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Agenda - Hommage

Sader Younes, défenseur acharné de l’indépendance de l’UL

Docteur Sader Younes nous quitte, hélas, au moment où notre société a besoin de chefs, de syndicalistes et de citoyens qui lui ressemblent.
Disciple du sociologue Alain Touraine, diplômé de l’Université de Paris, il a fondé et présidé le syndicat des enseignants chargés de cours à l’Université libanaise (la ligue des professeurs). Il a longtemps représenté le corps enseignant de l’Institut des sciences sociales auprès du conseil de l’Université.
Il a courageusement et fermement défendu l’indépendance de l’Université libanaise face aux multiples pressions d’ordre politique qui entravaient et entravent toujours son progrès.
Il a toujours su dialoguer avec les représentants des mouvements estudiantins et veillé à ce que leur culture ne régresse point et aille toujours de l’avant.
Il fut aussi un grand orateur. Ses arguments convaincants imposaient le respect durant les assemblées générales du corps enseignant, sa plume est demeurée au service du bien public, de la justice sociale, des libertés publiques, de l’indépendance et de la souveraineté de son pays.
Sur ces sujets et surtout sur celui de la démocratisation de l’enseignement et de la culture, il n’admettait aucun compromis avec les responsables.
L’appartenance à ce pays comptait tellement à ses yeux qu’il n’a jamais admis l’obtention d’une nationalité autre que la sienne.
Il a surtout planifié et organisé les luttes syndicales menées par le corps enseignant en vue d’engager les nouveaux professeurs à plein temps et d’intégrer les anciens dans le cadre de l’université.
La construction d’une cité universitaire, l’augmentation des salaires des enseignants, l’amélioration de la recherche scientifique, une caisse mutuelle régie avec intégrité et, surtout, l’indépendance des facultés de l’UL face aux différentes ingérences intérieures et extérieures furent également des causes qu’il a toujours défendues.
Originaire du village de Nabaï, ce ville du Metn, fier de sa génération de bâtisseurs et de penseurs tels que Hassan Moucharrafieh, Edmond Naïm, Mohammad el-Majzoub, Nizar el-Zein et Gilbert Akel, a fait de lui un homme de dialogue, respectueux de l’opinion de l’autre, désintéressé et modeste, mais aussi un négociateur ferme qui conforte ses arguments par des documents d’archives et des statistiques crédibles.
C’est à son instigation que nous avons envahi les rues de Beyrouth, dans les années soixante du siècle dernier, pour obtenir une législation de l’organisation de l’Université libanaise, la nationalisation du territoire de Hadath en vue de l’édification de la cité universitaire et le décret de loi concernant le recrutement des professeurs à plein temps.
C’est grâce à sa vigilance et à sa prévoyance que le corps enseignant de l’Université libanaise est resté solidaire et uni dans la pratique de sa politique syndicale ; c’est grâce aussi à ses amis qui ont su privilégier les intérêts communs des professeurs et négliger les différents d’ordres confessionnel et partisan que la guerre absurde de 1975 n’a pas scindé le mouvement syndical des enseignants.
Sader Younes demeure vivant dans la conscience de ses collègues et de tous ceux qui ont milité pour les revendications syndicales.
Il demeure, à leurs yeux, le syndicaliste exemplaire dans sa détermination, son intégrité, son courage, sa culture et sa fidélité à la cause d’un enseignement démocratique et d’une université nationale de haut niveau.
Les étudiants également lui sont reconnaissants. Ils ont pris conscience du rôle qu’il a joué dans leur promotion sociale. Qu’ils viennent des villages du Akkar ou des versants du Hermel, ou même de Hanin et de Aïnata, au sud du Liban, qu’ils viennent des bourgades et des fermes du Nord, de la montagne ou de la Békaa, qu’ils habitent les banlieues oubliées des villes côtières, ils sont tous endeuillés car ce leader n’a jamais accepté les compromis et n’a jamais renoncé au combat afin que l’étendard de l’université nationale se déploie et concurrence les universités privées.
Sader, tu demeures, à mes yeux, dans mon esprit et dans mon cœur, un modèle à suivre et un ami affable et aimant. Je resterai fidèle aux valeurs suprêmes que tu nous as transmises durant toutes nos années de combat commun au syndicat des professeurs, et bien après, durant nos années de retraite.
Je te promets de poursuivre la lutte pour un État laïc, une société, une éducation et une culture laïques, telles que tu les as conçues dans tes écrits et dans la pratique auprès de nos collègues quelles que soient leur confession et leur appartenance régionale.
Toutes les fois que je rédigerai une revendication syndicale, je penserai à toi, toutes les fois que je participerai à une assemblée générale, tu seras présent à mes côtés, présent quand je récolterai les légumes dans mon potager, présent quand je cueillerai les grappes, les pommes et les figues de mon verger, présent quand je distillerai mon arak car tu avais l’habitude de me rendre visite, tous les ans, dans mon village et de partager avec moi les joies simples de la vie paysanne.
Toute une période d’épanouissement et de progrès a pris fin avec ton départ. Notre université nationale progressait d’un pas sûr vers une amélioration nette de son niveau culturel. Ce progrès devait la promouvoir à une place de choix dans l’enseignement supérieur au Liban.
Désormais, la conjoncture historique, la corruption, le suivisme, la dégradation généralisée des institutions ont porté gravement atteinte à l’université nationale, et cela au bénéfice des universités privées.
 Ainsi affaiblie par les interventions intéressées des politiciens, et affectée par les décisions absurdes et injustifiées de leurs clients et de leurs courtisans, cette grande institution défaille et risque de s’effondrer.
Quand on écrira une histoire fidèle des institutions de l’enseignement au Liban, la figure de Sader Younes brillera parmi les grands noms qui ont fidèlement servi la culture et le progrès de l’enseignement supérieur. N’a-t-il pas consacré ses efforts et son temps au processus de la démocratisation effective de l’enseignement ? Les documents d’archives attesteront alors que les grandes figures du syndicalisme telles que Sader Younes forment l’élite, la vraie, celle qui guide son peuple vers l’édification d’une société plus juste, plus libre, respectueuse des droits de l’homme et particulièrement de son droit au savoir.

Issam KHALIFÉ
(Traduit de l’arabe par
Hoda Rizk-Hanna)

Docteur Sader Younes nous quitte, hélas, au moment où notre société a besoin de chefs, de syndicalistes et de citoyens qui lui ressemblent.Disciple du sociologue Alain Touraine, diplômé de l’Université de Paris, il a fondé et présidé le syndicat des enseignants chargés de cours à l’Université libanaise (la ligue des professeurs). Il a longtemps représenté le corps enseignant de l’Institut des sciences sociales auprès du conseil de l’Université.Il a courageusement et fermement défendu l’indépendance de l’Université libanaise face aux multiples pressions d’ordre politique qui entravaient et entravent toujours son progrès.Il a toujours su dialoguer avec les représentants des mouvements estudiantins et veillé à ce que leur culture ne régresse point et aille toujours de l’avant.Il fut aussi un grand...