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Culture - Festival

Et si la réalité était plus effrayante que la fiction ?

Depuis hier soir et jusqu’au 4 novembre, les salles du Metropolis Empire Sofil seront hantées, habitées par le Festival du film fantastique Maskoon. Une initiative enclenchée par Abbout Productions et en collaboration avec l’ALBA.


Le public aura l’occasion de voir projetés des films sélectionnés de tous les pays qui ont parcouru les festivals les plus importants du genre comme Sitges et Sundance et qui seront étayés par des panels, des débats, des Masterclasses. Ces derniers se dérouleront au Metropolis Empire Sofil mais également à l’ALBA qui accueille l’événement. Aussi, pour la seconde année consécutive, Maskoon encourage le film fantastique en organisant une compétition de courts-métrages. Un festival qui grandit et qui témoigne du potentiel arabe et libanais, prêt à s’aligner sur tous les films de genre internationaux. Une petite sélection de L’OLJ est proposée à cette occasion.

« The Guilty », de Gustave Möller

Le premier long-métrage du Danois Gustave Möller est une enquête en huis clos qui ravira les inconditionnels des thrillers. Tenu en haleine dès les premiers instants grâce à une intrigue extrêmement bien ficelée qui nous entraîne dans un univers purement imaginé, c’est à travers le personnage principal d’Asger Holm (brillamment interprété par Den Skylige), un agent de police chargé du service téléphonique des urgences, que le spectateur assiste, impuissant, à l’enlèvement d’une certaine Iben. Au fur et à mesure de la progression de l’enquête, c’est le spectateur qui reconstruit mentalement l’histoire à partir d’une bande sonore particulièrement efficace. C’est le pari réussi de Möller, qui nous fait voir sans jamais rien montrer, à travers les bruits étouffés de la pluie, des voitures et des essuie-glaces, des portes qui s’ouvrent et se ferment, et surtout, des voix suppliantes à l’autre bout du fil. Tout est frustration dans ce film qui rappelle à bien des égards Fenêtre sur cour de Hitchcock : c’est une histoire de reconstruction, de réassemblage pour l’agent Holm qui, à défaut d’avoir la jambe cassée, ne possède que des bribes d’informations auditives qu’il reçoit par les appels successifs au commissariat. En temps réel nous assistons à la progression de cette mystérieuse histoire d’enlèvement pleine de rebondissements, sans musique, sans effets spéciaux, le suspense étant rendu par les différents dialogues entre le policier et les acteurs du drame. Une communication à la fois distante et harcelante qui laisse la belle part à un univers symbolique, sinon original du moins efficace : The Guilty, qui a été le film d’ouverture de Maskoon, hier soir, a reçu le Grand Prix du jury et de l’audience à Sundance. Il a été également sélectionné pour représenter son pays aux Oscars 2019.

« 78/52 », d’ Alexandre O. Philippe

Même sous la douche, vous n’êtes pas en sécurité ! Tel est le message qu’envoie le maître de l’horreur Alfred Hitchcok à l’Amérique, à la veille de bouleversements sociaux et politiques. En 78 plans et 52 coupes, la scène culte du meurtre sous la douche de Marion Crane (Janet Leigh) par Norman Bates (Anthony Perkins) dans Psychose, chef-d’œuvre de montage, est une scène culte qui a bouleversé à jamais les codes du cinéma mondial. Pourtant la scène ne dure qu’à peine trois minutes. Elle est filmée en noir et blanc et elle est quasi clean. Pas beaucoup d’hémoglobine versée. Alors qu’est-ce qui explique le succès de cette scène devenue légendaire ? Le réalisateur suisse Alexandre O. Philippe décrypte la scène en essayant d’en comprendre le secret. Avec l’aide de témoignages de grands cinéastes comme Guillermo del Toro ou Peter Bogdanovich et d’autres analystes des plus prestigieux, le documentariste mène sa propre enquête et décortique plan par plan cette célèbre séquence qui mêle libido et peur et qui a profondément modifié la réalisation et le montage des films.

« Dachra », de Abdelhamid Bouchnak

Yasmine, une étudiante en journalisme, part avec deux amis de l’université enquêter sur le cas de Mongia, une femme mystérieuse retrouvée 25 ans auparavant sur le bord d’une route la gorge tranchée. Suite à son enfermement dans un asile psychiatrique, les médecins remarquent chez Mongia des comportements agressifs et étranges, apparentés à de la magie noire ou de la sorcellerie. Lorsque les trois étudiants se rendent à l’hôpital pour la rencontrer, ils ont la surprise d’apprendre du directeur qu’il n’a jamais entendu parler de cette personne. Ils sont donc sommés de quitter les lieux. Mais leur insistance va les conduire jusqu’à la région de Dachra, où ils découvrent que les habitants s’adonnent à d’effrayantes activités...

