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Moyen Orient et Monde

La princesse Haya, chérie et soutenue par les Jordaniens

Reportage

Engagée dans une bataille juridique à Londres contre son mari, le souverain de Dubaï, la fille du roi Hussein bénéficie d’un fort soutien de la part de ses concitoyens.


19/08/2019

« Haya est libre ! » Telle est l’exclamation qui envahit, ces derniers jours, les comptes jordaniens sur plusieurs réseaux sociaux. Le 31 juillet, le prince Ali de Jordanie postait une photo le représentant en compagnie de sa sœur unique Haya, sur Twitter, avec pour légende : « Aujourd’hui, avec ma sœur, la prunelle de mes yeux, Haya bint al-Hussein. » Dès la publication du tweet, la parole des Jordaniens s’est libérée : la princesse Haya est apparue sur des photos de profils Facebook, de nombreux messages de soutien ont été partagés, et la photo du prince Ali a été largement commentée.

Mariée au souverain de Dubaï et vice-président des Émirats arabes unis, cheikh Mohammad ben Rached al-Maktoum, Haya, 45 ans, est la demi-sœur du roi Abdallah II de Jordanie et la fille du défunt roi Hussein. En fuite depuis quelques mois, elle a trouvé refuge dans sa résidence londonienne avec ses deux enfants de sept et onze ans. La princesse a engagé une bataille juridique contre son mari devant la justice londonienne, demandant le divorce, ainsi qu’une mesure de protection contre un mariage forcé, qui pourrait concerner l’un de ses enfants. Les détails de l’affaire ne sont pas connus. Mais peu importe. Pour ses concitoyens, si la princesse a fui les Émirats, c’est qu’elle y était malheureuse.

« Notre princesse à tous »

Au centre-ville de Amman, un quartier populaire, on hésite à parler ouvertement de la famille royale. C’est qu’elle n’a pas commenté officiellement l’« affaire Haya ». À côté de la célèbre épicerie de knéfeh Habibah, Hassan Obaïdi tient un kiosque de livres en arabe et en anglais. C’est avec fierté qu’il pointe en direction de photos sur lesquelles il pose aux côtés du roi Abdallah II et de sa femme, la reine Rania. « J’aime la famille royale, car elle n’est pas fermée d’esprit. Pas comme dans d’autres pays du monde arabe qui n’apprécient pas les femmes, alors qu’elles représentent la moitié de la société », dit-il. Pour lui, la princesse Haya est une personne « sage » et « cultivée ». « Je la soutiens dans sa situation. Quoi qu’il lui arrive, je serai à ses côtés », assure-t-il. Un peu plus loin, des chauffeurs de taxi attendent leurs passagers. L’un d’eux, Mohammad Aqal, la soixantaine, a un avis tranché sur l’affaire : « Elle est notre princesse à tous, elle ne nous a jamais laissés tomber et on la soutiendra, où qu’elle aille. C’est une femme extraordinaire qui a fait beaucoup de choses ici, et aujourd’hui comme hier, l’on peut sentir sa marque partout dans les rues de Jordanie. »


(Lire aussi : La princesse Haya soutenue par son frère dans sa bataille judiciaire contre le souverain de Dubaï)


Cavalière professionnelle

La princesse Haya avait trente ans lorsqu’elle est partie de Jordanie pour les Émirats. Dans son pays, elle a gardé l’image d’une femme émancipée et profondément humaine, notamment avec la fondation de Tkiyet Um Ali, une association qui distribue de la nourriture aux plus démunis. « Tout le monde l’aime ici. Si tu la croises dans la rue, elle va s’arrêter, te répondre et te respecter », affirme Raïf Haddadine, ancien banquier à la retraite, entre deux gorgées de café, chez lui. Il en a fait l’expérience un jour, dans un stade où elle allait régulièrement. « En grandissant, la princesse Haya s’est rendue populaire auprès des jeunes de sa génération. C’est la première princesse à assister à des matches de foot. Elle encourageait les filles à aller dans les stades. » Elle-même est une cavalière émérite. En 2000, elle avait représenté la Jordanie à l’épreuve de saut d’obstacle lors des Jeux olympiques de Sydney. « C’est la fille de son père, poursuit M. Haddadine. C’est une femme libre et déterminée. »

Nombreux sont les Jordaniens à avoir été surpris par son mariage avec le cheikh Mohammad ben Rached al-Maktoum en 2004. Le souverain de Dubaï, de vingt-cinq ans son aîné, avait alors déjà eu cinq épouses et de nombreux enfants. Haya est devenue la sixième.

