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Culture

Beyrouth sous le spleen poétique urbain de Nathaniel Rackowe

Installation

Un hommage et une radioscopie à peine voilés de la capitale libanaise vue par l’artiste britannique.

23/07/2018

Sous le titre de The Shape of a City (La forme d’une cité), l’artiste britannique Nathaniel Rackowe, 43 ans, opère la relecture de Beyrouth et la dé/reconstruction d’une ville ou de toute ville de par le monde. Son art est celui de chaque voyageur du monde qui percevrait l’air, les contours, les granules, les stridences, le non-dits, la complexité, l’histoire et la modernité des cités éparpillées sur la terre…

Le silence entoure ces objets insolites qui parlent en toute douceur. Avec quand même une certaine éloquence. Mais il y a aussi l’évocation discrète de la solitude des stations d’essence la nuit, la fièvre des fières architectures des monolithes en acier et l’éclat des nuances des couleurs quant l’éclairage diffuse sa lumière drue et abrupte…

Tout d’abord cette clôture en tôle ondulée jaune plastifiée transparente qui accueille le visiteur de la galerie Letitia pour accentuer un espace bien gardé. Comme un enclos ou une mise en garde où nul ne foule le sol impunément. Ou aussi, peut-être, une invitation pour passer à un espace plus libre, appartenant aux rêves, à l’évasion, aux fantasmes. Espace porté vers une certaine poésie tissée des matériaux de construction modernes, même les plus rébarbatifs ou décoratifs… Justement, de toute évidence, pour les transcender en objets d’art, de réflexion, d’invention de l’esprit, de valeurs esthétiques, de témoignage.

Face à ce garde-fou, plus sympathique que réellement frappé d’un sévère interdit, se déploient, sur les cimaises, les tableaux, aux cadres et maries-louises blancs, avec des lignes et des dessins aux tons abstraits. Non sans rappeler directement les stations d’essence minutieusement auscultées, observées.

Lignes droites pour une représentation schématique comme une musique lancinante aux rythmes et variations obstinément répétés. Avec des moyens minimalistes, d’une remarquable concision, c’est le travail sans doute le plus achevé et le plus lumineux (au sens double du terme) de l’artiste : car il arrive à exprimer, à travers cette expression picturale au vocabulaire parcimonieux et net, avec élégance et clarté, son leitmotiv. C’est-à-dire son obsession de ces lieux où pourvoir un véhicule en gazoline a valeur non seulement de liberté et de libération mais aussi de fuite, d’avancée, de labeur, de découverte, de communication, de potentialité inexplorée…


L’âme en béton d’une ville
Suivent, entre peinture aux modulations feutrées et écran de tôle ondulée plastifiée, comme un jardin public offert aux regards, ces blocs de ciment et de parpaings sur socles, enserrés de tubes néons luminescents. Un rappel ou un clin d’œil à ces buildings qui font (ou défont, allez savoir !) l’âme d’une ville. Image miniaturisée et schématisée d’une ville, jamais totalement surprise par le sommeil, envahie à pas lents par la nuit et ses colliers de lumière.

Pour traduire ce flottement et ce télescopage d’images multiples visant quand même la réalité, Nathaniel Rackowe a séjourné à Beyrouth d’abord en 2009 pour s’imprégner du « Paris du Moyen-Orient » et de la « capitale des banques du monde arabe » (appellation de la capitale libanaise au milieu du XXe siècle). Visite riche dans sa curiosité, son besoin de découverte, étayée de photographies et de déambulations dans les artères d’une ville à l’élan coupé court avec la guerre de 1975. Et dont l’histoire se lit jusqu’aujourd’hui avec ces constructions inachevées ou partiellement détruites. Pour reprendre aujourd’hui de plus belle tel un phœnix qui renaît de ses cendres. C’est tout cela l’exposition de Nathaniel Rackowe.


Galerie Letitia (Hamra) « The Shape of a City », de Nathaniel Rackowe, jusqu’au 25 août 2018

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