Waël Bou Faour, lors de sa conférence de presse, hier. Photo al-Anbaa
Le ministre de l’Industrie, Waël Bou Faour, a accusé mardi, au nom du Parti socialiste progressiste, le camp affilé au président Michel Aoun d’essayer de « fabriquer de toutes pièces un dossier politique contre le PSP » dans l’affaire des affrontements meurtriers de Qabr Chmoun, en juin dernier, dans la Montagne, appelant le chef de l’État à mettre fin à cette cabale.
Lors d’une conférence de presse au siège du PSP à Beyrouth, M. Bou Faour, entouré des députés du bloc parlementaire de Walid Joumblatt, a durement critiqué le ministre des Affaires étrangères et chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil, gendre du chef de l’État. « Nous faisons porter à Gebran Bassil l’entière responsabilité morale, politique et juridique des affrontements de la Montagne », a affirmé le ministre joumblattiste, dénonçant « le discours communautaire, provocateur, agressif, condescendant, qui divise les Libanais en réveillant les heures sombres de la guerre civile et les rancœurs communautaires » du leader du CPL. Discours dont des extraits ont été repris par Waël Bou Faour. Il a insisté sur le fait que les incidents de Qabr Chmoun ne se seraient pas produits « sans la visite du ministre Bassil et son discours qui a ravivé les plaies des habitants de la région : la bataille de Souk el-Gharb, Kahalé et Dahr el-Wahch ». « Des responsables et des cadres du CPL sont souvent en tournée dans la Montagne et il n’y a jamais eu le moindre incident », a-t-il encore soutenu.
Le ministre de l’Industrie a ensuite interpellé le chef de l’État : « Vous rendez-vous compte de l’ampleur des dangers que fait peser le discours communautaire et fanatique de votre héritier politique sur le Liban, la paix civile et sa stabilité ? »
« Nous accusons le camp affilié au chef de l’État d’avoir fabriqué un dossier politique contre le PSP », a encore déclaré M. Bou Faour, en soulignant que l’enquête menée a « confirmé l’absence d’embuscade et donc d’une tentative d’attentat préméditée, contre le ministre Saleh Gharib ». Après avoir assuré que son parti allait faire face à la fabrication de ce dossier, aux plans « judiciaire, politique et populaire », il a accusé des ministres affiliés au président Aoun d’avoir « exercé des pressions politiques sur la justice », en citant nommément le ministre de la Justice, Albert Serhane, celui de la Défense, Élias Bou Saab, ainsi que le ministre d’État pour les Affaires présidentielles, Salim Jreissati, « qui veulent que les partisans du PSP arrêtés dans le cadre de ce dossier soient poursuivis pour “terrorisme” ». Parce qu’ils n’ont pas réussi à transférer le dossier de l’affaire à la Cour de la justice, à cause du bien-fondé de la position de Walid Joumblatt, et de la solidarité que les présidents de la Chambre, Nabih Berry, et du Conseil, Saad Hariri, et le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, ont manifesté à son égard, ils ont orienté la bataille vers le tribunal militaire, pour une exploitation mesquine de leur influence sur la juridiction militaire, a-t-il accusé. Selon lui, « Salim Jreissati et Élias Bou Saab ont adressé des menaces à l’encontre du juge Claude Ghanem pour l’obliger à engager des poursuites pour terrorisme contre les partisans arrêtés du PSP, afin de garantir une accusation politique qui permettrait ultérieurement d’atteindre des responsables du parti et peut-être même de retirer sa licence ».
Dans le même cadre, il a pris à partie le président du Conseil supérieur de la magistrature, Jean Fahd, l’accusant « d’avoir fait pression durant une réunion du CSM en faveur de poursuites pour terrorisme contre les partisans du PSP, afin d’assurer une couverture de cette instance à la procédure infâme ». « Surpris, des membres du CSM ont dénoncé cette tentative et l’un d’eux a interpellé son président pour lui demander s’il souhaite vraiment entraîner le pays sur la voie d’une guerre civile », a poursuivi le ministre.
« Des accusations documentées »
M. Bou Faour a également accusé M. Jreissati d’autres pressions et intimidations à l’encontre des juges d’instruction, et stigmatisé la façon dont le dossier a été transféré de juge en juge. Selon lui, « après que le juge Fadi Sawan se fut désisté, sous la pression, selon M. Bou Faour, du ministre Serhane et du juge Fahd, ce dossier n’a pas été pris en charge par le substitut du commissaire du gouvernement le plus haut placé, en l’occurrence Fadi Akiki, mais il a été remis au juge d’instruction militaire Marcel Bassil, parce que le ministre Jreissati réclamait un magistrat qui soit malléable ». M. Bou Faour a indiqué que toutes ses accusations « sont documentées, peuvent être vérifiées et faire l’objet d’une enquête ».
Le ministre de l’Industrie s’est ensuite adressé au président Michel Aoun : « Êtes-vous au courant de ces agissements ? Nous souhaitons que vous ne le soyez pas, parce que, dans le cas contraire, cela mettra votre mandat sur la sellette, fera peser des doutes sur sa crédibilité et sur celle des slogans du changement et de la réforme que vous prônez et entachera à jamais votre legs politique. » Mais dans le cas où le chef de l’État ne serait pas au courant des agissements de ses proches, il lui a demandé « d’arrêter ce dangereux processus de destruction des institutions et principalement de la justice ».
Il a ensuite dénoncé, en ironisant, le fait que pour « maintenir la pression sur le PSP, il n’était plus question d’une tentative d’attentat contre Saleh Gharib, mais contre Gebran Bassil ». Selon des informations de presse attribuées dimanche à des « visiteurs de Baabda », le chef de l’État aurait déclaré que l’« embuscade tendue à Qabr Chmoun visait Gebran Bassil et non son collègue Saleh Gharib ».
« Nous demandons à M. Bassil de retirer toutes les accusations portées contre nous, et au Parti démocrate libanais (de Talal Arslane), qui nous accuse d’avoir tenté d’assassiner M. Gharib, de se ranger derrière son allié car M. Gharib n’est plus le sujet », a affirmé M. Bou Faour, appelant à la tenue d’un Conseil des ministres, « sans que soit évoquée l’embuscade de la saisine de la Cour de justice », comme le réclame le PDL.
Waël Bou Faour a conclu en assurant que le PSP ne se laisserait pas entraîner « dans un conflit confessionnel », assurant que la réconciliation de la Montagne tenait bon.
Prié ensuite de dire si « un mot d’ordre était donné pour faire couler le PSP » et si le chef de l’État en serait l’instrument, le ministre de l’Industrie a répondu par l’affirmative au sujet du mot d’ordre, en précisant toutefois qu’il n’a pas « accusé directement le président Aoun d’en être l’instrument ».


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