Lors du Mondial 2018, ils avaient dû trouver une équipe de substitution. Mais avec la Coupe du monde féminine cet été en France, Italiens, Écossais ou Chinois pourront soutenir leur propre sélection, ce qu’ils feront avec plus ou moins de conviction.
« Ah, les filles... Allez jouer la Coupe du monde, mais surtout ne parlez pas de tactique ! » Avec ce tweet, Regina Baresi, capitaine de l’Inter Milan féminine, fille et nièce de deux grands noms du calcio, a en quelque sorte fait le point sur la situation du football féminin en Italie. Les joueuses de la Nazionale s’apprêtent à participer au Mondial (7 juin-7 juillet), une première depuis 1999. Les garçons, eux, ont raté le rendez-vous russe, du jamais-vu depuis 1958. Mais Fulvio Collovati, champion du monde 1982, a tout de même assuré que, sous peine de lui « retourner l’estomac », une femme ne pouvait pas « parler de tactique » car « elle ne comprend pas comme un homme ».
Interviewée peu avant cette sortie sexiste, la sélectionneuse de l’équipe féminine, Milena Bertolini, avait justement expliqué que le Mondial à venir serait « une opportunité importante » pour le développement de la discipline en Italie. « Cela peut faire comprendre aux petites filles, mais aussi à tous les Italiens, la normalité du foot joué par les femmes. En Italie, c’est encore considéré comme un peu étrange », avait-elle dit. Dans un pays qui compte seulement 23 000 licenciées, contre plus de 200 000 en Allemagne ou 160 000 en France, la qualification de ses joueuses avait tout de même été saluée comme un exploit, d’autant qu’elle intervenait juste avant le Mondial russe, où les quadruples champions du monde italiens n’ont brillé que par leur absence. « Évidemment, on en a profité au plan médiatique. Je regrette que les garçons aient manqué le Mondial, c’est une défaite pour tout le football italien. Mais probablement que les filles ont eu une motivation supplémentaire, pour dire : “Regardez, nous on est là, on fait quelque chose de fort” », raconte Milena Bertolini.
Plus au nord, les Écossaises ont également réussi quelque chose de fort, avec une qualification historique pour le Mondial, deux ans après une première participation à l’Euro. Mais contrairement à l’Italie, la présence des joueuses de Michelle Kerr en France ne viendra pas compenser un accident de parcours chez les hommes, absents en Coupe du monde depuis... l’édition française en 1998. Scott Booth, ancien joueur d’Aberdeen et du Borussia Dortmund, faisait alors partie de la sélection. Aujourd’hui, il coache les joueuses de Glasgow City, quart de finalistes de la Ligue des champions en 2015 et intouchables dans leur pays avec 12 titres d’affilée. Selon lui, le football féminin est en plein développement en Écosse. « Tout ce qu’il y a autour s’est amélioré et est devenu beaucoup plus important ces trois à quatre dernières années, a-t-il dit. Chaque saison, un nouveau grand club crée sa section féminine. Ça aide beaucoup. »
Le constat est identique en Italie, où la Juventus, l’AC Milan ou l’AS Roma ont récemment rejoint la 1re division féminine, lui donnant un nouvel élan. « C’est fondamental. Parce qu’au plan médiatique, on parle désormais de foot féminin. Ça existait avant, mais si personne ne parle de toi, c’est comme si tu n’existes pas », explique Bertolini. Et sa sélection en retire les fruits. « Il y a plus de ressources. Les jeunes Italiennes sont mises en situation d’évoluer de façon professionnelle, de développer leur talent », assure-t-elle.
La question se pose différemment en Chine, où l’équipe féminine, finaliste du Mondial 1999 et trois fois quart de finaliste, a toujours été plus performante que celle masculine, une seule participation au compteur en 2002. Pour autant, les joueuses chinoises ne suscitent pas un grand enthousiasme dans leur pays, comme l’a regretté récemment l’attaquante Wang Shuang sur le réseau social Weibo. Le site internet Tencent Sports, très populaire en Chine, avait ensuite appuyé le message de la joueuse du PSG, estimant que « les supporteurs ne se souviennent du football féminin que quand l’équipe masculine perd ».
C’est justement l’un des enjeux d’avenir en Italie : faire en sorte que l’intérêt pour la Nazionale féminine dépasse le cadre anecdotique d’une comparaison avec un fiasco masculin. « Dans tous les sports, quand la sélection réussit, cela donne une impulsion. Si on joue bien, si on gagne, si on va en 8es de finale, je pense que ça donnera un grand élan et que beaucoup de filles vont s’inscrire », espère Milena Bertolini.
Source : AFP


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