X

La Dernière

Il l’appelle « Mon amour chéri », elle répond « Mon cher amour »

Pendant ce temps, ailleurs...

L'amour en 865 lettres entre Albert Camus et Maria Casarès rassemblées par Gallimard.

OLJ
14/11/2017

Il l'appelle « Mon amour chéri », elle répond « Mon cher amour »... Les 865 lettres, rassemblées par Gallimard dans l'épais volume consacré à la correspondance amoureuse entre l'écrivain Albert Camus et la comédienne Maria Casarès, brûlent des feux de la passion.
« Leurs lettres font que le monde est plus vaste, l'espace plus lumineux, l'air plus léger simplement parce qu'ils ont existé », écrit Catherine Camus, la fille du Prix Nobel de littérature, à l'origine de la publication de cet ouvrage exceptionnel. Cette correspondance sortie cette semaine n'avait jamais été publiée.
Maria Casarès et Albert Camus se sont rencontrés à Paris le 6 juin 1944, jour du débarquement allié en Normandie. Elle a 21 ans, il en a 30. Camus est marié (et le restera) à Francine Faure, mère des jumeaux Catherine et Jean Camus.
Lorsque les deux amants se rencontrent, Francine est à Oran en Algérie. Elle revient à Paris en septembre 1944, et Maria Casarès, déchirée, rompt avec Camus. L'auteur de L'étranger est inconsolable. « De quelque côté que je me tourne, je n'aperçois que la nuit (...) sans toi je n'ai plus ma force. Je crois que j'ai envie de mourir », lui écrit Camus.
L'absence va durer quatre ans. Mais, le 6 juin 1948, Albert Camus et Maria Casarès se croisent par hasard boulevard Saint-Germain à Paris. Ils ne se quitteront plus. Leurs échanges sont quasi quotidiens. Ils parlent de leur travail (Maria Casarès enchaîne les tournées en France et à l'étranger), partagent des potins (« Simone Signoret a avorté (...) J'ai vu (Yves) Montand bien déçu et bien cafardeux »), écrit Maria Casarès à Camus en janvier 1951.
Mais c'est évidemment la passion amoureuse qui emporte tout. Camus écrit à son « petit goéland », sa « truite noire », sa «savoureuse ». Les lettres deviennent ardentes. « Je trépigne. Et j'imagine le moment où nous refermerons la porte de ta chambre », écrit Camus. « Je suis bouillante au-dedans, au-dehors. Tout brûle, âme, corps, dessus, dessous, cœur, chair (...) As-tu compris? Bien compris ? » lui écrit Maria Casarès.

Dernière lettre
« Cette correspondance, ininterrompue pendant douze ans, montre bien le caractère d'évidence irrésistible de leur amour », écrit Catherine Camus dans l'avant-propos qui ouvre ce livre de plus de 1 300 pages.
Les lettres de Maria Casarès, fille du dernier président du gouvernement de la République espagnole, permettent de découvrir la vie d'une grande actrice, « ses courages et ses défaillances », écrit Catherine Camus, avec son emploi du temps démentiel (enregistrements pour la radio, répétitions, représentations, tournages...).
La comédienne (pensionnaire de la Comédie-Française puis du Théâtre national populaire de Jean Vilar), joue avec Michel Bouquet, Gérard Philipe... Elle fut l'interprète de Martha du Malentendu et la Dora des Justes, deux pièces de Camus.
Leur amour semble fusionnel. Lorsqu'elle triomphe lors d'une tournée en Argentine, en octobre 1957, Maria Casarès écrit « les quelques mots de remerciements que j'ai dû dire, je les ai prononcés en pensant à toi ». Une semaine plus tard, Camus est couronné par le prix Nobel de littérature. Il envoie un télégramme à son aimée : « Jamais tu ne m'as tant manqué, ton Alonso ».
L'ultime lettre d'Albert Camus à son grand amour est daté du 30 décembre 1959. Impossible de la lire sans avoir le cœur serré.
« Dernière lettre », écrit l'écrivain d'une façon prémonitoire. Installé dans sa maison de Lourmarin dans le Vaucluse depuis le mois de novembre 1959, il dit à sa maîtresse qu'il rentrera finalement « par la route » le lundi 4 janvier.
« À bientôt, ma superbe. Je suis si content à l'idée de te revoir que je ris en t'écrivant (...) Je t'embrasse, je te serre contre moi jusqu'à mardi, où je recommencerai. »
Albert Camus n'est jamais arrivé à Paris. Il est mort, tué sur le coup, dans un accident de la route lorsque la Facel Vega de Michel Gallimard s'est écrasée violemment contre un platane au sud de Fontainebleau.
Maria Casarès est morte en novembre 1996 à l'âge de 74 ans.

Source : AFP

Lire aussi à la une

Retour à la page "La Dernière"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Pour le Liban, Hariri n’était pas démissionnaire

Le Journal en PDF

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.