Des corps exhumés d'un charnier de l'EI découvert à Tikrit, en Irak, le 12 avril 2015. Photo d'archives AFP / AHMAD AL-RUBAYE
Bagdad va entamer l'identification des restes de 141 victimes exhumées d'une fosse commune du groupe Etat islamique (EI) dans le Sinjar, bastion de la minorité yazidie dans le nord de l'Irak, a indiqué jeudi le patron de la médecine légale de Bagdad.
"Les restes vont d'abord être examinés puis des échantillons d'ADN vont être prélevés pour les comparer avec d'autres déjà prélevés dans des familles" de cette minorité kurdophone et adepte d'une religion ésotérique, la plus persécutée par les jihadistes en Irak, a affirmé à l'AFP Zaid al-Youssef.
Ces mesures s'inscrivent dans le cadre de l'enquête menée par l'Irak et l'ONU pour établir si les exactions de l'EI - qui a réduit à l'esclavage sexuel les Yazidies, transformé leurs enfants en enfants soldats et tué des milliers d'hommes - constituent un génocide.
Selon l'ONU, 12 des 16 charniers du Sinjar (nord-ouest) ont été exhumés depuis mars. Mais, prévient le docteur Youssef, le processus d'identification sera long, alors que des milliers de Yazidis ont été tués, des dizaines de milliers ont pris les routes de l'exil et que plus de 3.000 d'entre eux sont toujours portés disparus. "Nous avons prélevé environ 1.280 échantillons d'ADN parmi des familles du Sinjar", explique-t-il à l'AFP, mais "dans de nombreux cas, il n'y a plus qu'un seul survivant et uniquement des disparus". "A titre de comparaison, dans les autres attaques terroristes, nous aurions trois, quatre ou cinq survivants pour chaque disparu ; alors que là, nous avons trois, quatre ou cinq disparus pour un survivant", poursuit-il. A cela s'ajoute une autre complication, ajoute-t-il : les mariages endogames, qui sont la règle dans la religion yazidie.
Persécutée par les jihadistes, la minorité yazidie en Irak comptait un temps 500.000 personnes dans son foyer historique des monts Sinjar, avant que l'EI ne s'empare de la région en 2014.
Le sort des enfants nés de viols des Yazidies suscite un vif débat dans la communauté, qui ne reconnaît les enfants comme Yazidis que si les deux parents le sont.

