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Culture

Khatia Buniatishvili toujours féline sur son piano

Festival al-Bustan

Pour la quatrième fois à Beit-Méry, la pianiste privilégiera Schubert et Liszt.

12/03/2019

Elle et le piano, c’est un duo de choc, mais surtout une grande histoire d’amour. Le public du festival al-Bustan, qui l’accueille ce soir pour la quatrième fois en quelques années, ne dira pas le contraire. Ses apparitions, très applaudies, se font toujours en coup de vent, avec toujours ce charme vénéneux, cette chaleur insaisissable et ce style flamboyant. Le geste félin, la mine boudeuse, la taille de guêpe pour une démarche aérienne, le propos acéré et narquois à la fois, malgré une sorte de timidité ou de pudeur, l’allure élégante, la belle Khatia Buniatishvili est la princesse géorgienne de 31 ans que toutes les scènes du monde s’arrachent.

Sa carrière au top est aujourd’hui un véritable conte de fées moderne. Et la confirmation d’un destin qui lui était réservé depuis ce jour où, à l’âge de 3 ans, elle a mis son index sur un clavier. Aujourd’hui, de Chopin à Rachmaninov, en passant par des duos avec Gidon Kremer ou Renaud Capuçon, les enregistrements de ses albums cartonnent et sont auréolés de prix. En soliste accomplie, elle enthousiasme son public avec ses concerts et n’en fait pas moins avec ses prestations pour donner la réplique à Paaro Jarvi, Zubin Mehta, Vladimir Ashkenazy ou Placido Domingo…

Pour ce quatrième rendez-vous avec les festivaliers d’al-Bustan, Khatia Buniatishvili a concocté un menu fastueux, mais d’accès facile, car ce sont des œuvres retentissantes qu’on croise dans tous les best of de la musique classique. Des œuvres, certes virtuoses et requérant une technique supérieure du clavier, mais exigeantes dans leur sensibilité exacerbée ou leur lyrisme intense. Ouverture ainsi avec l’Autrichien Frantz Schubert, maître du lied. La Sonate en si bémol majeur (D960) du compositeur de La belle meunière, œuvre grandiose en quatre mouvements, est un vrai testament musical qui sera la dernière partition du musicien avant sa mort. Grandiose, illimitée dans sa somptueuse narration, cette sonate est presque une continuation des lieds qu’elle amplifie et magnifie. Rêverie, révolte, exaltation, sens du tragique, fantaisie : tout se mêle adroitement pour un imaginaire aux multiples visages. Avec les changements de couleurs, d’humeur, d’atmosphère et de tonalité, c’est une sonate qui a une place à part dans le répertoire pianistique et qu’on considère, à juste titre, comme un véritable monument pianistique.

Mazeppa

Plus cantabile et portées par le souffle de la poésie (les vocables de Goethe sont passés par là) et des amours mélancoliques, sont l’immortelle et célébrissime Sérénade ainsi que Marguerite au rouet (abandonnée par Faust, elle file tristement de la laine en ressassant son chagrin et sa solitude). Le roi des Aulnes vient couronner ce cycle où l’enfance et la paternité sont plus qu’émouvantes et que sans doute Michel Tournier a dû longtemps écouter en boucle en écrivant l’un de ses chefs-d’œuvre au titre éponyme. Puis changement de cap sans changer de romantisme, et direction, cette fois, les accords électrisés et les cadences vertigineuses des envolées de Liszt, sous influence de l’Europe de l’Est, des steppes et des passions tziganes. Mazeppa (Études d’exécution transcendante n° 4) chevauche royalement en tête des notes. L’étude que Liszt a dédiée à son ami Victor Hugo (elle s’inspire librement de son poème Mazeppa tiré des Orientales) raconte la chevauchée du héros en Ukraine, attaché sur sa monture. Une chevauchée fantastique sur le clavier qui impressionne toujours l’auditeur tant par sa prouesse et difficulté technique (déplacement des deux mains à la fois et enchaînement avec ce torrent de notes) que par la beauté des sonorités.

Également au programme de ce soir, la Rhapsodie n° 6 en ré bémol majeur, une des 19 rhapsodies les plus magyares de ces sémillantes inspirations folkloriques, où la danse et les thèmes du terroir sont revisités en des tempos différents, multipliant les contrastes entre le mouvement lent et accéléré, avec des effets uniques. Une œuvre brillante aux allures de démesure gitane où se sont illustrés Martha Argerich, Lang Lang, Giovanni Bellucci et bien d’autres. Gageons que Khatia Buniatishvili saura sans nul doute donner à cette œuvre – pétrie de difficultés techniques, nantie d’un tel pouvoir mélodique et d’incantation, mais si familière aussi aux auditeurs – une saveur, une énergie et un brio particuliers.


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