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Culture

Raffi Yedalian, dans le reflet des miroirs de Léonard de Vinci...

RENCONTRE

L’artiste, dont le parcours artistique remonte à bientôt plus de deux décennies, vient de recevoir le prix « Lorenzo il Magnifico » à la XIIe Biennale de Florence.


28/11/2019

La barbe comme un « vartabed » (curé) arménien, des lunettes rondes à la Trotsky, le verbe simple, la chemise blanche sur une veste bleu marine, des bagues en argent blanc aux doigts amoureux des cigarettes toujours allumées, Raffi Yedalian, peintre et sculpteur, est entre deux voyages, deux valises, deux pays. Mais cela ne veut pas dire que la situation actuelle ne le préoccupe pas…

Il vient de rentrer d’Erevan au pays du Cèdre, nouvelle navette pour se construire et être présent sur l’échiquier de l’art. Entre les deux, il y a ce passage à Florence pour une XIIe Biennale dédiée à la 500e commémoration de la mort de Léonard de Vinci et une compétition qui a groupé plus de 500 artistes des quatre points cardinaux. Dont il a triomphé avec éclat en recevant les honneurs de sa création, une installation picturale, sans la présence du ministère de la Culture libanais, qui brille toujours par son absence, mais avec quand même l’encouragement du consul du Liban dans la ville célébrissime…

À 46 ans, jeune poulain de la galerie Mark Hachem qui l’a pris sous son ombrelle, Raffi Yedalian, qui prépare pour le mois d’avril prochain une exposition de ses œuvres à la Galerie nationale d’Erevan, s’entretient volontiers de cette aventure où il s’est plongé corps et âme.

« Pour entreprendre cette toile imprégnée d’un certain surréalisme, en fait aussi érigée en une installation, explique-t-il, j’ai fait des études et des recherches sur le génial artiste pluridisciplinaire. Qui était tout aussi bien astronome, musicien (le singulier piano dont il a jeté les bases vient d’être justement réalisé en 2013 ! ), fouilleur impénitent des profondeurs du corps humain, il a pratiqué les dissections les plus intrépides et inédites (on n’oublie jamais les précieuses planches de ses travaux en ce sens), ingénieur et architecte brillantissime qui connaissait les rapports des volumes et de l’espace… On rappelle et on souligne que Léonard de Vinci, pour tenir ses textes à l’abri des regards indiscrets, avait l’habitude d’écrire de gauche à droite, si bien qu’il fallait un miroir pour lire ses manuscrits. Plus de secret pour ses créations, fantaisie, singularité ? Tout cela est resté mystérieux et sans explication. Et c’est à partir de différents croquis que je suis parvenu à ce concept combinant les multiples facettes du génie d’Anchiano, dit Vinci en Toscane. »

Cette toile (acrylique sur canevas 1 m 25 x 90 cm) intitulée Réflexion d’un esprit énigmatique et qui a remporté la médaille d’or – prix « Lorenzo il Magnifico » – de la Biennale de Florence, est enserrée dans une installation de lumière et de miroir. De prime abord, quand on la regarde, on voit, en tonalités neutres de gris, de jaune, de blanc et de noir, comme un masque vénitien avec des détails pour des objets scientifiques tels un scalpel, un astrolabe… Une fois le spectateur sous le miroir, avec le renversement de l’image, c’est-à-dire par anamorphose, c’est le portrait de Léonard de Vinci qui émerge, visage émacié, regard ardent, longue chevelure en mèches qui cascadent avec une calvitie galopante au haut du crâne.

Voilà l’illustre artiste plongé dans son univers aux innombrables préoccupations, et c’est le miroir, clef d’un code « davincien », qui donne cette perception sur le monde de la Renaissance. Un monde riche, précurseur de la modernité et d’un étonnant avant-gardisme en plusieurs domaines.

C’est ce tribut au rayonnement de l’art et de la science ainsi que l’impact sur les créations actuelles que Raffi Yedalian paye à travers une œuvre tridimensionnelle, aux perspectives à horizon ouvert…

Quid des bouleversements qui secouent le pays du Cèdre, loin des pinceaux, de la palette, du chevalet et des reflets de miroir ? Et l’artiste de répondre, à mi-chemin de la fierté d’un travail bien accompli et de la tristesse de tant de chaos dans une terre livrée à l’anarchie, la corruption et un establishment des plus sourds et aveugles à la souveraineté du peuple : « Le peuple a parlé et dit ses mots ! Et continue de le faire. Je n’ai rien à ajouter. On ne demande aux gouvernants que le minimum dans une vie, même avant l’art. Car il faut admettre qu’il y a des choses essentielles dont on manque amèrement, cruellement et injustement… »


Pour mémoire

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