Liban

Figures paternelles et unité nationale

En toute liberté
Fady NOUN | OLJ
28/11/2017

Tout le monde a pu assister aux émouvantes retrouvailles entre le chef de l'État et le Premier ministre. Elles se sont faites sous les lentilles des caméras, lors du défilé de l'Indépendance. Même le regard attendri du président de la Chambre en fait foi : entre les deux hommes, un lien affectif particulièrement fort est apparu, qui semble s'être établi au cours de l'année passée, certains allant jusqu'à dire que le chef de l'État a fini par représenter, aux yeux de Saad Hariri, une figure paternelle. Ce n'est pas invraisemblable. Cette relation forte expliquerait en partie, selon ces sources, pourquoi Michel Aoun a revêtu son battle-dress et est parti en campagne, remuant diplomatiquement ciel et terre pour obtenir que Saad Hariri lui soit rendu, et rendu au Liban.

À y regarder de plus près, il semble que toutes les communautés libanaises soient attachées à un « père », une figure ambivalente qui, sous ses aspects positifs, est une figure fédératrice. Le plus contrariant, cependant, c'est que ce ne soit pas le même père qui fédère les Libanais, ce qui explique leur dispersion incurable en tribus parfois alliées, parfois opposées.

Les communautés, de toute évidence, sont productrices de figures paternelles de « zaïms », la communauté étant le reflet de ce qu'est son zaïm (et réciproquement). Les maronites, à l'origine de l'existence du Liban, ont leur patriarche, encore qu'avec la création de l'État, il s'est créé un second pôle de pouvoir, le président de la République, de sorte qu'ils sont divisés entre deux figures paternelles qui tantôt s'allient, tantôt sont rivales.

Avec la communauté chiite, passée la période féodale, qui répond par définition au schéma développé, deux figures paternelles se partagent cette communauté en ce moment, celle de Hassan Nasrallah et celle de Nabih Berry, avec une saveur particulière à chaque figure : dans le premier cas, une saveur politico-religieuse, dans le second, une saveur politico-patriotico-clientéliste. Les deux figures renvoient par ailleurs à deux figures paternelles ultimes : celle du guide de la République islamique, d'une part, celle de la dynastie au pouvoir en Syrie, de l'autre. Figures tyranniques toutes les deux.

Avec les communautés sunnite et druze, c'est moins net, mais tout aussi vrai humainement. L'allégeance de ces deux groupes va à un groupement humain plus large que celui qui réside au Liban. Dans le premier cas, c'est un mouvement oscillatoire entre l'Arabie saoudite et l'Égypte, les deux grands pays arabes à prédominance sunnite ; dans le second cas, c'est la soumission ultime à un conseil de sages transfrontalier dont la figure est faite d'autorité politique (l'intérêt du groupe) et d'autorité morale.

De quelque côté que l'on se tourne, on retrouve donc toujours une figure paternelle au bout de chaque engagement communautaire. Et là où la figure manque, on la crée : ainsi, les orthodoxes insistent désormais sur la figure de leur patriarche et de son relais dans la capitale, le métropolite Élias Audeh, dont on cherche à exalter l'autorité morale. Les sunnites, eux, cherchent à exalter le rôle de Dar el-Fatwa et à donner un halo paternel à la personne du mufti. Et les autres communautés à l'avenant.

En ce qui concerne les partis, tous sans exception sont des partis patriarcaux, des partis de personnes dont on peut prévoir l'étiolement une fois que la figure paternelle fondatrice disparaît, à moins qu'une dynastie ou une école idéologique ne s'y installe. Et s'y incruste.

Qu'est-ce qui peut donc fédérer les Libanais et les constituer en nation ? Il y a bien eu, dans les années 60, la figure de Fouad Chéhab, mais il a commis l'erreur de vouloir sortir du schéma existant et, en refusant le renouvellement de son mandat, de refuser de jouer ce rôle fédérateur qui, pour une fois, se confondait avec celui de bâtisseur des institutions.

