« Il faut rendre la ville aux gens, que les enfants puissent jouer en sécurité, que les personnes âgées aient des bancs où s’asseoir. Et, pour ça, il faut supprimer la voiture qui prend une place disproportionnée », plaide Hanna Marcussen, conseillère écologiste en charge du développement urbain à la mairie d’Oslo. Fredrik Varfjell/AFP
Des transats plutôt que des 4x4... Bien décidée à prendre un tournant écologique, Oslo chasse l’automobile de son centre-ville, lentement mais sûrement, ulcérant certains qui y voient une « guerre à la voiture » liberticide. Et elle n’est pas la seule : Berlin, Hambourg, Rome, Bruxelles, Madrid, Paris, Londres, Amsterdam, Copenhague ou encore Helsinki s’éloignent elles aussi de la logique du tout-voiture.
« Il faut rendre la ville aux gens, que les enfants puissent jouer en sécurité, que les personnes âgées aient des bancs où s’asseoir », plaide Hanna Marcussen, debout sur la place pavée de la mairie d’Oslo, elle-même fermée depuis peu à la circulation. « Et, pour ça, il faut supprimer la voiture qui prend une place disproportionnée », affirme la conseillère municipale écologiste en charge du développement urbain. Certes, ce n’est pas l’interdiction totale de circuler dans le centre d’ici à 2019 initialement envisagée, préventivement dénoncée par une élue comme « un mur de Berlin contre les automobilistes ». Mais Oslo a imaginé une série de mesures tout aussi dissuasives, à défaut d’être spectaculaires : suppression de 700 places de stationnement, zonage rendant impossible la traversée du centre en voiture, rues piétonnes, renchérissement des péages urbains... Résultat : le trafic, y compris les très populaires voitures électriques, est réduit à sa portion congrue dans une zone de 1,9 km2 de l’hypercentre, où environ 5 500 personnes vivent et 120 000 autres travaillent. À la place commencent à bourgeonner des terrasses de café, du mobilier urbain, des pistes cyclables ou encore des stations de vélos.
Suivant l’exemple de la capitale norvégienne, mais dans une moindre mesure, la justice berlinoise a ordonné une interdiction de circulation pour la majorité des véhicules diesel sur d’importants axes de la capitale allemande, un nouveau coup dur pour cette technologie affectée par les tricheries des constructeurs. Ainsi, en plein cœur de Berlin, les véhicules diesel de plus de trois ou quatre ans ne pourront plus circuler à compter des mois de juin ou juillet prochains. Au total, 11 tronçons des artères majeures du centre élargi de Berlin, dont la célèbre Friedrichstrasse, sont concernés. La décision pourrait concerner jusqu’à 200 000 automobiles, selon des estimations de la presse allemande, même si des exceptions seront faites – pour raisons professionnelles notamment. À Hambourg, la première ville à avoir mis en place une telle mesure, en mai dernier, les contrôles sont occasionnels, et l’amende est de 20 euros pour les contrevenants. Toujours en Allemagne, Stuttgart et Francfort doivent également emboîter le pas à Hambourg et Berlin.
Qualité de l’air
La décision berlinoise s’ajoute à une longue liste de mesures prises par d’autres villes européennes pour éloigner les vieux diesels des artères centrales, comme à Bruxelles (depuis le 1er janvier dernier), Madrid (à partir du 23 novembre), Rome et Milan (cette dernière à partir de 2025). La capitale lombarde a en outre annoncé qu’elle serait « tout électrique » en 2030, ce qui signifie qu’aucun moteur thermique ne pourra y circuler à compter de cette date. Les villes européennes bataillent donc, entre péages, vignettes, malus, journées sans voiture et créations de zones de faibles émissions, pour chasser les moteurs diesel. Objectif : remettre les villes dans les clous en ce qui concerne la qualité de l’air et le risque que font peser sur la santé publique les émissions toxiques des vieux diesels.
En France, la mairie de Paris a relancé en septembre une journée sans voitures, bannissant cette année complètement les automobiles de ses grands axes comme des ruelles, et généralise désormais l’expérience chaque premier dimanche du mois dans une partie de la ville. Au-delà de cette expérimentation, une quinzaine de métropoles françaises parmi les plus polluées (dont Marseille-Aix, Nice, Lyon ou Strasbourg) se sont engagées à mettre en place, d’ici à 2020, des zones à faibles émissions pour y restreindre la circulation des véhicules les plus polluants. En outre, la France prévoit la fin de la vente des voitures neuves à moteur thermique d’ici à 2040, alors que la ville de Paris a annoncé l’interdiction totale des voitures diesel pour 2024.
Ailleurs en Europe, les conducteurs des voitures les plus polluantes doivent désormais acquitter une nouvelle taxe (toxic charge) d’environ 10 euros par jour pour rouler dans le centre de Londres, une des villes les plus polluées du continent. La capitale britannique applique déjà depuis 2003 un péage urbain (congestion charge), du lundi au vendredi, avec des exonérations pour les voitures électriques ou à très faible émission. Par ailleurs, le Royaume-Uni prévoit l’arrêt, d’ici à 2040, de la vente de nouveaux véhicules conventionnels. Et à Amsterdam, rouler en voiture est devenu un luxe : la ville néerlandaise exige des frais annuels pour une vignette permettant de stationner sa voiture dans la rue, à titre de compensation pour l’occupation du domaine public. La ville du vélo par excellence a également installé d’immenses parkings pour bicyclettes à proximité des principales gares ferroviaires afin d’inciter à se passer de l’automobile. Enfin, grand pays de vélo lui aussi, le Danemark a annoncé l’interdiction des ventes de voitures à moteur thermique à l’horizon 2030. Avec cette interdiction, le Danemark rejoint l’Islande, qui avait annoncé une mesure similaire début septembre.
Source : AFP
En 2030, les véhicules neufs devront émettre moins de CO2
Les pays membres de l’UE ont enfin trouvé un accord pour la diminution des émissions de CO2 des voitures neuves. La présidence autrichienne du Conseil de l’UE a ainsi obtenu le vote favorable de 20 pays, sur 28, pour son compromis proposant une réduction de 35 % des émissions moyennes des voitures neuves en 2030 et de 30 % pour les camionnettes (par rapport à 2021). L’objectif est plus ambitieux que celui proposé par la Commission européenne fin 2017 (-30 % d’émissions moyennes en 2030), mais il est en deçà de la baisse de 40 % votée début octobre par le Parlement européen.


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