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Documentaire

Quand faire de la musique est un combat vital

Dans « Syrian Metal is War », Monzer Darwish évoque la survie du métal et de ses musiciens dans une Syrie ravagée par la guerre.

Dans « Syrian Metal is War », Monzer Darwish suit le combat des musiciens lors de la guerre en Syrie.

Quand les peuples souffrent de la guerre, sont soumis à un tyran, perdent leur droit de s’exprimer, de choisir ou de contredire, il leur reste quelques échappatoires pour organiser leur résistance. La musique par exemple, dont le pouvoir dépasse celui du simple divertissement. Cette thématique est celle qui a été choisie par le film Syrian Metal is War, diffusé dans le cadre du festival Almost There, organisé par la Heinrich Böll Foundation ce week-end à Beyrouth. Ce documentaire réalisé par Monzer Darwish en pleine guerre de Syrie suit différents membres de groupes entre 2013 et 2016 qui cherchent des endroits pour répéter ou tenir des concerts au milieu de la violence, à Damas, Alep, Lattaquié ou d’autres villes syriennes. Il illustre parfaitement à quel point la musique, même dans les situations les plus extrêmes, reste un outil d’expression, une arme de survie. Car cette dernière dispose d’un pouvoir très convoité : celui de rassembler les gens !

Le documentaire montre à quels obstacles sont confrontés les musiciens dans un pays complètement détruit, et comment ils parviennent malgré tout à faire perdurer leur art, en secret. Leur musique, ils s’en servent pour se retrouver, pour garder de l’ardeur, dans un pays où la mort règne en maître. La musique est politique, « chaque thème est politique, que l’on parle d’amour, ou d’autre chose », affirme Michelle Keserwany, artiste présente à la discussion autour de ce sujet et précédent la projection du film vendredi dernier. Le réalisateur, qui a fui son pays vers les îles grecques via la Turquie dans un canot pneumatique, vit aujourd’hui aux Pays-Bas. Il n’a malheureusement pas pu être présent lors de la projection de Syrian Metal is War à Beyrouth, mais les autres intervenants ont longuement parlé du message qu’endosse son documentaire. Mais aussi et surtout de cette mission que porte la musique.

En effet, au travers des codes, des messages qu’elle transmet, la musique permet à tous de s’identifier à un individu ou à une masse d’individus. L’artiste endosse une grande responsabilité, parfois qui le dépasse. Car comme l’a souligné Noël Keserwany, sœur de Michelle et artiste également présente lors de la table ronde, « la musique, et plus généralement l’art, est un partage » ; un partage d’émotions et de sentiments, « une rencontre avec les autres ». C’est d’ailleurs la force des émotions transmises qui vont faire « l’efficacité » du message. Dans son film, Monzer Darwish évoque un style musical à l’histoire particulière : le métal.

L’exemple du métal reflète d’ailleurs très bien ce phénomène de résistance que peut créer la musique. Il nous explique comment les « Metalhead » sont discriminés, voire persécutés, comment ils doivent entreprendre en secret pour organiser même le plus modeste des concerts : un vrai parcours du combattant ! Il nous explique comment le Death metal, Heavy metal, Thrash metal, repose sur des normes musicales, vestimentaires, et sur des valeurs qui combinées ensemble permettent de rassembler plusieurs centaines de personnes dans une salle de concert et de diffuser un message à des milliers d’auditeurs. Celui de dénoncer un système défaillant, qui nous mène vers la mort en nous cachant les yeux, mais aussi celui de « se laver de notre colère » comme le décrit si bien Simon Stumpf, expert en musique métal, et également présent lors de la table ronde. C’est là le véritable pouvoir de la musique. Mais c’est aussi là sa principale faiblesse. Car en effet, la condition sine qua non pour que l’art reste une porte de sortie est la sincérité de l’artiste. Lorsque celui-ci change de cap, lorsqu’il cède aux avances du vice, son œuvre est d’autant plus destructrice. Au lieu d’offrir la liberté, elle enferme les hommes dans une cage invisible devenant ainsi la meilleure amie de l’oppresseur. Ainsi, c’est au peuple de se prémunir contre le « mauvais art », celui qui fait croire, celui qui ment. De là, il pourra enfin trouver son échappatoire et pourra participer de nouveau au combat. C’est en ce sens que la musique est politique, on y entend des discours et on en provoque des débats et parallèlement la politique ne devient que musique, on applaudit des fanfares et on réécoute les mêmes refrains.


Quand les peuples souffrent de la guerre, sont soumis à un tyran, perdent leur droit de s’exprimer, de choisir ou de contredire, il leur reste quelques échappatoires pour organiser leur résistance. La musique par exemple, dont le pouvoir dépasse celui du simple divertissement. Cette thématique est celle qui a été choisie par le film Syrian Metal is War, diffusé dans le cadre du...

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