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Le nouveau quartier Hudson Yards, laboratoire d’urbanisme à Manhattan

Pendant ce temps, ailleurs...
OLJ
15/03/2019

Plus grand projet immobilier privé jamais réalisé aux États-Unis, le quartier des Hudson Yards, nouvelle terre d’innovation urbanistique dans New York, ouvre aujourd’hui à Manhattan.

Il aura fallu presque sept ans de construction et 16 milliards de dollars pour que les premiers habitants de ce nouveau quartier, érigé sur une gigantesque dalle de béton recouvrant un dépôt ferroviaire, s’installent dans de luxueux appartements aux prix pouvant dépasser les 30 millions de dollars. Longtemps déserté, ce quartier va se dévoiler aux New-Yorkais et aux touristes comme un nouvel hommage à la verticalité légendaire de la capitale financière américaine. Pas de record de hauteur toutefois pour cet ensemble de six gratte-ciel. Mais les innovations technologiques pullulent : le complexe a son système de traitement des déchets, sa station électrique anticoupure de courant et des portes souterraines automatiques pour protéger les équipements sensibles face aux épisodes de montée des eaux, dus au réchauffement climatique.

Au-delà de la volonté de récupérer de l’espace dans une ville extrêmement dense, ce nouveau quartier se veut pleinement intégré dans la ville, explique Douglas Woodward, professeur à l’école d’architecture de l’Université de Columbia qui a participé à l’élaboration du projet. Outre des tours résidentielles et de bureaux, accueillant des sociétés comme L’Oréal ou SAP, l’ensemble comprend une centaine de magasins et 25 restaurants dirigés par des chefs réputés, un centre artistique qui doit ouvrir en avril et un vaste espace public savamment arboré pour créer « une atmosphère de campus » universitaire, souligne M. Woodward.

« Nulle part ailleurs »

Contrairement au quartier de Canary Wharf, éloigné du cœur de Londres, ou à La Défense, à l’ouest de Paris, les Hudson Yards sont, grâce à une station de métro ouverte dès 2015, à quelques minutes de Times Square. Et on peut y accéder par la High Line, promenade aménagée sur une ex-voie ferrée devenue en quelques années une grande attraction new-yorkaise. C’est d’ailleurs l’espoir du promoteur, Stephen Ross, maître d’œuvre de ce projet réputé le plus ambitieux depuis la construction du Rockefeller Center dans les années 1930 : faire des Hudson Yards « la plus grande attraction touristique et une icône new-yorkaise ».

Malgré les risques inhérents aux montants engagés et le fait que beaucoup d’appartements restent à louer, ce puissant promoteur de 78 ans, qui prévoit d’emménager prochainement dans un appartement du nouvel ensemble, semble confiant. « Ce que nous faisons ici est tellement unique que les gens voudront venir, indiquait-il lors d’une récente visite du chantier. Ici, nous avons un environnement où vivre, travailler, s’amuser, tout en étant en pleine ville. Ça n’existe plus nulle part ! »D’autres sont moins enthousiastes. Un célèbre critique en architecture, Justin Davidson, jugeait en février le projet « trop propre », « trop parfait », réservé aux privilégiés. Comme une reproduction de New York pour le cinéma, d’où l’on aurait retiré « résidents excentriques » et « poches de laideur ». Autre cible des critiques : le Vessel (Vaisseau), une structure évasée de 15 étages placée au centre de l’espace public. On grimpe à son sommet par 154 escaliers différents, moyennant des réservations gratuites sur internet. Lors de la présentation du projet en 2017, le journal New York Times l’avait qualifiée « d’escalier menant nulle part ».

Pourtant, beaucoup reconnaissent que, comme souvent avec les grands projets architecturaux, le verdict ne sera rendu qu’à l’usage. D’autant qu’une des attractions du projet, une terrasse-observatoire à plus de 300 m du sol, n’ouvrira qu’en 2020. Et une deuxième phase du projet commence à peine : une autre dalle doit être coulée sur la partie ouest du dépôt ferroviaire, tout près de la rivière Hudson, qui accueillera un quartier plus résidentiel avec école et espaces verts.Une chose est sûre : dopés par une économie dynamique, les projets immobiliers fleurissent à New York, à l’ouest comme à l’est de Manhattan, sur l’Allée des milliardaires bordant Central Park, ou encore dans le quartier du Queens, où les études viennent d’être lancées pour développer un dépôt ferroviaire plus grand encore que les Hudson Yards, Sunnyside Yard.

Catherine TRIOMPHE/AFP

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