Ce qui est évident, c'est que chaque groupe, communauté ou parti doit « tuer le père » pour accéder à une autonomie et effectuer le passage du groupe vers le Liban et sa vocation historique, le vivre-ensemble... Mais pour franchir le pas, les communautés doivent savoir qu'elles ont intérêt à le faire. Ce qui nous ramène à l'actualité.

Qu'est-ce que le principe de neutralité ou de distanciation qui se développe en ce moment, sinon la mise en évidence de l'intérêt qu'a le Liban de voir ses communautés et partis renoncer à leurs tropismes respectifs, permettant au Liban de se constituer en personnalité spécifique, et aux Libanais de parvenir à une autonomie de comportement ?

C'est pareil avec la relation qui s'est établie entre le chef de l'État et le Premier ministre. Son intérêt, c'est qu'elle se soit formée entre deux hommes appartenant à des communautés différentes. Elle est transcommunautaire. En fait, l'humiliation infligée à Saad Hariri, à Riyad, a donné naissance à un sursaut d'indignation transcommunautaire qui aurait pu, ou aurait dû, être mis au service de l'unité nationale. Toutefois, on l'a vu rapidement régresser vers le communautaire, quand on a cherché à exploiter au seul profit du courant du Futur l'élan de solidarité qui s'est manifesté.

C'est exactement ce qui s'est passé, à plus large échelle, avec l'élan national du 14 Mars. Ce dernier s'est ensuite divisé au nombre des politiciens qui ont voulu s'en faire les courtiers, plutôt que les serviteurs. Ne sont restées fédératrices, hélas, que les figures du 14 Mars mortes de mort violente, sans qu'il se forme une unité profonde autour de leur figure.

Au seuil des législatives, Michel Aoun et Saad Hariri devraient faire attention à cette régression, qui est électoralement payante, mais nationalement stérile.

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Henrik Yowakim

Même le regard attendri du président de la Chambre en fait foi : entre les deux hommes, un lien affectif particulièrement fort est apparu, qui semble s'être établi au cours de l'année passée, certains allant jusqu'à dire que le chef de l'État a fini par représenter, aux yeux de Saad Hariri, une figure paternelle

FILS MAUDIT QUAND IL DÉRANGEAIT LES FORCES DU 8 MARS QUI L'ONT CHASSÉ DU POUVOIR AVEC TICKET ALLER SIMPLE,

ENFANT CHÉRI DES CES MÊMES FORCES QUAND IL LES ARRANGE AUJOURD'HUI ET POUR QUI ILS ONT REMUÉ CIEL ET TERRE POUR QU'IL REVIENNE AU POUVOIR ,

SAAD HAHA RIRI RESTERA TOUJOURS POUR LES 8 MARS LE PETIT ET BEAU GOSSE AVEC LEQUEL ON PEUT S'AMUSER A FAIRE DES TOURS

DE PASSE PASSE POLITIQUES

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QUAND ON CHANTE SUR TOUS LES TOITS L,UNITE NATIONALE C,EST QU,IL N,Y A VRAIMENT PAS D,UNITE !

Henrik Yowakim

Figures paternelles et unité nationale
Cette relation forte expliquerait en partie, selon ces sources, pourquoi Michel Aoun a revêtu son battle-dress et est parti en campagne, remuant diplomatiquement ciel et terre pour obtenir que Saad Hariri lui soit rendu, et rendu au Liban.

SI LES TÉNORS DU 8 MARS PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ET DE LA CHAMBRE COMPRIS ONT REMUÉ CIEL ET TERRE POUR FAIRE REVENIR SAAD HARIRI A LA TÊTE DU GOUVERNEMENT APRÈS LUI AVOIR COMMANDÉ AUTREFOIS UN TICKET ALLER SIMPLE, C'EST QU'IL RESTE AUJOURD'HUI LE MEILLEUR LEADER SUNNITE POUR ASSURER LEURS INTÉRÊTS STRATÉGIQUES ET COUVRIR LEURS ACTIVITÉS POLITIQUES

AVANT ET APRÈS TOUTE CONSIDÉRATION FAMILIALISTE OU PATERNALISTE

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