J’ai beaucoup de mal à accepter la terrible nouvelle... Elle passe à côté, comme si elle ne m’appartient pas. Mais si, elle m’est bien destinée, et elle va changer ma vie et celle d’autres proches aussi. Surtout, celle de toute sa famille : mes pensées vont sans cesse vers Rindala sa femme, Laura sa fille, et ses parents. Que font-ils ? Comment supporter l’insoutenable ?
Les messages WhatsApp affligés et choqués se succèdent de par le monde, comme des éclairs, sur le groupe de nos amis diplômés en médecine de l’AUB en 1985. Dès les bancs de l’université, nous savions tous que nous avions un camarade exceptionnel, aux talents multiples, et de surcroît brillant dans les études, et grand pianiste. Puis, chacun est parti de son côté, John avait résolu de poursuivre des études de pédopsychiatrie aux USA.
Nous nous sommes revus dès notre retour au Liban en 1995 avec les amis. Et surtout sa femme Rindala était entrée dans sa vie comme un rayon de lumière, douce, vivace et aimante. Quand il l’accompagnait au piano, avec sa voix chaude et envoûtante, c’était un festin pour nous. De nombreux moments que j’ai filmés, comme d’autres aussi. Comment serait-il possible que tout cela n’existe plus ?
Comment se résoudre à l’idée que nous ne reverrons plus John, que nous ne recevrons plus d’appels pour une soirée musicale au profit d’Idraac ? Il ne prendra plus de nos nouvelles, comme il le faisait, quand nous passions par des moments difficiles pour nous assurer ensuite de son soutien et de celui de Rindala. Comment feront ses patients auxquels il a fait le plus grand bien ?
John, tu es parti beaucoup trop tôt, j’ai dépassé le temps où je disais que la vie est injuste, sinon cela aurait été tellement vrai. Ta personne, tes dons multiples, ton intelligence, tout ce que tu es pour nous nous manquera terriblement et sans doute notre vie ne sera plus jamais la même.
À tes parents, Rindala ton ange gardien, et Laura ta fille, nos condoléances émues. Je prie Dieu pour qu’il leur donne toute la sagesse, le courage et la patience dont ils ont besoin. Comme tu l’as montré toi-même les mois derniers avec tellement de dignité et de retenue.
Adieu John et à bientôt.
Marina EL-HAJJ
(M.D. 1985)

