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À ma mère trop tôt partie...

hommage à Claire Hélou
Nelly HÉLOU | OLJ
03/12/2018

J’aurais tant aimé voir les rides sur ton visage sans que ceci n’altère ni sa douceur, ni tes beaux yeux bleu vert. M’occuper de toi. C’est tôt de partir à 54 ans. Mon père Louis et nous, tes enfants, Alain, Maggy et moi, avions encore tant besoin de ton amour, de ton affection, de tes conseils, te confier nos joies, nos peines, nos problèmes. Toi dont le rôle de mère était sacré.

En ce 3 décembre 1968 en quittant la maison à 3h de l’après-midi, pour me rendre à mes cours à la fac, je ne me doutais pas que mon au revoir était un adieu. Vers 19h, je suis rentrée à la maison à Baabda, en taxi-service, détendue, insouciante. Tu m’avais promis de préparer des petits fours à la noix de coco que j’aimais, pour accueillir d’éventuels visiteurs pour la Sainte-Barbe. La maison est archipleine, les deux salons, la salle à manger, de parents, de proches, d’amis. Les visages ne portaient pas les masques de la Berbara, mais ceux de la douleur, de la souffrance, de l’incompréhension, de la consternation, dans le silence. En une fraction de seconde, ton cœur avait cessé de battre. Sereine sur ton lit, il ne te manquait que de parler. Je voulais disparaître, que la terre s’ouvre et m’engloutisse, ou faire revenir les aiguilles de la montre quelques heures en arrière et me dire que la vie continue.

Le 8 décembre, papa et toi auriez fêté vos 25 ans de mariage. Non, rien à faire. Je réalisais toute l’étendue de notre impuissance, face à la mort, implacable.

Il nous a fallu beaucoup de courage, de croyance, se souder entre nous, entourer papa, pour continuer à vivre sans ton irremplaçable présence. Je n’ai jamais su comment j’ai pu surmonter cette dure épreuve. La foi chrétienne m’a aidée. Tu nous protégeais. Puis, doucement, le temps a fait son travail. La plaie ne saignait plus, restant cachée au fond du cœur. Chacun de nous a suivi son chemin et papa a vécu jusqu’à l’âge de 85 ans avant de te rejoindre en 1991.

Les années ont passé. Aujourd’hui, je viens une fois de plus, maman et papa, vous rendre un vibrant hommage pour tout l’amour que vous nous avez donné, les valeurs morales et spirituelles que vous nous avez inculquées, l’excellente éducation que vous nous avez assurée et qui furent notre vrai capital dans la vie.

Face à la mort, le même désarroi est vécu depuis le début de la création. Il s’est traduit par la quête permanente des civilisations d’un au-delà, car il est trop dur d’accepter l’idée que les êtres qui nous sont chers ont disparu à jamais.

Je voudrais aussi dire aux jeunes : aimez vos parents, soyez à leur écoute, accordez-leur du temps, dialoguez avec eux, demandez-leur qu’ils vous parlent d’eux, de leur jeunesse, car on ne sait jamais quand ils seront appelés vers l’autre vie.

« Il faut savoir dire aux gens qu’on aime qu’on les aime... »


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