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Jihadiste ou malade psy? La difficulté de juger une tentative d'attaque à la Tour Eiffel


AFP
22/10/2019

 Mamoye D. sautillait sous la Tour Eiffel à Paris, tournait sur lui-même, armé d'un couteau en criant "Allah akbar": cet homme de 21 ans, qui a fait de nombreux séjours en hôpital psychiatrique, comparaissait mardi devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir tenté d'attaquer des militaires.

Après avoir interrogé le prévenu, son avocate Adèle Vanhaecke se tourne vers Isabelle Prévost-Desprez, la présidente de la 16e chambre qui juge les affaires de terrorisme: "J'espère que vous voyez que Mamoye répond +oui+ ou +non+ en fonction de ce qu'il pense qu'on attend de lui".

La présidente acquiesce: "Oui, je sais. J'ai posé la même question sous trois formes différentes et obtenu des réponses différentes. Mais parfois, il comprend très bien. D'autres fois, sa pensée est variable".

Le 5 août 2017, Mamoye D. - arrivé en France après avoir passé son enfance en Mauritanie - avait une permission de sortie de son hôpital psychiatrique. Quand son père a refusé de lui acheter un smartphone, il s'est mis en colère, puis il est parti à la Tour Eiffel, armé d'un couteau. Les militaires, qu'il visait, l'ont rapidement interpellé après ses menaces.

En garde à vue, il affirmait être en relation avec des membres du groupe Etat islamique en zone irako-syrienne.

Un expert a conclu dans ces premières heures de l'enquête à l'abolition du discernement. "Il doit réintégrer son unité d'hospitalisation", disait-il. Mais au cours de l'instruction, deux autres expertises psychiatriques ont retenu une altération du discernement, ouvrant la voie à un procès.

"Ce type de personnalité pose toujours de délicats problèmes médico-légaux. Mamoye D. ne peut pas être simplement considéré comme un malade à soigner ou comme un délinquant à punir", expliquait le Dr Daniel Zagury. Il "ne cesse de revendiquer son geste. (...) Ne pas l'entendre, c'est prendre le risque d'une surenchère".

Avant même d'être majeur, Mamoye D. a eu plusieurs fois affaire à la justice pour des vols, des violences, mais ces dossiers se sont conclus par des ordonnances de non-lieu pour irresponsabilité pénale et des hospitalisations d'office.

Sa radicalisation apparaît juste après l'attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo en janvier 2015 à Paris. Le 11 janvier 2015, il tente de voler un scooter et explique que c'est pour financer son départ en Syrie. Le 1er juillet 2015, il menace de poignarder des agents de sûreté ferroviaire en criant "Allah Akbar". Le 30 mars 2017, il agresse une touriste et menace des forces armées.

Le parquet a requis la peine maximale: six ans d'emprisonnement avec une période de sûreté des deux tiers et une inscription au fichier des auteurs d'infraction terroriste.

"Vous jugez un handicapé mental. Ce n'est pas un terroriste", a plaidé l'avocate du prévenu. "C'est inquiétant, je ne le nie pas, mais les personnes vulnérables, on les protège. L'incarcérer avec des personnes radicalisées, car c'est son cas actuellement, ce n'est pas le protéger".

Le jugement doit être rendu dans la soirée mardi.

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