Dachra se défend avec ses images fortes et bien tournées, des jeux de caméra mais aussi des cadrages parfois inattendus qui parviennent à maintenir le spectateur en éveil. On apprécie le film dès lors qu’on sait ce qu’on est venu voir, c’est-à-dire un film d’horreur respectant les codes et qui dérange. Ainsi, les esthètes et les hématophobes peuvent rebrousser chemin. Dachra, qui n’est pas avare en images sanguinolentes (ossements humains, découpe d’organes, intestins à l’air...) parvient à créer une ambiance pour le moins inquiétante. Sans avoir l’ambition de bousculer le monde du 7e art, il a l’avantage de régaler les friands de sensations fortes.

Pour son 1er film qui a fait sa première à la Semaine de la Critique à Venise en septembre dernier et qui fait actuellement sa première au Moyen-Orient à Maskoon, Abdelhamid Bouchnak s’est engagé dans un genre quasiment jamais vu dans le cinéma tunisien : l’épouvante. Mais quand bien même Dachra est un film d’horreur qui répond aux attentes du genre, avec son atmosphère dérangeante particulièrement bien rendue par un bon travail d’étalonnage, on ne pourra s’empêcher de reprocher à l’œuvre son manque d’originalité dans l’usage des procédés choisis par le cinéaste, pour aller chercher l’émoi et le choc chez le spectateur : certains poncifs, des impressions de déjà-vu, mettent par instants à mal la crédibilité du film.

« Tigers are not afraid », d’Issa Lopez

Quand l’innocence et la fantaisie sont la seule évasion. Si ce film évoque la réalité de petits enfants perdus dans la brousse des grands cartels et des trafiquants de drogue, il interpelle l’imaginaire des adultes afin de survivre au triste réel du quotidien. Cette bande de petits enfants qui vont résister à l’horreur des grands nous donne une bonne leçon de courage et de poésie. Issa Lopez, auteure / réalisatrice mexicaine, est une des cinquante personnes latino les plus influentes, selon Variety. On lui a déjà décerné plus d’une trentaine de prix à travers le monde. Ce film s’apparente à l’univers fantastique de Guillermo del Toro, qui séduit par cette œuvre, est sur le point de produire le prochain film de la cinéaste mexicaine.

Rendez-vous

Jeudi 1er novembre, à l’ALBA :

-9h30 à 11h30 « The rise of Arab genre »

Les pays arabes pourront-ils relever le défi et faire du « genre », la manivelle qui révolutionnera le cinéma ? Avec comme intervenants Karim Saffieddine (Cinemoz), Fadi Baki (cinéaste libanais), Damien Ounouri (cinéaste algérien) et Abdelhamid Bouchnak(cinéaste tunisien) et pour modérateur Evrim Ersoy( Festival fantastique d’Austin).

-12h à 13h30 « Fear eats the soul, a Journey through horror cinema »

Les films d’horreur ont toujours été classés comme sous-genre. C’est le cinéaste suisse, Alexandre O. Philippe, réalisateur du documentaire 78/52, projeté à Maskoon qui va nous emmener dans un périlleux voyage explorant nombre de films d’horreur qui témoignent de l’évolution du genre. Avec pour modérateur Mike Hostench (directeur du festival de SITGES).

-15h à 17h : « Comment sauver notre héritage de disparaître »

Très longtemps les pays arabes ne se souciaient pas de préserver l’héritage cinématographique. Aujourd’hui, plus que jamais, les initiatives sont nombreuses pour sauver des œuvres en péril. Le débat fait intervenir Serge Bromberg (Lobster Films) Gerald Duchaussoy (Cannes Classics ), Hania Mroué (Metropolis) Maya de Freige (Fondation Liban Cinéma) et Myriam Sassine (Abbout Productions).

Dimanche 4 novembre, 21h30. Metropolis

Clôture du festival par le ciné-concert « Retour de flamme » où Serge Bromberg invite tous les amoureux du cinéma à ce programme composé de films anciens, tirés des greniers, retrouvés et restaurés, accompagnés au piano par le maître de cérémonie. Un pur délice.



Pour mémoire

Maskoon, pour « briser le cercle des cinéphiles qui s’autocomplimentent »

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