Une femme indépendante

C’est surtout auprès des Jordaniennes que la princesse Haya fait l’unanimité. À Sports City, un complexe sportif gigantesque voulu par le roi Hussein dans les années 1960, des femmes en bikini côtoient des femmes voilées autour d’une piscine olympique en extérieur. C’est ici que se retrouve la classe moyenne jordanienne, dont fait partie Hala, 30 ans. « Je suis avec toute femme qui fuit son mariage si elle en souffre. Son mari peut lui donner tous les châteaux du monde, si elle n’est pas heureuse, à quoi bon ? » lance-t-elle. À ses côtés, Salma, 38 ans et mère de deux enfants, assure que « toutes les femmes ici la soutiennent. Il y a beaucoup de divorces en Jordanie liés aux mauvais traitements des hommes envers leurs femmes. Pas forcément physique, mais psychologique et financier. Et c’est très difficile pour une femme d’obtenir gain de cause. Dans un pays du Golfe, on n’ose même pas imaginer. Alors si la princesse est partie avec l’argent, tant mieux pour elle ! ». Selon certaines rumeurs, Haya bint al-Hussein aurait quitté son mari avec une somme de 34,5 millions d’euros.

La circulation, depuis quelques mois sur internet, d’une vidéo de quarante minutes dans laquelle la princesse Latifa, 32 ans, l’une des filles du souverain de Dubaï, raconte ses conditions de vie aux Émirats, pareilles à un séjour en prison, selon elle, vient renforcer le soutien des Jordaniens pour la princesse Haya. « J’ai regardé cette vidéo hier, elle fait froid dans le dos », déclare Salma. Latifa a tenté de prendre la fuite par la mer il y a un an, avant d’être rattrapée par les autorités de Dubaï. Haya, à l’époque, avait défendu publiquement la réputation de l’émirat. Mais il semblerait, selon des sources proches de la princesse jordanienne, que la découverte de nouveaux éléments sur cette affaire l’ait encouragée à partir pour préserver sa sécurité et celle de ses enfants.

Après deux jours d’auditions, la Haute Cour de justice de Londres a annoncé, le 31 juillet, la tenue d’une audience le 11 novembre prochain. La princesse a demandé des mesures de protection exceptionnelles, ainsi que la garde de ses enfants. Dans cette affaire, Raëd, la soixantaine, employé à la municipalité de Amman, fait confiance à la justice britannique. « C’est leur histoire personnelle, on ne s’en mêle pas », dit-il. Il a rencontré la princesse, « une femme accessible », lors d’un tournoi d’équitation dans ce même complexe sportif. « Elle avait perdu ce jour-là, et elle a accepté la défaite, puis elle a dit aux gardes du corps de la laisser parler avec les gens. »

La princesse Haya et son frère Ali occupent une place particulière dans le cœur des Jordaniens. Très tôt, ils ont perdu leur mère dans un accident d’hélicoptère, la reine Alia, d’origine palestinienne, simple et modeste, très aimée dans le pays. Dès lors, la photo du frère et de la sœur enlacés, publiée par le prince Ali, a touché les Jordaniens.


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Eleni Caridopoulou

Il est laid comme un pou comment elle s'est marié avec un type comme lui, elle belle je lui souhaite tout le bien

Sarkis Serge Tateossian

Dans de telle affaire il y a une interconnexion évidente entre les femmes toute l'humanité. Ce que je prononce n'est certainement pas exagéré. Nous savons parfaitement que ceci relève des conditions des droits de la femme en particulier, et et de l'humanité entière en général. Les conditions des femmes, représentent la moitié de l'humanité ...sans la femme l'humanité cesse d'être. Alors une minimisation des droits des femmes est-il acceptable ?

Nous savons tous que plus un pays est en avance culturellement, plus la femme est respectée et conquiert ses droits.

C'est un long combat qu'il faut soutenir à tout prix et partout dans le monde.

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