Moyen Orient et Monde

Dérèglement mondial

Commentaire
09/10/2018

C’est la revanche de Hobbes sur Kant. Le retour à un système international où les normes sont sans cesse remises en question et où seule compte la loi du plus fort. La dynamique est enclenchée depuis plusieurs années déjà avec la montée d’un mouvement global, bien qu’enraciné dans un cadre national, qui se caractérise notamment par la progression de l’autoritarisme et le rejet de la démocratie libérale. Il en est ainsi de la Russie de Vladimir Poutine, de la Chine de Xi Jinping, de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan ou encore de la Hongrie de Viktor Orban.

Mais c’est bien l’élection de Donald Trump à la tête de la première puissance mondiale qui a donné un formidable coup d’accélérateur à ce basculement de l’histoire. Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, le président américain s’évertue à déconstruire l’ordre international édifié par les États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Son dernier discours devant l’Assemblée générale de l’ONU est à ce titre éloquent : Donald Trump y fait l’éloge de la souveraineté et du patriotisme et critique vertement le multilatéralisme. « L’Amérique préférera toujours l’indépendance et la coopération à la gouvernance mondiale, au contrôle et à la domination », a martelé le locataire du bureau Ovale, qui marque ici sa préférence pour les relations bilatérales uniquement régies par les rapports de force. Souveraineté et relativisme culturel : le discours a de quoi plaire à une majorité de chefs d’État, qui peuvent se réjouir de ne plus avoir d’autres lignes rouges dans l’exercice de leur pouvoir que le respect des intérêts américains. « Les États-Unis ne vous diront pas comment vivre, travailler ou prier. Nous demandons seulement que vous respectiez notre souveraineté en retour », a encore ajouté le président américain.

Certes, les propos de Donald Trump ne correspondent pas forcément à la politique de son administration, encline à se réclamer de la défense des peuples opprimés lorsqu’il s’agit de critiquer le régime iranien. Mais ce sont clairement les esquisses, pas forcément très bien définies, d’une nouvelle doctrine que les régimes les plus autoritaires de la planète ne peuvent qu’approuver.

Le risque est que se développe un sentiment d’impunité dans la tête de ces dirigeants, mais aussi dans celle de ceux n’ayant pas encore franchi la porte de l’autoritarisme. Si le gendarme américain ne fait même plus semblant d’être le garant moral des valeurs universelles, qu’est-ce qui va empêcher les chefs d’État n’ayant pas le moindre état d’âme d’utiliser les pires méthodes pour asseoir leur pouvoir et assurer leur survie politique ?

« Le système international est en marche vers le Moyen Âge. Le président d’Interpol a “disparu” à son arrivée en Chine, un Premier ministre est emprisonné par ses hôtes (Hariri en Arabie), un journaliste est enlevé, torturé, tué, et possiblement coupé en morceaux dans le consulat saoudien. Pas de règles. Aucune », résume sur Twitter François Heisbourg, président de l’IISS (Institut international d’études stratégiques). La concomitance de l’affaire Khashoggi – du nom du journaliste saoudien ayant été tué dans le consulat de son pays à Istanbul selon des responsables turcs – et de l’arrestation en Chine du président d’Interpol ne doit pas être prise à la légère. Ces deux affaires donnent le sentiment que tout est désormais permis. Sans tomber dans le catastrophisme – les démocraties ont dû faire face à des menaces plus existentielles dans l’histoire contemporaine –, ces deux affaires sont symptomatiques d’un monde en plein dérèglement, où les autoritaires sont en train de prendre le pouvoir.

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Je ne vois pas l'amerique de trump-pete ne plus se mêler des conflits extérieurs. .......

J'ai rien compris à cet article qui dit en théorie ce que la réalité ne confirme pas .

Que l'Amérique de trump-pete sorte de Syrie déjà.

Yves Prevost

Si Trump est critiquable sur bien des points, j'avoue ne pas comprendre ce que l'on peut reprocher au discours cité. Le président nous annonce que, désormais, les E-U ne se mêleront plus de la politique intérieure des autres pays et qu'il rejette la mondialisation: pouvait=on espérer mieux?
Quant au réveil des dictatures, il est vrai dans certains pays, mais reste relatif. La Russie de Poutine demeure (un peu) plus libérale que celle de Khrouchtchev, et la Chine actuelle (un tout petit peu) plus que celle de Mao.
Les Pol Pot et Ceaucescu ont tout de même été balancés dans les poubelles de l'histoire, et il est peu probable qu'ils aient des successeurs.

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