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Timi Hayek, des foulards et des histoires

La Mode

Illustratrice par passion, elle se convertit dans la mode et crée sa marque éponyme, minimaliste et facile à vivre. Mais Timi Hayek est vite rattrapée par son amour du dessin. Elle se concentre désormais sur la création de carrés de soie qui se transforment en robes ou se contentent de raconter en images des récits mythologiques puisés dans l’histoire de la Phénicie.

11/12/2019
Menue et éthérée, Timi Hayek a beau avoir franchi des étapes depuis sa sélection à la deuxième édition du concours Génération Orient, elle laisse toujours cette impression Fée Clochette qui rejaillit sur ses créations. Styliste et graphiste, formée à Central St Martins, la jeune femme laisse ses nombreuses compétences se bousculer dans la chaleureuse exiguïté de son local tranquille, rue Monnot, hérité de sa grand-mère.

Baignant dans une lumière naturelle en toute saison, ce lieu inspiré est à la fois son cocon, son refuge et son lien avec le monde. On y est interpellé par la sérénité qui se dégage aussi bien des vêtements alignés sur les portants que de la studieuse mezzanine où la créatrice est continuellement à l’œuvre. Au commencement de tout, il y a toujours une histoire et un dessin. Par la force des choses, la page blanche se transforme en carré de soie, et le carré compose des robes émouvantes comme des pages envolées d’un livre de contes. Si la mythologie l’obsède, c’est qu’elle y puise un prétexte pour introduire dans la vie réelle et les faire durer des récits qui n’ont pas été rassasiés de leur part d’éternité. Passionnée d’archéologie et d’histoire, Timi Hayek ne se lasse pas de lutter, entre pinceaux et machine à coudre, pour préserver le patrimoine culturel et son autre amour, la nature.

Pas de calendrier, ici, ni de contraintes liées au rythme épuisant des collections. L’idée prend le temps de se former au hasard des gribouillages et de se traduire dans la soie. Les carrés aux bords rouleautés à la main, de même que les robes assemblées suivant un patron qui exalte le mouvement, met en valeur la ligne du cou et des épaules, souligne gracieusement la taille, interprètent l’éphémère d’un rêve et confirment, par une touche d’imperfection organique, le passage de la main. Ces œuvres à porter sont signées de la main de la créatrice comme autant de toiles d’artiste. Au thème de la mythologie où Adonis, Astarté et le Phénix se déclinent en figures subtiles, s’ajoute celui de la Terre et du ciel. Particulièrement séduisante est son interprétation de la nuit où les étoiles, sur un bleu profond, sont reliées entre elles par des guirlandes dorées comme une évocation d’un vers rimbaldien.

Merveilles de la Phénicie

« Tout est parti d’une promenade à la grotte d’Afqa », raconte la créatrice. « Là, face à la beauté et à la puissance du paysage, entre la grotte d’où jaillit un torrent et le gouffre tout proche, j’ai ressenti le besoin de me replonger dans la mythologie phénicienne et d’y retrouver le sens que donnaient nos ancêtres à la vie, à la mort et à la beauté de la nature. J’ai découvert qu’Astarté, déesse essentiellement phénicienne de l’obscurité et du renouveau, avait elle-même inspiré aux Grecs et aux Romains les figures d’Aphrodite et de Vénus. C’est à Afqa que le bel Adonis dont Astarté était éperdument amoureuse, chassant le sanglier, fut agressé à mort par la proie qui n’était autre qu’un dieu jaloux déguisé, et que son sang se répandit, traduit en champs de coquelicots chaque printemps dans la campagne libanaise. Entre deux renaissances, Adonis était retenu aux enfers par Perséphone à laquelle l’avait confié Astarté, et le dieu des dieux tranche le conflit en confiant le bel homme aux deux femmes par alternances de quatre mois qui constituent les saisons. Timi Hayek n’en finit pas de creuser les différents aspects de cette belle histoire et d’en décliner les détails sur ses carrés de soie. Elle passe ses journées à lire, puis dessiner. Les planches sont ensuite numérisées et envoyées vers un atelier de sérigraphie digitale en Turquie d’où ils lui sont réexpédiés pour être finis et rouleautés à la main à Beyrouth. La jeune femme confie n’en avoir pas encore fini avec la Phénicie, cet immense réservoir d’histoires mythologiques ou réelles, songeant déjà à une nouvelle série, toujours phénicienne, liée aux sciences et à la navigation.

Encore étudiante, Timi Hayek avait remporté le Liberty Art Fabrics Award. Elle avait eu la fierté de voir son dessin commercialisé chez Liberty & Co, prestigieuse et immémoriale institution londonienne. Une fois diplômée, elle avait travaillé chez Louis Vuitton sous la direction artistique de Marc Jacobs, ainsi que chez Jean-Charles de Castelbajac à Paris et McQ par Alexander McQueen à Londres. Engagée dans l’incubateur Starch, elle avait eu l’opportunité de participer en 2016, à l’International Fashion Showcase à Somerset House à Londres, se distinguant parmi les meilleurs créateurs de l’exposition. En 2017/18, elle est demi-finaliste du Prix international WoolMark. En 2018, elle collabore avec Harvey Nichols HQ et illustre la vitrine de Noël du grand magasin londonien pour le lancement de l’événement Holly Nichols. Son travail a été présenté dans de nombreuses publications internationales, notamment Vogue, Monocle Magazine et CNN.

Ses foulards et robes de soie illustrés et cousus main sont vendus rue Monnot, dans son atelier, ou en ligne sur son site TimiHayek.com.


Pour mémoire

Génération Orient II : #8 Timi Hayek, créatrice de mode, 28 ans

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Jack Gardner

Faire le tour du monde et revenir à Beyrouth! ca c’est magnifique!
Et Courage pour le reste…

MGMTR

Brillante, bravo !

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