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Moyen Orient et Monde

Le Pakistan au cœur de l’actualité géopolitique

Décryptage

Le prince héritier saoudien s’est envolé hier soir d’Islamabad pour poursuivre sa tournée asiatique vers New Delhi.

David NASSAR | OLJ
19/02/2019

Le Pakistan a reçu le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane (MBS) dimanche et hier, dans un climat de tensions avec ses voisins. À l’ouest et à l’est, l’Iran et l’Inde ont tous les deux accusé au cours de ces derniers jours Islamabad de soutenir des groupes insurgés impliqués dans deux sanglants attentats-suicides commis la semaine dernière sur leurs territoires.

Le premier, revendiqué par Jaish al-Adl, groupe islamiste basé dans la province du Sistan-Baloutchistan, au sud-est de l’Iran, a coûté la vie à 27 membres des gardiens de la révolution iranienne le 13 février courant dans cette province frontalière de l’Afghanistan et du Pakistan. Téhéran a accusé « les forces de sécurité du Pakistan » de soutenir le groupe armé qui l’a commis, tout en pointant du doigt l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unies. Le second attentat, revendiqué par Jaish-e-Mohammed, groupe islamiste basé dans le Pendjab pakistanais, a tué 41 paramilitaires indiens le 14 février dans le Cachemire indien. Quatre soldats, un policier, trois membres du groupe islamiste ainsi qu’un civil y ont par ailleurs péri hier dans une opération militaire en riposte à cet attentat, tandis que 6 membres des forces de sécurité pakistanaises ont été tués par des « terroristes » dans la province pakistanaise du Baloutchistan entre samedi et dimanche derniers, sans plus de détails.

Le Pakistan a cherché dans ses discours à calmer les tensions avec ses deux voisins. Le plus grand risque d’escalade concerne son contentieux avec son frère ennemi, l’Inde, alors que les deux puissances nucléaires entretiennent historiquement des relations conflictuelles.

Qualifiant d’« affirmations absurdes » les propos de New Delhi et réaffirmant vouloir « une normalisation de ses relations avec l’Inde », Islamabad a néanmoins rappelé son ambassadeur en Inde pour « consultations », une semaine après une décision similaire de New Delhi. Ce dernier, fort du sursaut d’unité nationale qui a fait suite à l’attentat, n’exclut pour le moment aucun scénario pour « répondre à l’ennemi », identifié comme « des groupes terroristes et leurs maîtres » par le Premier ministre Narendra Modi, qui n’a pas omis de rappeler qu’Oussama Ben Laden se « cachait au Pakistan ».

« Le gouvernement du Premier ministre Modi est soumis à une pression énorme de la part de l’opinion publique pour prendre des mesures militaires et diplomatiques contre le Pakistan, et l’Inde a lancé l’offensive diplomatique », indique Sameer Patil, directeur du Centre de sécurité internationale au Gateway House, think tank basé à Mumbai, interrogé par L’Orient-Le Jour. Si l’Inde entreprend une action militaire, « la forme que prendra celle-ci déterminera le type d’escalade du conflit », poursuit le chercheur, qui explique que « l’Inde a déjà attaqué des positions terroristes en 2016 en réponse à des attaques sur son sol, et la réaction du Pakistan a été minime, sans doute parce que ces attaques se sont limitées au Cachemire ». L’Inde a par ailleurs instauré des tarifs douaniers à hauteur de 200 % sur les produits importés du Pakistan, qui fait face à une grave crise économique.


(Lire aussi : Au Pakistan, les réseaux sociaux menacent l’impunité policière)


Investissements et géopolitique des ports

Sixième pays le plus peuplé du monde et deuxième pays musulman en termes de population, la République islamique du Pakistan a accueilli en grande pompe la délégation saoudienne. « Le Pakistan et l’Arabie saoudite entretiennent depuis longtemps une coopération étroite », note M. Pateel, qui ajoute que « l’escale à Islamabad de MBS était prévue de longue date, mais à la lumière de la menace » d’un effondrement économique pakistanais, « cette visite a acquis une autre signification ». Le prince héiriter saoudien en a profité pour jouer les médiateurs alors qu’il s’est rendu hier soir en Inde. Le ministre d’État saoudien aux Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, a plaidé hier matin pour la désescalade entre le Pakistan et l’Inde, s’abstenant de faire de même en ce qui concerne l’Iran.

« Pour ce qui est de la dispute entre l’Inde et le Pakistan, notre objectif est d’essayer de faire décroître les tensions entre les deux pays voisins et de voir s’il existe une voie pour résoudre ces différends pacifiquement », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse hier aux côtés du ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mehmood Qureshi. Prenant la défense du Pakistan face aux mises en cause de l’Iran, M. Jubeir a qualifié ce dernier de « principal sponsor mondial du terrorisme ». Alors que son image reste ternie sur la scène internationale par l’affaire Khashoggi, MBS a été quant à lui décoré des mains du président pakistanais, Arif Alvi, de la plus haute décoration civile pakistanaise, le Nishan-e-Pakistan (ordre du Pakistan).


(Lire aussi : Faible mobilisation des extrémistes contre Asia Bibi)


Attendu en Chine jeudi et vendredi, il se trouve aujourd’hui à New Delhi, qui a observé avec attention les résultats de la visite du prince saoudien au Pakistan. La presse indienne fait état d’accords d’un montant total estimé à 20 milliards de dollars d’investissements saoudiens, dont 8 milliards pour le développement d’une raffinerie de pétrole dans la ville portuaire de Gwadar, au Baloutchistan. Le port pakistanais en eau profonde de Gwadar est situé 72 km à l’est de celui de Chahbahar, au Sistan-Baloutchistan iranien. Le premier fait partie du corridor économique Chine-Pakistan, un ensemble de projets dans le cadre de la nouvelle route de la soie, vue de Pékin (projet One Belt, One Road), et le second est développé conjointement par l’Iran et l’Inde.

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MIROIR ET ALOUETTE

Il se trouve que le pourvoyeur de fonds est le même gugusse , mais que les MENDIANTS réceptionnistes, peuvent être sur plusieurs continents .

Donc au coeur de quoi est le Pakistan, ya rouhéh ?

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