Les coureurs au départ du 16e marathon de Beyrouth, hier matin. Photo tirée du compte Twitter officiel de la BMA
Plus de 40 000 personnes, sportifs de haut niveau et amateurs, ont envahi hier matin les rues de Beyrouth pour courir le 16e marathon annuel organisé dans la capitale libanaise. La course a été remportée par le Marocain Mohammad Reda el-Arabi, qui a franchi la ligne d’arrivée des 42,195 km en 2 h 10 min 41 sec, nouveau temps record du marathon de Beyrouth. Hussein Awada, militaire au sein de l’armée libanaise, est arrivé 2e en 2 h 31 min 41 sec, selon les résultats publiés sur le compte Twitter officiel de l’Association du marathon de Beyrouth (BMA, son acronyme anglais). Du côté des femmes, c’est l’Éthiopienne Medina Deme Armino qui est arrivée en tête (2 h 29 min 31 sec). Quant à la Libanaise Nisrine Njeim, arrivée 2e, elle a bouclé les 42,195 km en 3 h 7 min 56 sec.
Chez les para-athlètes, Anna Orozoua est arrivée 1re chez les femmes, finissant le marathon en 1 h 22 min 54 sec, tandis que le Libanais Ahmad el-Ghoul est arrivé en tête de la course pour les hommes (1 h 25 min 47 sec). Le semi-marathon (21 km) a été terminé en 1 h 7 min par l’Iranien Mohammad Jafar Muradi chez les hommes, et en 1 h 20 min 10 sec par Chirine Njeim chez les femmes. Participant également à la course, l’ambassadrice de l’Union européenne au Liban, Christina Lassen, a salué sur les réseaux sociaux « la belle énergie » prévalant lors du marathon, « qui rassemble plus de 45 000 personnes courant pour la paix et la coexistence ».
Cette année, le marathon a été particulièrement marqué par la campagne contre le viol lancée par l’organisation Abaad, qui milite pour des condamnations en justice plus sévères contre les responsables de violences sexuelles et pour changer la perception de l’opinion publique qui stigmatise souvent la victime et lui fait porter la responsabilité du viol plutôt que de dénoncer l’agresseur. Le visage grave et parfois tout de noir vêtues, des militantes de l’ONG ont pris place sur le bord de mer, immobiles au milieu de la foule de coureurs qui les dépassaient, en brandissant des pancartes aux slogans percutants en arabe et en anglais. « Jugez le violeur, pas la victime » ou « Aujourd’hui, je ne vais pas courir, je vais confronter ceux qui m’ont fait porter le blâme », pouvait-on notamment lire sur ces pancartes accompagnées du hashtag de la campagne : #MinElFelten ? (#ShameOnWho).
Selon l’ONG Abaad, une femme sur quatre au Liban a été victime d’une forme d’agression sexuelle, et seuls 38 % de ces cas sont rapportés. L’événement permet « d’attirer beaucoup d’attention sur un sujet encore considéré comme tabou dans le pays et qui devrait rester derrière des portes closes », a indiqué la directrice d’Abaad, Ghida Anani. Revêtant des voiles noirs couvrant leur visage et des ballons rouges à la main, les militantes ont également organisé une marche, avec des pancartes sur lesquelles on pouvait lire les accusations que subissent parfois les victimes d’un viol : « Elle a certainement dû le provoquer », « c’est de sa faute », « elle devait avoir bu ». Ces pancartes ont ensuite été remplacées par les slogans de la campagne.
Maria, jeune marathonienne de 16 ans, a salué une prise de position « audacieuse ». « C’est très fort, en général, les femmes ont honte d’adopter cette attitude, alors que c’est ce qu’il faut. Il faut dire que le criminel doit être jugé », a estimé la jeune fille. En août 2017, après une longue mobilisation citoyenne, le Parlement libanais avait abrogé un article décrié du code pénal qui permettait à un violeur d’échapper à une condamnation en épousant sa victime.
Sources : rédaction et AFP

