Des combattants talibans le 16 juin 2018 en Afghanistan. REUTERS/Parwiz/File Photo
Les pourparlers entre une délégation américaine et des représentants des talibans se sont déroulés pour la quatrième journée consécutive jeudi à Doha, ont annoncé les rebelles afghans, un effort en vue de mettre fin au conflit en Afghanistan qualifié de "sans précédent" par un spécialiste du dossier.
"Nos discussions se poursuivent" dans la capitale du Qatar, a déclaré jeudi à l'AFP un porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid. "Nous donnerons des détails plus tard lorsque nous serons parvenus à un accord", a-t-il dit. "Les discussions continuent et plusieurs cycles de pourparlers ont eu lieu", a confirmé à l'AFP une autre source talibane s'exprimant d'un lieu inconnu au Pakistan. "Les deux parties discutent des différents aspects d'un retrait des troupes américaines", a dit la source, ajoutant qu'une annonce pourrait intervenir plus tard dans la journée ou vendredi.
Un porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères à Islamabad a quant à lui confirmé que les pourparlers se poursuivaient avec le soutien du Pakistan et du Qatar.
Aucun commentaire n'a en revanche pu être obtenu auprès des représentations américaine et de l'OTAN à Kaboul, ni à Islamabad.
Les pourparlers pourraient continuer vendredi, a pour sa part rapporté jeudi soir la chaîne de télévision afghane Tolo News.
Interrogé jeudi sur une possible percée dans les négociations, le président Ashraf Ghani, qui s'exprimait devant le Forum de Davos en Suisse, s'est montré réservé. "Il y a une discussion. Mais cette discussion doit être rapportée" au gouvernement afghan, faute de quoi elle "ne durera pas", a-t-il estimé.
Le chef du gouvernement afghan Abdullah Abdullah avait déploré la veille que les talibans s'obstinent à exclure des négociations les autorités afghanes, qu'ils qualifient de "marionnettes" de Washington. Le "processus de paix ne (peut) pas se faire par procuration", en laissant Kaboul de côté, avait-il déclaré à l'AFP.
El-Qaëda
Mais pour l'analyste pakistanais Rahimullah Yousafzai, les pourparlers en cours au Qatar sont "sans précédent". "Je n'ai jamais rien vu de tel auparavant", a-t-il dit jeudi à l'AFP. "Il s'agit du premier effort sérieux. Et il se poursuit depuis juillet", date de la première rencontre jamais officiellement confirmée entre Américains et talibans, a-t-il souligné. "Le fait que les pourparlers aient été prolongés renforce l'idée que quelque chose d'important est en train d'être discuté", souligne cet expert de la rébellion afghane.
Selon lui, les principaux sujets de discussion sont un calendrier de retrait des forces américaines, un cessez-le feu et comment faire en sorte que le territoire afghan ne devienne pas une base arrière terroriste internationale. De premières avancées pourraient intervenir sous la forme de la libération de prisonniers et de l'effacement des noms de responsables talibans de la liste noire des Nations unies, a-t-il ajouté.
Le Wall Street Journal de jeudi croit savoir que les talibans ont en outre accepté de combattre les groupes el-Qaëda et Etat islamique présents sur le territoire afghan, tandis que Tolo News assure qu'ils se sont aussi engagés à ne pas utiliser le sol afghan pour s'en prendre aux Etats-Unis.
Le maintien de bases militaires américaines fait également partie des discussions, selon le général à la retraite et analyste militaire afghan Ateequllah Amarkhail. "Ils (les Américains) insistent pour conserver au moins deux bases dans le pays avant d'accepter un retrait" car "stratégiquement l'Afghanistan est important", avec des rivaux tels que la Russie et la Chine dans la région, a-t-il dit.
Les Etats-Unis avaient confirmé la présence de leur émissaire pour l'Afghanistan Zalmay Khalilzad mardi au Qatar pour s'entretenir avec des représentants des talibans.
M. Khalilzad a achevé le week-end dernier une tournée qui l'a mené en Inde, en Chine, au Pakistan et en Afghanistan, peu après l'annonce de l'intention du président Donald Trump de retirer la moitié des 14.000 soldats américains déployés en Afghanistan.

