adaptée avec des paroles pacifistes.
Source : AFP

