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Culture - Focus

Karim Rahbani emporte son « Cargo » très loin

Coproduction franco-libanaise chypriote (Ezekiel, Rouge international) avec une contribution mineure de DB studios (Rana Eid) pour le son, le court-métrage du réalisateur a fait le tour du monde. À quand le Liban ?

Karim Rahbani dirigeant le petit Abdel Hadi Assaf et Saadeddine Moukhalalati (le grand-père).

Après avoir infiltré le milieu ecclésiastique pour son projet d’université avec un court métrage intitulé With thy Spirit,  Karim Rahbani plonge dans le monde de l’enfance. Une aventure cinématographique qu’il a entreprise, éclairée toujours par la passion de ce cinéaste fougueux et intransigeant. Tout commence lorsqu’en 2014, Rahbani veut réitérer l’expérience avec le jeune Abdel Hadi Assaf. Ce petit garçon retrouvé à mendier sur le bitume de Gemmayzé avait attiré l’attention du fraîchement diplômé de l’IESAV, qui l’avait choisi pour être l’interprète de With thy Spirit. Avec son regard et son charisme, il fait chavirer la caméra du cinéaste qui en tombe amoureuse. « Dès que je l’ai vu, confie Rahbani, j’ai su que lui seul pouvait interpréter ce rôle. Depuis, j’avais hâte de refaire un autre film rien que pour lui. »
Le metteur en scène, qui a une affection particulière pour le cinéma néoréaliste italien et les films iraniens, reproduit à sa manière et sous les traits du petit garçon l’interprète du Voleur de bicyclette ou encore le jeune Marcellino Pane Vino qui hantait nos soirées télévisées pascales. « Il était très difficile de trouver une production, poursuit Rahbani, et un jour, par l’intermédiaire de Colette Naufal – à qui je tiens à exprimer ma gratitude –, je suis mis en contact avec Antoun Sehnaoui. Grâce à eux, mon projet prend forme et devient un film. »
 
L’enfance volée
Cargo, dont le titre évoque la cargaison, parle de cette marchandise humaine qu’on traîne sur les routes et qui traverse les frontières hostiles des pays. Abboudi, jeune garçon haut comme trois pommes, accompagne son grand-père interprété par Saadeddine Moukhalalati. Ils sont tous deux évadés de la guerre syrienne. « Mais attention, intervient Karim Rahbani, il ne s’agit pas pour moi de raconter encore un fait de la guerre, mais de parler de cette enfance volée, des gosses qui sont les premiers à être sacrifiés dans les conflits. » « En général, reprend-il, ce sont les adultes qui sont censés s’occuper des gosses. Dans ce film, j’ai inversé l’équation. » Pour le metteur en scène qui a coécrit le scénario avec son père, Ghadi Rahbani, le cinéma ne consiste pas en de simples images projetées sur grand écran, mais bien de rapports humains qui se tissent et se perpétuent. « Je tenais à créer avec Abdel Hadi Assaf un lien si fort qu’il puisse raconter lui-même son monde, à travers son jeu, son regard, ses gestes. » Aujourd’hui, le jeune garçon continue à servir sur le bitume pour faire plaisir à ses parents, mais grâce à l’équipe de production, il a réussi à être scolarisé. « Une sorte de défi dont je suis fier, dit Karim Rahbani. Tout autant que de mon film. » Lorsque le court métrage a été ovationné et consacré au Caire, le petit Abdel Hadi Assaf n’a pas pu assister à cette grande fête, mais tel un professionnel, il a envoyé un message vidéo de remerciements où il s’adressait à tous les gens du milieu.
Cette aventure cinématographique qui a parcouru le monde, du Festival international de Fribourg et de celui du film francophone de Namur au Colchester Film Festival (Royaume-Uni), en passant par Tournai (Ramdam Film Festival), les Journées cinématographiques de Carthage et le Festival international de la jeunesse de Langesund en Norvège, pour ne citer que ceux-là, a obtenu différents prix. Meilleur film qui dérange dans la catégorie court métrage en Belgique, meilleur court métrage dans le Festival du film arabe à Rotterdam ainsi que prix du meilleur réalisateur et du meilleur scénario au Festival du film à Eindhoven, une mention spéciale en Norvège et au Festival international du court métrage à Montecatini. Récemment, on vient de lui décerner le prix du jury au Festival international du Caire. Il a bien sûr été projeté dans le cadre du Beirut Film Festival au Liban. Mais l’aventure ne s’arrête pas là avec le jeune metteur en scène qui entend aller plus loin encore. Un premier long métrage est en marche. Le petit Abdel Hadi Assaf prendra-t-il le train avec Karim Rahbani ?

Après avoir infiltré le milieu ecclésiastique pour son projet d’université avec un court métrage intitulé With thy Spirit,  Karim Rahbani plonge dans le monde de l’enfance. Une aventure cinématographique qu’il a entreprise, éclairée toujours par la passion de ce cinéaste fougueux et intransigeant. Tout commence lorsqu’en 2014, Rahbani veut réitérer l’expérience avec le jeune Abdel Hadi Assaf. Ce petit garçon retrouvé à mendier sur le bitume de Gemmayzé avait attiré l’attention du fraîchement diplômé de l’IESAV, qui l’avait choisi pour être l’interprète de With thy Spirit. Avec son regard et son charisme, il fait chavirer la caméra du cinéaste qui en tombe amoureuse. « Dès que je l’ai vu, confie Rahbani, j’ai su que lui seul pouvait interpréter ce rôle. Depuis, j’avais hâte...
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