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La construction d'un oléoduc suspendue au Canada, revers pour Trudeau

Des manifestants, dont des membres de la Canadian Orca Rescue Society, protestant contre l'expansion de l'oléoduc Kinder Morgan's Trans Mountain, à Burnaby, en Colombie Britannique, Canada, le 10 mars 2018. AFP / Jason REDMOND

La justice canadienne a ordonné jeudi la suspension de l'agrandissement d'un oléoduc jugé "stratégique" par le gouvernement de Justin Trudeau, car son impact environnemental, en particulier sur les mammifères marins, a mal été mesuré par les autorités fédérales.
Au même moment, les actionnaires de la société texane Kinder Morgan approuvaient à 99,98% la vente de ce pipeline au gouvernement, qui a souhaité le nationaliser afin de régler une fois pour toutes l'épineuse question de la dépendance du Canada aux Etats-Unis pour écouler son or noir. Ottawa conclura cette vente dès vendredi, a annoncé dans la foulée le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau.

Le gouvernement fédéral est déterminé à réaliser les travaux d'agrandissements de l'oléoduc et "veillera à ce que le projet progresse de la bonne façon", a assuré le Premier ministre Justin Trudeau, sans préciser comment.

La Cour d'appel fédérale a annulé le permis de travaux émis par l'Office national de l'Energie (ONE), car cette agence fédérale a commis "une erreur cruciale" : son étude d'impact environnemental a occulté la hausse du trafic de pétroliers qui navigueront sur la côte pacifique canadienne pour exporter les hydrocarbures acheminés jusqu'au port de Vancouver par l'oléoduc. L'ONE "a de façon injustifiable défini la portée du projet de manière à ne pas inclure la circulation de navires-citernes connexe au projet", a déploré la juge Eleanor Dawson dans son jugement.

Long de quelque 1.200 km, l'oléoduc Trans Mountain relie les champs pétroliers d'Alberta (3e réserves de la planète) au littoral en traversant les montagnes Rocheuses. Actuellement saturé, il doit voir sa capacité triplée à 890.000 barils par jour selon les plans de Kinder Morgan.
Le projet est vivement combattu dans la province de Colombie-Britannique, d'où ce pétrole devrait être chargé sur des navires, par les autorités locales, une coalition d'écologistes et des communautés autochtones qui avaient saisi la Cour d'appel fédérale. Plusieurs communautés amérindiennes s'opposent à cet oléoduc, qui traverse leurs territoires ancestraux, pour des raisons environnementales dont la préservation de l'écosystème marin fragile de la côte britanno-colombienne.

L'ONE elle-même "a conclu que l'augmentation du transport maritime résultant du projet risquerait d'entraîner des effets négatifs importants" sur les mammifères marins, a rappelé la juge.


Taxe carbone en péril
Saluant "une victoire majeure", Greenpeace a estimé qu'"il est temps que le Premier ministre Trudeau se rende à l'évidence et prenne les milliards de dollars publics prévus pour ce projet et les investisse pour accélérer la transition vers une économie basée sur les énergies renouvelables".

Face aux incertitudes créées par les opposants à l'oléoduc, le gouvernement libéral avait annoncé fin mai son intention de l'acheter pour 4,5 milliards de dollars canadiens (3 milliards d'euros).

Ottawa avait accepté l'agrandissement de l'oléoduc en échange de la collaboration du gouvernement de la province de l'Alberta, cœur de l'industrie pétrolière canadienne, dans la lutte contre les gaz à effet de serre (GES).
M. Trudeau est déterminé à imposer une taxe nationale sur le carbone, malgré une vive opposition venant notamment des provinces de Saskatchewan et d'Ontario qui ont fait alliance contre cette mesure phare du plan climat du Canada. Et jeudi soir elles ont été rejointes par l'Alberta, qui génère près de 80% des émissions de GES du Canada. "J'ai toujours dit en signant le plan fédéral sur le climat que cela devait s'accompagner de l'oléoduc Trans Mountain", a déclaré Rachel Notley, Première ministre albertaine. Pour Mme Notley, l'arrêt des travaux entraîne la fin de stratégie fédérale de réduction des GES: "Soyons clairs, sans l'Alberta, ce plan ne vaut que sur le papier".

Dans sa décision, la Cour d'appel fédérale a laissé la porte ouverte à une relance des travaux, à condition que l'Office national de l'Energie "prenne les mesures qui s'imposent, s'il le juge à propos, pour corriger ces vices et rendre par la suite une nouvelle décision en bonne et due forme".

La justice canadienne a ordonné jeudi la suspension de l'agrandissement d'un oléoduc jugé "stratégique" par le gouvernement de Justin Trudeau, car son impact environnemental, en particulier sur les mammifères marins, a mal été mesuré par les autorités fédérales.Au même moment, les actionnaires de la société texane Kinder Morgan approuvaient à 99,98% la vente de ce pipeline au gouvernement, qui a souhaité le nationaliser afin de régler une fois pour toutes l'épineuse question de la dépendance du Canada aux Etats-Unis pour écouler son or noir. Ottawa conclura cette vente dès vendredi, a annoncé dans la foulée le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau.Le gouvernement fédéral est déterminé à réaliser les travaux d'agrandissements de l'oléoduc et "veillera à ce que le projet progresse de la bonne...