Une journaliste pose avec un portrait du journaliste Ahmet Altan, à Istanbul, en juin 2017. AFP/OZAN KOSE
La Cour constitutionnelle de Turquie a débouté vendredi deux journalistes turcs de renom, dont l'auteur Ahmet Altan, qui l'avaient saisie pour dénoncer leur incarcération dans le cadre de purges ayant suivi un putsch manqué en 2016.
Selon l'agence de presse étatique Anadolu, la Cour constitutionnelle turque a refusé de reconnaître que les libertés individuelles d'Ahmet Altan et de Nazli Ilicak avaient été violées par les autorités.
M. Altan, ancien patron de presse et écrivain âgé de 69 ans, et Mme Ilicak, journaliste et écrivaine âgée de 74 ans, ont été arrêtés dans les mois ayant suivi la tentative de putsch du 15 au 16 juillet 2016. L'an dernier, ils ont été condamnés à la réclusion à perpétuité. Le frère d'Ahmet Altan, Mehmet, a lui aussi été condamné à la même peine, mais il a été remis en liberté par la suite.
M. Altan et Mme Ilicak, des intellectuels respectés en Turquie, ont toujours nié toute implication dans la tentative de coup d'Etat, rejetant des accusations "grotesques". Ils étaient notamment accusés d'avoir envoyé des "messages subliminaux" lors d'une émission retransmise en direct à la télévision à la veille du putsch manqué.
Vendredi, la Cour constitutionnelle a estimé dans un arrêt que les droits d'un autre journaliste, Ali Bulaç, avaient été violés. M. Bulaç a travaillé pour le journal Zaman, proche du mouvement du prédicateur Fethullah Gülen qu'Ankara désigne comme le cerveau de la tentative de putsch. M. Gülen, qui réside aux Etats-Unis, dément toute implication.
Le plus haut tribunal de Turquie avait reconnu jeudi la violation des libertés de deux journalistes, dont le chroniqueur Kadri Gürsel, déboutant quatre autres journalistes.
La décision de la Cour constitutionnelle vendredi coïncide avec la journée mondiale de la liberté de la presse. La Turquie est régulièrement pointée du doigt par les organisations de défense de la liberté de la presse qui dénoncent la multiplication depuis 2016 des arrestations de journalistes et des fermetures de médias. La Turquie occupe la 157ème place sur 180 au classement 2018 de la liberté de la presse établi par l'ONG Reporters sans frontières (RSF).

