Les services de renseignement allemands ont mis en garde mardi le parti d'extrême droite AfD contre un placement "sous surveillance" du fait notamment des discours extrémistes de certains de ses membres.
L'Office fédéral pour la protection de la Constitution n'a pas officiellement "placé sous surveillance" l'Alternative pour l'Allemagne (AfD). Il s'est borné, pour le moment, à en faire un "cas test", au terme d'un examen de plusieurs mois des discours et des publications de ce parti fondé en 2013, a-t-on appris mardi de source gouvernementale.
Mais les services allemands vont poursuivre leur enquête pour tenter d'établir les liens éventuels de membres de l'AfD, une formation représentée au Bundestag -la chambre basse du Parlement allemand- depuis 2017, avec l'extrême droite radicale et les milieux néonazis.
Un placement officiel sous surveillance pourrait être décidé ultérieurement.
Les services de renseignement disposent de "premières indications concrètes d'une politique de l'AfD dirigée contre les fondements démocratiques" de l'Allemagne, a déclaré leur dirigeant Thomas Haldenwang au cours d'une conférence de presse. Ces éléments sont cependant insuffisants à l'heure actuelle pour déclencher le processus de "surveillance".
Le président de l'AfD, Alexander Gauland, a annoncé en retour un recours en justice contre cette décision.
Il a accusé, pendant une conférence de presse, les services de renseignement d'avoir pris cette décision sous "pression politique".
Alice Weidel, coprésidente du groupe AfD au Bundestag, a quant à elle regretté le limogeage il y a quelques mois de l'ancien chef de ces services, Hans-Georg Maassen, pour ces liens supposés avec l'extrême droite allemande.
Des organisations de jeunesse de ce parti, comme "Les Ailes" et la "Jeune alternative", font pour leur part l'objet d'une surveillance renforcée, le stade au-dessus de la surveillance.
Un dirigeant des "Ailes" avait notamment jugé en 2017 que le Mémorial de la Shoah à Berlin était un "mémorial de la honte".
Un éventuel placement officiel "sous surveillance" donnerait des pouvoirs accrus aux services chargés du renseignement intérieur, notamment la possibilité d'espionner les télécommunications des membres de ces organisations, de stocker des données personnelles, de recruter des informateurs et d'utiliser des agents infiltrés.
Le ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer (CSU, droite bavaroise), a affirmé soutenir cette décision, "importante politiquement", tout en assurant qu'elle avait été prise par les seuls services de renseignement, indépendamment du gouvernement.
Le Conseil central des juifs d'Allemagne a salué, par la voix de son président, Joseph Schuster, ce "pas dans la bonne direction". Il a appelé les autorités à "ne pas être timides" et à ne pas hésiter à placer le parti sous surveillance si "les soupçons sont confirmés".
L'AfD est depuis septembre 2017 le principal parti d'opposition national en Allemagne à la chambre des députés, face au gouvernement de la chancelière Angela Merkel constitué des conservateurs et des sociaux-démocrates.
Il est actuellement crédité d'un peu moins de 15% des intentions de vote.
L'AfD espère encore accroître son audience cette année à l'occasion des élections européennes de mai, puis dans des élections régionales, en particulier dans trois Länder (Etats régionaux) d'ex-Allemagne de l'Est.
Mais un éventuel placement sous surveillance l'affaiblirait. "Cela dissuaderait de nombreux électeurs qui ne se considèrent pas comme des extrémistes de droite", a commenté le politologue Kai Arzheimer dans le quotidien économique Handelsblatt, relevant les "efforts intenses" de l'AfD depuis plusieurs mois pour écarter les éléments les plus radicaux.


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir