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Culture - Disparition

Dernier tomber de rideau pour Nabil el-Azan

Le directeur de compagnie, metteur en scène, écrivain et traducteur a succombé, à 70 ans, à la maladie.

Nabil el-Azan, un parcours éclairé par les feux de la rampe. Photo D.R.

Nabil el-Azan, à soixante-dix ans, s’en est allé hier après un dur combat contre la maladie. Amoureux de l’univers des planches et des mots, il a signé des mises en scène en arabe et en français, aussi bien à Avignon qu’à Baalbeck, Paris et Beyrouth. Un parcours atypique entre précoce responsable d’une grande famille, lumières de la rampe et littérature. Ses études universitaires, longtemps mises au rancart par rapport à ceux qui avaient un cursus normal, il les a reprises, avec courage et détermination, à un âge bien adulte. De toute évidence, Nabil el-Azan ambitionnait un monde plus intellectuel. Un monde à la hauteur de ses rêves d’enfant, où la scène était pour lui une mirifique flaque de lumière. Au sens figuré et propre du terme. Licence de sciences politiques de l’Université Saint-Joseph en poche, il avait traduit dans le chaos des années de plomb déjà La voyante d’André Roussin, y associant Lisette Enokian pour le rôle phare, joué dans le temps par Elvire Popesco. Le public beyrouthin de l’époque se souvient encore de la version d’Azan, où une actrice réputée pour ses performances et ses triomphes en français avait jeté son dévolu sur la langue arabe avec ses accents gutturaux ! Mais la guerre est venue et a tout soufflé comme un jeu de cartes…

Nabil el-Azan a mis le cap vers Paris, où il a entrepris des études dramaturgiques à Paris III et signé une première mise en scène en 1980 avec les Dragées, ou l’antichambre de la guerre. Depuis 1986, il était directeur artistique de la compagnie La Barraca qu’il avait orientée vers la création théâtrale contemporaine et avec laquelle il a mis en scène plus d’une vingtaine de spectacles. L’aventure théâtrale, prolifique et aux multiples embranchements, démarrait en trombe.

Une aventure puisant ses sources et ses ressources dans des textes d’auteurs contemporains dont Aziz Chouaki, Enzo Cormann, Daniel Danis, Carole Fréchette (succès de son Collier d’Hélène, donné au théâtre de Beyrouth à Aïn Mreissé !), Jean Louvet, Lionel Prévet, Noëlle Renaude (avec Le Renard du Nord donné aussi à Beyrouth), Christian Rullier, Hoda Barakat (avec Viva la diva donné au théâtre Babel et interprété par Randa Asmar), Abla Farhoud (Le fou d’Omar avec Gabriel Yammine) et, bien entendu, Georges Schéhadé dans sa version arabe (L’Émigré de Brisbane dans une traduction de Issa Makhlouf) avec, pour cadre, tant convoité dans son imaginaire, les ruines du temple du Soleil pour le Festival international de Baalbeck. Sans oublier de mentionner aussi l’approche des auteurs (connus et moins connus) tels Pinter, Marivaux, Tennessee Williams, Agota Kristof, Bernard-Marie Koltès, Claire Bechet…


(Pour mémoire : Et voici les truculentes « Chinoiseries » de Nabil el-Azan...)


L’écriture aussi

Autant de mises en scène aux gestes sobres et jamais appuyés, dans le tracé d’une direction d’acteurs qui va à l’essentiel, dans un minimalisme mesuré et sans outrance. Pour un espace toujours dégagé, soutenu par une petite musique de fond patiemment recherchée pour ses qualités d’émotion et de thèmes creusés en douceur.

Mais comme assoiffé de culture et de connaissance et comme pour prendre une revanche sur la vie et se plonger totalement dans ce qui est intellectuel, vouant presque aux gémonies tout labeur autre que celui lié à l’esprit, Nabil el-Azan, qui a commencé sa carrière de scène à presque plus de trente ans, s’est aussi tourné vers l’écriture.

S’essayant avec bonheur à la traduction, il est passé de l’arabe avec Issa Makhlouf (Mirages aux éditions José Corti) aux Proscrits de l’islandais Johan Sigurjonson, en collaboration avec son ex-épouse, islandaise, Raka Asgeirsdottir.

Ne se satisfaisant pas des simples traductions, Nabil el-Azan, père de deux enfants (Alexandre et Andréa), a également tâté la poésie et signé un recueil intitulé Vingt-Six lettres et des poussières, et levé le voile sur le parcours de May Arida ainsi que l’historique du festival de la cité du Soleil, dans son ouvrage Le rêve de Baalbeck.

À côté de ces activités où mise en scène et écriture s’imbriquaient, il y avait l’orchestration de divers évènements artistiques qui, du palais de Chaillot (Vivat Liban) au Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, en passant par Baalbeck et l’Institut du monde arabe en 2017, où il avait notamment été l’une des chevilles ouvrières du spectacle Ilik ya Baalback célébrant les 60 ans du festival –, Nabil el-Azan aura eu à cœur de parler de son pays d’origine, de sa terre natale, de témoigner de son patriotisme. Et de faire vivre ce rêve d’enfant qui a nourri en toute exclusivité son inspiration et son énergie. Pour ce parcours, pour cet engagement, il avait avait reçu, du ministère français de la Culture, les insignes d’officier de l’ordre national des Arts et Lettres en 1993 ; ainsi que le prix de la Création du Forum culturel libanais, en 2008. Aujourd’hui, sa fille Andréa semble porter au cœur la passion des planches et porter haut le flambeau car elle chante et fréquente assidûment le théâtre.

Paix à celui qui a donné voix aux mots des autres et tenté de donner des mots à sa propre voix. Mais le plus louable dans cette aventure humaine reste sans nul doute ce chemin semé d’embûches qui n’a pas effrayé un petit garçon jeté très tôt dans la dure bataille de la vie, déterminé à réaliser ses rêves. Des rêves qu’il a chéris autant que sa propre vie, si ce n’est davantage.

Nabil el-Azan, à soixante-dix ans, s’en est allé hier après un dur combat contre la maladie. Amoureux de l’univers des planches et des mots, il a signé des mises en scène en arabe et en français, aussi bien à Avignon qu’à Baalbeck, Paris et Beyrouth. Un parcours atypique entre précoce responsable d’une grande famille, lumières de la rampe et littérature. Ses études universitaires, longtemps mises au rancart par rapport à ceux qui avaient un cursus normal, il les a reprises, avec courage et détermination, à un âge bien adulte. De toute évidence, Nabil el-Azan ambitionnait un monde plus intellectuel. Un monde à la hauteur de ses rêves d’enfant, où la scène était pour lui une mirifique flaque de lumière. Au sens figuré et propre du terme. Licence de sciences politiques de l’Université Saint-Joseph en...
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Paix à son âme.

Sarkis Serge Tateossian

01 h 07, le 13 novembre 2018

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  • Paix à son âme.

    Sarkis Serge Tateossian

    01 h 07, le 13 novembre 2018

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