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Moyen Orient et Monde

L’autoritarisme de Sissi se prépare à un bel avenir

Égypte

Le Parlement a approuvé l’examen d’une série d’amendements constitutionnels qui permettraient entre autres au chef de l’État de se représenter à la présidentielle après son second mandat, en 2022.

David NASSAR | OLJ
16/02/2019

Après le printemps de 2011 et un long automne depuis 2013, l’hiver commence à s’installer durablement en Égypte. Le Parlement a massivement voté jeudi en faveur de douze amendements constitutionnels et de neuf nouveaux articles à introduire dans la Constitution. Dans leur ensemble, ces changements donneraient plus de pouvoir à l’armée sur la scène politique, déferaient l’équilibre entre les pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif en faveur de ce dernier, qui serait davantage concentré dans les mains du chef de l’État, Abdel Fattah al-Sissi, qui pourrait pour sa part se maintenir en théorie à son poste jusqu’en l’an 2034.

Ces textes, approuvés par 485 députés sur 596, sont une étape majeure vers le changement de Constitution. Ils sont désormais entre les mains de la commission parlementaire pour les Affaires législatives et constitutionnelles, qui doit préparer un rapport à présenter au Parlement détaillant son examen des textes votés et les éventuelles modifications qu’elle apporterait au projet, dans un délai de 60 jours, selon le site d’information indépendant égyptien Mada Masr. Les amendements finaux seront ensuite soumis à un référendum national, qui devrait avoir lieu avant le début du ramadan, qui coïncide avec le début du mois de mai.


(Lire aussi : Sissi pourrait se maintenir au pouvoir jusqu’en 2034)

Du sur-mesure pour Sissi ?

Le débat pour amender la Constitution égyptienne de 2014 est d’actualité en Égypte depuis quelques mois. Ses partisans, issus du camp pro-Sissi, soutiennent que ce dernier devrait rester au pouvoir au-delà de la fin de son second mandat qui doit s’achever en 2022. L’argument est que « le président Sissi a pu restaurer le prestige de l’Égypte dans les cercles arabes, africains et internationaux », et qu’il devrait rester « assez longtemps pour pouvoir renforcer la stabilité du pays » et pour aller jusqu’au bout de ses politiques, selon Abdel Hadi el-Kassabi, chef de file du groupe parlementaire « Tahya Misr » (Vive l’Égypte), qui constitue un cinquième du Parlement égyptien et qui est à l’origine de la proposition d’amendement constitutionnel. Pour sa part, le député Ahmad Tantaoui, du groupe parlementaire d’opposition Alliance 25/30, a qualifié les amendements et les nouveaux articles d’« inconstitutionnels » et d’initiatives « sur mesure pour un individu dont nous ne mentionnerons pas le nom », ajoutant qu’il s’agit là d’un « retour à ce qui ressemble au Moyen Âge ».Le « sur mesure » fait référence au fait que l’un des amendements (à l’article 140 de la Constitution) permet la prorogation du mandat présidentiel de quatre à six ans, et contient une clause transitoire qui autorise le président Sissi à se présenter pour deux autres mandats de six ans après 2022, sans permettre en théorie à aucun autre futur président de se présenter pour plus de deux mandats. Les autres amendements légaliseraient le rôle politique des militaires, étendraient le pouvoir des tribunaux militaires sur la population, et celui de l’exécutif sur le pouvoir judiciaire. Selon Maged Mansour, analyste politique, dans un texte publié par Sada, journal en ligne du centre Carnegie pour le Moyen-Orient, « cela accroît le pouvoir de l’armée de poursuivre des civils ». Les amendements donnent aussi au président de la République le pouvoir de nommer le chef du Conseil constitutionnel suprême, actuellement nommé par l’Assemblée générale de la Cour elle-même. Les amendements prévoient également un quota de 25 % de femmes au Parlement et une représentation spécifique pour les chrétiens coptes, les jeunes et les personnes handicapées. Des groupes d’activistes ont cherché toutefois à discréditer ces dispositions.


Le Caire partenaire internationale et Le Caire l’opposante

Ces amendements, qui devraient passer sans problème au Parlement, « donneraient à Sissi beaucoup plus d’influence sur le pouvoir judiciaire qui jouissait sous (l’ancien président déchu) Hosni Moubarak de plus d’indépendance et de moins de politisation », note Michelle Dunne, chercheuse et directrice du programme pour le Moyen-Orient du centre de recherche Carnegie Endowment for International Peace, interrogée par L’Orient-Le Jour. « La question qui se pose est de savoir si les Égyptiens vont voter en grand nombre lors du référendum », explique la chercheuse. L’opposition est « systématiquement sapée par les services de renseignements », selon Mme Dunne, qui souligne néanmoins que « des signes d’opposition apparaissent, tels que des pétitions en ligne signées par des centaines, voire des milliers de personnes, qui courent le risque de se dévoiler ».

Ce retour vers un autoritarisme encore plus prononcé en Égypte, le pays arabe le plus peuplé, est favorisé par le contexte actuel sur la scène internationale, dans lequel le régime de Sissi est perçu comme un partenaire-clé dans la lutte antiterroriste et comme un grand marché continuellement potentiel. Régionalement, Le Caire est un allié-clé de Riyad dans le conflit qui l’oppose à Téhéran, mais aussi et surtout dans le différend qui l’oppose à la Turquie, et est considéré comme un rempart contre la confrérie des Frères musulmans, désignée organisation terroriste par l’Arabie saoudite, et dont était issu l’ancien président égyptien Mohammad Morsi, éjecté du pouvoir par le coup d’État dirigé par le maréchal Sissi en 2013. Mais malgré les bonnes notes du Fonds monétaire international, qui a débloqué deux milliards de prêts il y a dix jours à l’Égypte, « le taux de chômage ne diminue que très faiblement et l’inflation reste élevée, en particulier pour les prix des denrées alimentaires », souligne Mme Dunne. « L’Égyptien moyen est donc confronté à de nombreuses difficultés économiques. À un moment donné, cela provoquera probablement des troubles, et le fait que Sissi ferme toutes les voies d’expression pacifique signifie que des manifestations risquent de conduire à la violence. »


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Voilà un type qui arrive par un coup d'État militaire , qui emprisonne à braraccourcit, qui musele toute contestation etc.... mais qui plaît aux coalisés d'une alliance de la vertu DÉMOCRATIQUE.

Maduro, tu n'as pas eu de chance de naître en Amérique latine . Lollll....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SANS SISSI L,EGYPTE SE DESINTEGRERAIT !

NAUFAL SORAYA

Autoritarisme... Certaines puissances ne supportent pas qu'un dirigeant tienne son pays et en assure la sécurité et la stabilité pour un meilleur avenir... puis pleurent quand il n'est plus là et que la foire s'installe...

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