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Culture

Jad el-Khoury : Pour comprendre le Liban, il faut se comprendre soi-même

15/05/2018

À travers son exposition « Connexion », l’artiste libanais Jad el-Khoury, aka Potatonose, invite le visiteur à expérimenter le processus de guérison psychologique par lequel tout Libanais devrait passer, selon lui, afin d’entrer en contact avec la partie la plus profonde de soi pour pouvoir enfin accepter la difficile réalité de son pays.
« C’est une démarche identique à celle que nous suivons chez un psychologue, explique l’artiste. Au début, nous pleurons car nous sommes frustré et enfermé. Puis nous confrontons les problèmes. Jusqu’à la connexion à nos sentiments intérieurs, étape la plus difficile pour pouvoir un jour avancer. » Le processus de réconciliation emprunte un parcours en trois temps : la fuite, la révolte, la connexion. Chacune de ces étapes est illustrée dans l’exposition à l’Institut français de l’un de ses projets, réalisés au fur et à mesure de sa propre évolution.
La fuite prend la forme d’un personnage, « Single Man ». D’abord représenté seul, loin du reste de la société, sur une façade de la rue Hamra à Beyrouth, Single Man voyage quelques années plus tard au Koweït où on le retrouve sur un mur de la rue Mubarak al-Kabeer, plongé au cœur d’une nouvelle société à laquelle il tente de s’adapter. « Single Man, c’est moi, c’est nous, tous ces jeunes qui ont fui », explique le graffiti man, âgé de 29 ans. « Il revient au Liban et au lieu de s’échapper, il se confronte. La confrontation est la deuxième phase. » C’est là que War Peace, son projet de graffitis sur les immeubles ravagés par la guerre, est né, « pour regarder »,  ajoute-t-il. La plupart des Libanais ne prêtent plus attention aux immeubles criblés de balles. Par habitude sûrement, ou pour s’en protéger. « Au lieu de passer à côté de ces traces de guerre physiques sans les regarder et faire comme si elles n’existaient pas, je voulais les mettre en valeur pour que les gens les voient à nouveau. » L’artiste part ainsi à l’assaut de façades délabrées à coups de personnages fantaisistes informes, les « potato noses », en les affrontant, en s’affrontant. La première « attaque » pacifique et colorée a été réalisée sur un bâtiment jouxtant le Ring, côté Monnot, et la seconde sur le Holliday Inn.
« Pour la dernière étape “connexion”, je suis intervenu sur un immeuble à Vitry-sur-Seine, près de Paris. L’immeuble aurait pu être partout... La connexion, c’est quand je me connecte à ce personnage Single Man, que je dessine depuis que je suis enfant », confie Khoury. Pour l’artiste, ce n’est qu’après ces étapes qu’advient la réconciliation. « Personnellement, je ne suis toujours pas arrivé à cette dernière étape et c’est pour cela que l’exposition s’appelle “Connexions”. Pour moi, être guéri, c’est une nouvelle bulle, pas comme celle de Single Man qui ne laisse personne entrer. Mais plutôt une bulle qui nous laisse marcher dans la rue, en traversant la foule, sans être affecté émotionnellement. »
Au détour d’une rue de la capitale avec son art urbain, au sein d’une galerie à travers ses œuvres, le jeune artiste délivre un seul et même message, un profond sentiment d’appartenance au pays qui passe par une connexion entre tous ses habitants.

L’exposition « Connexions » se poursuit jusqu’au 31 mai à la galerie de l’Institut français du Liban, rue de Damas, Beyrouth.

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