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Ukraine: un élu poursuivi pour l'attaque à l'acide d'une militante

AFP
11/02/2019
La justice ukrainienne a lancé lundi des poursuites contre un haut responsable régional soupçonné d'avoir organisé l'attaque à l'acide ayant entraîné la mort de la militante anticorruption Kateryna Gandziouk, à l'origine d'une vague d'indignation internationale.

Cette avancée dans une affaire devenue un symbole de la lenteur de la lutte anticorruption en Ukraine intervient à un mois et demi du premier tour d'une présidentielle qui s'annonce difficile pour le président sortant Petro Porochenko. Il est notamment reproché à ce dernier de ne pas en avoir fait assez dans ce domaine.

Vladyslav Manguer, 48 ans, président de l'assemblée régionale de Kherson (sud), est poursuivi "pour l'organisation du meurtre de Kateryna Gandziouk", a écrit le procureur général Iouri Loutsenko, considéré comme un proche du chef de l'Etat, sur sa page Facebook.

Selon un extrait du texte officiel de l'accusation publié par le procureur général, M. Manguer éprouvait "une animosité personnelle" à l'égard de la victime qui dénonçait notamment "la coupe illégale des bois" effectuée "sous couvert d'incendies criminels" dans cette région.

Accusé de meurtre "commandité" à but "lucratif", il risque la réclusion à perpétuité.

En juillet dernier, un agresseur a jeté un litre d'acide sulfurique sur Mme Gandziouk alors qu'elle sortait de chez elle. Cette conseillère du maire de Kherson de 33 ans, qui dénonçait la corruption au sein de la police régionale, a succombé à ses blessures en novembre.

Six suspects considérés comme les possibles exécutants ont déjà été placés en détention mais aucun commanditaire n'avait été jusqu'à présent arrêté ni inculpé. Parmi ces suspects, le plus haut placé était Igor Pavlovski, conseiller d'un député pro-Porochenko au moment des faits.

La mort de Mme Gandziouk, qui s'est ajoutée à une longue liste de militants ukrainiens agressés ces dernières années, a scandalisé les Ukrainiens et les alliés occidentaux à Kiev.


Un vice-gouverneur suspendu

Vladyslav Manguer "n'a pas été écroué" dans l'immédiat, mais les enquêteurs vont demander au tribunal de le placer en détention provisoire, a précisé à l'AFP la porte-parole du procureur général Laryssa Sargan.

"Une dizaine de perquisitions sont en cours au domicile et dans le bureau" de M. Manguer ainsi que chez d'autres suspects à Kherson, a-t-elle ajouté.

M. Manguer était membre du parti Batkivchtchina de l'ex-Première ministre Ioulia Timochenko, une rivale clé du président actuel Petro Porochenko à la présidentielle du 31 mars.

M. Manguer a été exclu de ce parti vendredi dernier alors qu'émergeaient des informations sur une possible mise en cause.

Un vice-gouverneur de cette région, Ievguen Rychtchouk, qui était également accusé par des militants d'être impliqué dans ce meurtre, a par ailleurs annoncé lundi avoir été "suspendu provisoirement" de ses fonctions à sa propre demande.

Il affirme sur Facebook avoir proposé aux enquêteurs de l'interroger au "détecteur de mensonges" afin de lever les soupçons sur son rôle dans ce crime.


Agressions et meurtres

Cette affaire avait provoqué de nombreuses manifestations à travers le pays et avait constitué l'un des sujets abordés lors d'une visite à Kiev du commissaire européen à l'élargissement, Johannes Hahn, en novembre, quelque jours après le décès de la militante.

La révolution du Maïdan a débouché en 2014 sur la fuite en Russie du président pro-Kremlin Viktor Ianoukovitch et l'arrivée au pouvoir de pro-occidentaux qui promettaient d'enrayer la corruption endémique.

Sous la pression des Occidentaux et de militants ukrainiens, ces nouvelles autorités ont mis en place de nouvelles structures anticorruption, mais aucun haut responsable n'a été condamné pour corruption ces dernières années.

La société civile et des hommes politiques accusent les autorités d'encourager ces attaques en ne faisant rien pour punir leurs auteurs.

Le Centre d'information sur les droits de l'homme, basé à Kiev, a recensé une centaine d'attaques depuis quatre ans dont la moitié en 2018. Sur les dix meurtres de militants, cinq ont eu lieu l'an dernier, selon la même source.

L'Ukraine s'est hissée à la 120e place sur 180 dans le classement de perception de la corruption de l'ONG Transparency International publié mercredi, contre 142e en 2014, mais elle demeure loin derrière ses voisins de l'UE.

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