Tour d’Italie (Giro) ou de France (Grande Boucle) ? Jeux olympiques ou Mondial ? Le choix s’avère difficile pour les coureurs cyclistes de grands tours, les grimpeurs du peloton qui sont avantagés en 2020 par des parcours taillés à leurs pédalées dans les grandes courses classiques d’un jour. Tokyo a chamboulé la donne. Le parcours japonais comporte en effet une montée très raide, propice à la sélection le 25 juillet prochain, au lendemain de l’ouverture olympique. Tout comme le circuit suisse de Martigny, qui abritera le 27 septembre le championnat du monde annuel.
Au Japon, plusieurs des favoris potentiels ont déjà procédé aux repérages. « Ce sera une course par élimination », pronostique le Britannique Chris Froome, quadruple vainqueur du Tour de France qui n’a toutefois jamais gagné une course d’un jour. « C’est bien un parcours pour grimpeurs », estime le Français Romain Bardet, conforté dans sa révision de programme afin de se relancer après ses déceptions de l’été dernier. Romain Bardet l’a déjà annoncé en 2019 : il renoncera cette année à la Grande Boucle, l’événement n° 1 du cyclisme. L’Italien Vincenzo Nibali, qui a quitté l’équipe Bahreïn pour rejoindre Trek, a fait le même choix : Giro, JO et championnat du monde. Même s’il est quasiment impossible – les différents entraîneurs en conviennent – de connaître trois pics de forme de même qualité dans la saison.
Autre coureur de grand tour, mais typé rouleur, le Néerlandais Tom Dumoulin s’apprête, selon la presse de son pays, à privilégier lui aussi le Giro. Et laisser le Slovène Primoz Roglic, vainqueur de la dernière Vuelta (Tour d’Espagne), s’attaquer au Tour de France, le territoire favori depuis 2012 de l’armada Ineos, anciennement Sky.
Dans la Grande Boucle, que le Français Thibaut Pinot abordera fin juin avec de légitimes ambitions, l’équipe britannique ne manque pas d’options. Mais elle est confrontée à une inconnue de taille. Froome, son coureur de référence jusqu’au printemps dernier, redeviendra-t-il aussi compétitif que par le passé ? « C’est impossible à dire », répond Froome (35 ans), qui a été grièvement blessé en juin dernier lors de sa chute avant le contre-la-montre du Dauphiné. Souffrant de fractures multiples, il a dû subir plusieurs interventions chirurgicales. En son absence, le Colombien Egan Bernal (1er), appuyé par le Gallois Geraint Thomas (2e), a assuré au mieux dans un Tour de France 2019 illuminé par la performance du Français Julian Alaphilippe – 14 jours en maillot jaune. Simple intérim ou passage de témoin ? L’âge (22 ans) du grimpeur colombien, l’un des plus jeunes lauréats de l’histoire de la Grande Boucle, ferait pencher pour la seconde hypothèse… Mais ce serait négliger la force morale de Froome.
Pour 2020, rien n’est encore acté dans la formation la plus puissante du peloton (Ineos). Bernal a toutefois fait part de son intérêt pour un déroutant doublé Giro/Grande Boucle, qui le condamnerait de facto à jouer les utilités en juillet s’il vise la victoire en Italie. Cette année, l’intervalle séparant les deux grands tours a été raccourci d’une semaine par rapport à l’année écoulée, afin que le Tour de France n’empiète pas sur les JO de Tokyo. Dans le peloton, ce problème de calendrier touche tous les leaders concernés par la Grande Boucle, puncheurs compris, à l’exemple de Julian Alaphilippe. Tous disposent notamment d’un délai réduit à six jours entre la fin de la Grande Boucle et la course des Jeux pour surmonter le décalage horaire et s’adapter aux conditions météo spécifiques, chaleur et humidité principalement.
Le Slovaque Peter Sagan, lui, a déjà fait une croix sur la fin de saison. Suivant le programme dévoilé par son équipe Bora, l’ex-triple champion du monde s’alignera pour la première fois dans le Giro avant de participer au Tour de France. « Selon moi, ma saison se terminera après le Tour de France et les Jeux olympiques. Ce ne sera donc que six mois, mais six mois difficiles », a déclaré Sagan au site spécialisé cyclingnews. Seule certitude pour 2020, le record d’un quatrième titre mondial, sur lequel ont buté les plus grands coureurs, continuera donc à rester inaccessible.
Jean MONTOIS/AFP

