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Culture

Safwan Dahoul témoigne et accuse, en noir et gris

Exposition

L’artiste syrien présente un regard chargé de doléances, d’angoisse et d’une certaine attente à travers douze portraits de femmes à l’acrylique.


11/10/2018

Un regard persistant ou hagard poursuit le spectateur dans l’espace où sont exposées les œuvres de Safwan Dahoul à la galerie Ayyam. Par-delà un visage de sphinx impénétrable, on y voit le buste d’une femme au décolleté un peu échancré, où l’artiste a déposé des images insolites, inattendues. Mais révélatrices d’une intériorité trouble et troublante, ainsi que les stigmates d’un Orient aux multiples embrasements : aliénation, solitude, banalisation de la violence, abandon, nostalgie, servitude, désir d’évasion, quête pour la paix, besoin de sécurité. Autant de sentiments qui régissent aujourd’hui une région troublée et dont le peintre Safwan Dahoul est originaire. Et dont la peinture est un écho amplificateur.

Né à Hama en Syrie en 1961, formé pour ses études à Damas où il sera enseignant par la suite, il termine son parcours académique avec un diplôme supérieur de beaux-arts en Belgique entre Bruxelles et Mons.

Certains considèrent Safwan Dahoul comme l’un des artistes expressionnistes arabes contemporains les plus significatifs et en vue. De Dubaï à Paris en passant par Londres, la Corée du Sud ou le Koweït, ses œuvres suscitent l’intérêt, provoquent parfois des polémiques – notamment pour ses prises de position provocatrices et ses peintures osées – et interpellent.

Douze acryliques en noir et gris, représentant la même (ou presque) fille d’Ève.

Comme une hiératique diseuse de bonne aventure, cette femme au visage impassible, aux pupilles dilatées, aux paupières closes ou aux orbites vides, narre en silence, avec son immuable robe à bretelles, son parcours d’être insatisfait et de personnage en prise avec une réalité inquiétante.

Avec des images greffées ou apposées entre ses seins, dans l’espace de sa poitrine aux os en offertoire, on découvre une foule d’objets : un couteau pour la violence (uniquement contre les femmes ?), une plaie pour les blessures intérieures, un miroir brisé pour les fêlures irréparables d’un cœur ou d’un esprit, un réseau de spermatozoïdes pour les infidélités des hommes, un bateau en papier pour évoquer la migration et son cortège de malheurs…

Et ainsi se déroule le ruban d’un film muet mais éloquent qui accuse et témoigne de la vie et de son flux rude et imprévisible. Toujours dans des attitudes et des tons mornes et tristes. Comme un inlassable refrain aux notes chagrines et ternes.

Il y a là une atmosphère dépressive, presque obsessionnelle et morbide, même si sur l’une des toiles, il y a ce langage codé moderne digitalisé assailli par un nuage de « like », rondelles au petit cœur voletant comme un essaim d’abeilles… Mince rai de lumière pour un monde enfermé dans une narration plus négative que positive sur les déboires d’une société brutale, instable, consumériste. Dans un expressionnisme figé, ces images captées ou dictées consciemment ou inconsciemment sont comme oubliées de la grâce, du pardon et de la mansuétude

de Dieu…

Est-ce que le fait de rêver demeure l’alternative pour se soustraire à tant d’obstacles pour vivre en harmonie, en paix, avec soi et les autres ? Dans l’attente de lendemains meilleurs, même la peinture, aussi puissante qu’elle puisse être, ne peut le dire…

Galerie Ayyam

Beirut Tower, Zaytouneh, « Still dreaming » (Rêver toujours) de Safwan Dahoul jusqu’au 25 octobre 2018.


Pour mémoire

Safwan Dahoul et Nadim Karam, témoins et scribes de villes d’Orient...

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Marionet

Ah, enfin un article qui donne l'adresse du galeriste ! J'espère qu'il fera école parce que ce n'est pas si simple de trouver une adresse au Liban et à Beyrouth en particulier. On peut toujours avoir recours au "GPS libanais" en demandant leur aide aux passants et aux commerçants mais c'est comme ça que je me suis retrouvée parfois à changer 3 ou 4 fois de direction selon les indications contradictoires des uns et des autres...

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