Le président de la République, Michel Aoun, a affirmé hier devant ses visiteurs qu’il ne s’opposait pas à la mise sur pied d’un gouvernement formé de vingt-quatre ministres, à condition que ce cabinet « respecte des critères unifiés ». Il a par ailleurs insisté sur la nécessité pour le futur cabinet de normaliser les relations avec la Syrie, un processus auquel s’oppose le Premier ministre désigné, Saad Hariri.
Interrogé sur la mouture du futur gouvernement, le président a démenti avoir reçu de la part de M. Hariri une proposition concernant un cabinet de 24 ministres, mais il a assuré ne pas être contre un tel gouvernement, à condition qu’il respecte « des critères unifiés ». « Ce qui ne veut pas dire que les deux sièges druzes seront donnés au Parti socialiste progressiste (PSP) uniquement ni que la part des Forces libanaises (FL) serait de plus de trois ministres », a dit le chef de l’État, dans des propos rapportés par notre correspondante Hoda Chédid. M. Aoun a en outre déclaré avoir dessiné une feuille de route gouvernementale avec des critères unifiés lors de son discours prononcé lors de la fête de l’Armée (le 1er août) et qu’il attend du Premier ministre désigné qu’il lui présente un gouvernement conforme à cette vision.
À l’heure actuelle, trois facteurs empêchent la naissance du gouvernement. Le premier est celui des trois nœuds de la représentation interne : le nœud chrétien entre les FL et le Courant patriotique libre, le nœud druze entre le PSP et Talal Arslane et le nœud sunnite de la représentation des dix députés qui ne gravitent pas dans l’orbite du courant du Futur. Les deux autres facteurs sont ceux des pressions externes exercées sur la formation du gouvernement et la question de la normalisation des relations avec la Syrie.
« Ce n’est pas moi qui octroie les portefeuilles régaliens »
Le chef de l’État a en outre rejeté les accusations selon lesquelles il serait en train de se mêler de la formation du gouvernement. « Quand je dis aux FL que ce n’est pas moi qui octroie les portefeuilles régaliens et qu’elles doivent en discuter avec le Premier ministre désigné, ne suis-je pas en train de laisser à ce dernier le soin de mettre sur pied le gouvernement? » s’est-il demandé.
« L’option d’un gouvernement de la majorité n’est pas une décision déjà prise mais une possibilité pour sortir de l’impasse gouvernementale, étant donné que les législatives ont donné lieu à une représentation plus équitable et mis un terme au monopole de la loi majoritaire », a poursuivi le chef de l’État. « Le système démocratique permet d’avoir des partisans et des opposants. Mais qu’il s’agisse d’un gouvernement formé par la majorité ou non, personne ne touchera aux prérogatives du Premier ministre désigné », a-t-il souligné, avant de tempérer : « La priorité est à un gouvernement d’union nationale à condition de suivre des critères unifiés. »
Interrogé sur le froid entre Saad Hariri et le ministre sortant des Affaires étrangères Gebran Bassil, M. Aoun a déclaré : « Est-ce qu’il (Hariri) l’a appelé pour un déjeuner ou un dîner et Bassil a refusé ? Normalement, lorsqu’une personne n’a rien à offrir, elle ne cherche pas à rencontrer les autres. »
Sur un autre plan, M. Aoun a réaffirmé que son mandat était victime d’une campagne externe visant à l’encercler. Il a de ce fait rappelé le timing de la « campagne menée contre son régime par le chef du PSP, Walid Joumblatt », et qui coïnciderait d’après lui avec le retour du chef druze d’Arabie saoudite il y a quelques semaines.
Concernant la question polémique des relations avec la Syrie, M. Aoun a plaidé pour un retour à la normale. « La différence entre moi et les autres, c’est que je regarde vers le futur alors que d’autres regardent le passé », a lancé le chef de l’État. Il a en outre rappelé qu’il a été contre la Syrie lorsque les troupes syriennes étaient présentes au Liban, mais qu’il a tourné la page dès qu’elles se sont retirées du pays. Il s’est dit persuadé que le Liban a un intérêt vital avec la Syrie avec laquelle il partage des frontières, des échanges et des activités de transit.
À propos du retour des réfugiés syriens chez eux, M. Aoun a assuré avoir demandé à la communauté internationale de travailler pour leur retour sécurisé, et que ce retour se poursuivrait sous la houlette de la Sûreté générale libanaise, sans attendre que l’initiative russe soit mise sur les rails.


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14 h 20, le 06 août 2018