Un extrait de « Rebirth ».
Rebirth, ce sont cinq minutes seulement d’images animées. Un graphisme à l’orée de l’imaginaire. Un peu Manga, un peu à la Tim Burton, c’est l’illustrateur Ivan Debs connu pour ses célèbres illustrations – notamment dans les pages de L’Orient-Le Jour – qui en est l’auteur. C’est grâce à une collaboration avec l’animateur Élie Eid et les musiciens Christophe et Joey-Marc Namour que le film d’animation Rebirth est né. Les personnages évoluent entre traits durs et ondulants. Le rouge flamboyant est mêlé à du noir obscur. Les personnages clownesques ont un nez long qui rappelle non celui du poète Cyrano de Bergerac, mais plutôt celui de Pinocchio le petit menteur. Ces personnages sont universels. Ils sont la reproduction des pantins du milieu politique.
Un cœur qui bat la chamade
Cela fait six ans qu’Ivan Debs s’insurge contre le système politique libanais corrompu et vilipende les gouvernants. L’illustrateur, qui a vogué toute sa vie entre les turbulences de la Côte d’Ivoire, son pays natal, et le Liban, son pays d’adoption, s’est retrouvé au milieu de la thaoura à dessiner dans la rue. Un acte de partage avec les autres et de réel échange. Ses illustrations aux couleurs chatoyantes sont nées de ses influences africaines et orientales. Pas de graffitis, mais de véritables dessins qui tendent à devenir des œuvres picturales.
Grâce à une rencontre, un jour, avec l’animateur Élie Eid, les illustrations d’Ivan Debs ont commencé à prendre vie et à s’animer. Tout comme ce cœur qu’a fait battre Eid et qui donne de la vigueur et de la dynamique aux graphismes. « Mes dessins ont toujours reproduit une réalité sociale et ont attaqué ces gouvernants qui se moquent du monde qu’ils gouvernent, dit Debs. Un jour, j’ai réalisé qu’Élie Eid avait, à mon insu, animé quelques-uns de mes dessins qu’il avait vus au centre-ville. C’est ainsi que la rencontre a eu lieu. » Et de reprendre : « Comme j’ai toujours rêvé que mes dessins s’animent, nous avons concocté ce projet qui est devenu complet lorsque se sont joints à nous les compositeurs Christophe et Joey-Marc Namour. »
Dans ce monde où le réel se marie à l’imaginaire, le texte qui l’accompagne en voix off est l’extrait du discours final du film The Great Dictator de Charlie Chaplin. Des mots qui résonnent encore tel un écho dans cette actualité morose et qui font appel à l’humanité, au respect de la différence, à la paix et non à la guerre. Mais ici, pas de place pour les lamentations même si l’image se teinte parfois de mélancolie et même si les harmonies vacillent entre sombre et clair. Dans le monde d’Ivan Debs, il y a toujours cette petite bougie qui s’allume et qui représente l’espoir. Il y a cette lueur qui est signe de renaissance. Il y a ce fœtus recroquevillé dans le tronc d’un arbre et ce cœur qui continue de battre aux couleurs du drapeau libanais. Il y a également, dans cette composition musicale classique et non orientale, des notes de reggae qui redonnent la joie. Un film qui ne fait pas appel à la colère, mais à l’union dans un pays nouveau qui va sûrement renaître des gravats en chassant les larmes et les pleurs, et en triomphant de l’oppresseur. Tout oppresseur.
Le film est visible en ligne et sur la page Facebook d’Ivan Debs.

