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Culture

Joseph Harb cherche « des questions, pas des réponses... »

Exposition

Sixième exposition à la galerie Janine Rubeiz des œuvres de Joseph Harb, installé à Boston. Univers coloré et ludique, mélange de peinture, sculpture et structure en bois, pour parler en termes de connectivité humaine, de l’attente pour tromper l’ultime instant avant le grand départ. Un peu tiré par les cheveux...

05/02/2018

Il a l’allure d’un joueur de base-ball qui a empâté avec le temps. Crâne luisant, teint basané, silhouette enveloppée, légère barbe sel et poivre, yeux au regard vif et doigts boudinés qui attestent le travail d’un artiste de 53 ans qui ne recule devant aucune matière. Pour la fléchir, la manipuler, la maîtriser selon ses désirs, sa volonté et ses aspirations. 

Ne vous trompez pas : sous cette allure de dur se cache la fragilité d’un homme marqué à vie au sceau rouge des horreurs de la guerre libanaise. Qu’il a fuie d’ailleurs au plus vite, mais non sans laisser des plumes. D’ailleurs cette exposition se place sous l’ombrelle de l’interrogation, sans attendre les réponses. La vie, avec tous ses subterfuges, ses illusions, ses dérivatifs, ses pierres roulées à la Sisyphe, avant la mort, le grand trou noir…

 Longue carrière pour une création polymorphe dont les racines remontent à 1987 et qui a pavoisé sur les cimaises aussi bien à Paris qu’à Londres ou Abou Dhabi. Vingt toiles aux dimensions variées (allant de 2mx1m à 15cm x10cm) où se mélangent des univers insolites, des abstractions prolixes faisant appel à l’imaginaire. Carrousel d’images aussi bien de reproductions des grands maîtres (traités en évidente désinvolture) que de personnages vaguement Giacometti échappés à la résine, le plâtre, le bronze. Sans jamais donner l’impression de la lourdeur. Au contraire, avec une étonnante légèreté, captant et diffusant une certaine lumière. Surtout ces totems, aux étagements en appartements d’immeuble, qui se dressent en toute malicieuse insolence.

Par-delà ces multiples expérimentations picturales pas toujours d’un effet convaincant, émerge toutefois la touche reconnaissable d’emblée de Joseph Harb. Ce sont ses toiles où résonnent des écrans d’un monde électronique enfiévré. Claviers, boutons, carrés, rondelles, filaments, chiffres, signaux qui n’ont rien de cabalistiques mais ceux d’un appareillage digital qui gaine et encercle l’homme contemporain. Jusqu’à l’asservissement, sous prétexte pourtant de liberté…

Influencé par Rauschenberg, Frantz Klein, Pollock, Joseph Cornell, Mohammad Rawas et Chawki Chamoun, l’artiste, loin de toute notion de politisation, fouille les fragments de sa vie… Chemin faisant, il sème symboles, bribes de souvenirs, collages, constructions (parfois abracadabrantes !) comme un lego au langage diversifié, images marquantes d’un inconscient toujours éveillé, aux aguets et en prise avec les démons du passé.

Qu’est-ce qui fait qu’un flocon de neige a l’allure d’une pâquerette et qu’une masse grise de bâtisse en ville industrielle se transforme en une langue de terre portée au rêve et à l’évasion ? C’est le mystère et le talent de l’artiste qui le diront… Et bien entendu, pour décrypter cet univers où tout s’imbrique et se cheville, les paroles de Joseph Harb sont une précieuse clef, pour sa démarche, ses songes et ses cauchemars.

En substance, il déclare, sans avoir l’air de philosopher : « Ce qui m’attire, c’est la relation entre les hommes. Surtout la peur de l’existence et sa connexion avec le quotidien et la mort. Et notre relation avec les choses qui déterminent notre existence. Ce qui nous occupe pour oublier la mort. On cherche à atteindre quoi ? Quel est le but de nos actions ? L’art est-il une voie en contresens de la mort? Dans cette quête on cherche une meilleure existence ou une mort rassurante ? Je crois en une œuvre d’art qui se nourrit d’actualité. Le passé est un moyen d’intégration du présent. » 


Galerie Janine Rubeiz 

« Narrative » de Joseph Harb

Jusqu’au 21 février 2018.

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